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Hurricane

un lien a suivre pour accéder au weather channel spécifique : https://weather.com/storms/hurricane?_escaped_fragment_

 

Déluge de confettis dans le yaourt

Déluge de confettis dans le yaourtyaourt-chats-1-700x333

  • Epinards.
  • Salade.
  • Topinambours.
  • Rutabagas.
  • Sauce crevette.
  • Mange ton yaourt.
  • Bois ta tisane.
  • Lèche la cuillère.
  • On ne parle pas la bouche pleine.
  • Tu postillonnes.
  • Mais non, c’est la pluie.
  • De confettis?
  • Dans le yaourt.
  • Pluie diluvienne.
  • Déguisée en confiture.
  • ?
  • Carnaval.
  • ?
  • Surveille la cuisson.
  • Y’a rien qui cuit.
  • Justement.
  • Et ton yaourt?
  • Je l’ai fini. Et tes confitures?
  • Regarde, elles font des bulles.
  • Vapeurs sucrées, mon nez palpite.
  •   Normal, t’as senti une goutte.
  • Non, c’est mon odorat qui sent.
  • Et la pluie mouille ton nez, qui ne sent rien.
  • Et toi, tu vois avec tes oreilles?
  • Non, j’entends le déluge de mots.
  • Moi, je les écoute tomber.
  • Tu les regardes, aussi.
  • Quand tu seras prêt, tu me feras signe.
  • Mais je ne sais pas en quoi me déguiser.
  • En courant d’air.
  • C’est malin. Et si les portes claquent, je serai coincé.
  • Autant en emporte le vent.
  • Oui mais les cris restent.
  • Les écrits, tu veux dire.
  • Comment puis-je écrire, je suis le vent.
  • Et qu’es-tu en train de faire.
  • Moi, j’imagine qu’une bourrasque, un jour de Carnaval, entraîne des nuages de confettis, qui s’engouffrent dans la cheminée d’une yaourtière…
  • Je t’arrête, une yaourtière, ça n’a pas de cheminée.
  • Ah, bon, je croyais qu’une fabrique de yaourts ça s’appelait yaourtière; alors comment ça s’app…oh, et puis, c’est pas important.
  •  La confiture multi-fruits est prête. J’en ai mis dans ton yaourt. Tu peux le manger maintenant.

 

Merci à Barbara, ma prof de théâtre, dont le nom de sa compagnie « La Confiture Dans L’Yaourt »,  m’a inspiré ce texte.

 

L’Écritoire en Groupe-Facebook,

Je pense – je me trompe peut-être ? –  que si nous ouvrions un groupe Facebook, ( public ou privé, on verra, au choix )nous aurions plus de chances de communiquer, qu’en pensez-vous ?

Tout en conservant notre bureau ici : oui, ici, on écrit, on place nos idées, on garde nos textes, on corrige, etc.. Mais sur L’Écritoire Facebook, on correspond … hé ? allez, hop, je le fais- on verra bien..

Donc, je ne sais pas si vous avez tous et toutes un compte Facebook,  ni à quel nom votre compte Facebook est ouvert,  mais je reviens mettre le lien ici dès que c’est fait, aujourd’hui..

et VOILA  : L’ECRITOIRE Groupe facebook !

Beau temps sec et ensoleillé

Son vendeur de mari avait tant fait d’affaires,

Tant vendu ce jour-là des petits bouts de fer

Qu’il était d’venu millionaire,

Et l’avait amenée vers les cieux toujours bleus

des pays imbéciles, où jamais il ne pleut,

Où l’on ne sait rien du tonnerre…

/ G. Brassens: L’orage

__________________

…  » Il n’avait pas plu depuis plusieurs semaines, et nous commencions tous à en ressentir une fatigue intense. Les chiens restaient endormis, affalés sur les dalles, les chats ronchonnaient de concert et se traînaient d’une piece ombreuse à l’autre, l’espérant plus fraîche, et les oiseaux n’en finissaient pas de piailler en désarroi.

Les animaux sont les premiers touchés par l’absence d’eau, et j’avais beau leur servir de larges rasades,  remplir plusieurs fois le bain heureusement  placé à l’ombre d’un grand parasol, et les asperger copieusement  sous le jet d’arrosage, mes animaux familiers me regardaient consternés et hautains. Leur regard m’assuraient qu’ils ne s’y laissaient pas prendre : ils voulaient de la pluie, une pluie bienheureuse, fraîche et douce et dense et voluptueuse ; de celle qui tombe du ciel et non d’un arrosoir.

Le ciel, au soir, se constellait d’étoiles, tournoyantes dans le bleu marine des nuits d’été. Au petit matin, quelques minutes avant le jour, la chaleur montait déjà du sol par bouffées lourdes, avec des senteurs de plantes sèches, des romarins grillés, des lavandes rôties, des feuilles de figuier torturées de soif.

Levée tot, et pieds nus sur les dalles où subsistaient quelque illusoire fraîcheur, j’allais ouvrir fenêtres et portes, espérant le courant d’air qui rafraîchirait la maison. Au cafe, au thé, à tout se qui se boit chaud et fumant je préférais le glaçon noyé dans le jus d’orange.

Heureusement, à mes pieds, il y avait la mer … « 

Elle se tait. Je sais qu’elle n’en dira pas plus. Le reste, je le reconstitue sans peine, en ramassant les fragments de ses récits, de tout ce qu’elle m’a raconté, cette vie insensée, cette existence de voyageuse, cette découverte d’autres horizons, loin, plus loin, encore plus loin, toujours plus loin sous le soleil d’abord ; dans le vent et la pluie, plus tard. Puis dans la neige, jusqu’à cette maison de bois, à l’orée du Canada.

– Et tu ne la regrettes pas un peu, la mer ?

– J’ai l’océan, dit-elle, ça remplace. Mais bien sûr, il n’y a pas la chaleur, l’eau est froide ici, et les parfums sont nuls. Nous irons cet après midi, si tu veux. Tiens, allume la télé, et voyons ce que dit la météo … »

________

lmg / 19 août 2016

PLUIE

PLUIE AFFICHE

 

Pleuvra-t-il aujourd’hui?

Le dicton le dit.

Une goutte, sur mon nez, a atterri.

Il a bien plu, ici.

Et voila, c’est fini.

 

Affiche (Blanca Gomes)

NUAGES

Nuages

Les nuages n’ont pas de pays.

Ont-ils une âme?

A quoi ça pense un nuage,

Quand du soleil,il nous prive.

Sait-il que tout devient triste, obscur et sans espoir.

Les nuages n’ont pas de pays.

Ont-ils des envies?

Mélancolique, au-dessus du jardin,

S’effiloche une écharpe blanche.

Insaisissable, elle s’enfuit,

Laissant derrière elle trace fugitive et  regrets.

Les nuages n’ont pas de pays.

Savent-ils leurs destins?

Gris  cotonneux, noirs menaçants,

 Par le vent dispersés, ils s’éloignent,

De larmes glacées, transpercès,

Explosant, terrible et bruyant orage.

Les nuages n’ont pas de pays.

Ont-ils une mémoire?

Promenant leur solitude,

Naissent et meurent sans bruit,

Immobiles, parfois,

Jamais en repos.

Les nuages n’ont pas de pays.

Et malgré leur apparence de champs de coton,

Prenant tantôt figure animale,

Tantôt formes monstrueuses,

Au dessus de nos têtes, toujours s’amoncellent,

Pluie et beau temps perpétuant.

C’est quoi un nuage?

Parapluie !

« Vous lisez ? Sacrée perte de temps, si vous voulez mon avis. Hein, à quoi bon ? N’allez pas vous vexer, c’est gentil de lire, mais si ça raconte bien hier, ça nous dira jamais demain, pas vrai ? »

L’importun s’assoit sur mon banc, et sans attendre de réponse à ses trois questions, il enchaine : « Ni même aujourd’hui, d’ailleurs. Tenez, en mai, fais ce qu’il te plait ! Faudrait d’abord savoir ce qui nous plairait. Et puis oser. »

Un silence.

« Encore, savoir et oser, pour soi tout seul, c’est pas impossible. Suffit d’être un peu malin et un peu égoïste. Mais ça suffit pas : on n’est pas tout seul. Vous, par exemple, imaginons une seconde que vous aimeriez bien vous replonger dans votre livre… ça serait pas impossible, hein : suffirait de vous remettre à lire, et le tour serait joué. Mais voilà, vous êtes pas tout seul ; y a moi, justement, et ça serait pas poli de lire devant moi. Voilà. Pas d’offense, je vous traite pas de malpoli, c’était juste pour l’exemple. Mais où je veux en venir, vous vous demandez. Alors voilà : L’important, c’est l’avenir, comme on l’imagine, comment on le décide, comment on l’amène. D’accord ? mais comment savoir ? Vous croyez à l’astrologie, vous ? Non, hein. Vraiment, ces grosses planètes, là-haut, qui s’occuperaient de nos petites personnes, de nos humeurs ? baliverne ! Constellation, orbite, satellite, éclipse et tout ça, z’ont autre chose à penser qu’à nous.
Mais que des trucs s’influencent, chacun à son échelle, ça, j’en suis sûr. Même les petits riens du tout de tous les jours. Que votre voisine vous sourit le matin, et vous partez au boulot l’esprit plus léger, comme ça, pour rien. Et ainsi de suite. Par exemple, regardez le temps qu’il fait. »

Involontairement, je lève l’oeil vers le ciel bleu où de gros nuages trottent, lourds et placides comme des percherons, masquant à tour de rôle le grand soleil.

« Et maintenant, regardez comment vous êtes habillés : des sandalettes, un djine et une petite veste. C’est bien. C’est même très bien. Mais regardez les autres : quelques robes claires, mais aussi des blousons, ou bien un imperméable sous le bras ; et y a même quelques lâches qui ont déjà leur parapluie… Vous allez me dire qu’ils ont écouté le bulletin du matin, comme vous, et que si vous n’avez ni parapluie ni imperméable c’est que vous pensez rentrer chez vous avant la flotte. Et que bien sûr, s’il doit pleuvoir, autant avoir un parapluie. Cause à effet, tout bêtement. Voilà précisément où je veux en venir : cause à effet, certes, mais dans quel sens ? Hein, si c’était pas la pluie qui faisait sortir les parapluies, mais les parapluies qui faisaient venir l’averse ? Après tout, on voit jamais autant de parapluies que juste avant un orage. Là, vous vous dites : le bonhomme radote, on a jamais vu un parapluie qui faisait pleuvoir. Et je suis d’accord, ça serait ridicule. Mais on n’est pas tout seul. Rassurez-vous, j’vais pas vous dire qu’ensemble, tout devient possible ; cette phrase là a déjà trop servi…. Non c’est pas toujours faux pour autant. Réfléchissez au collectif. Quand on dit qu’une hirondelle fait pas le printemps, on précise pas combien faudrait d’hirondelles pour y arriver. Et bien là c’est pareil : rien que dans le quartier, dix parapluies, cent imperméables, mille cirés, sans compter les paires de bottes… ça fait nombre. Tout ça, pourquoi le ciel, le vent et les nuages y seraient pas sensibles ? Comment ils résisteraient ?
Partant de là et inversement, chemisettes, chaussures ouvertes et jupes légères c’est gage de soleil. Alors moi, depuis que j’ai compris ça, je dis ré-sis-tance ! Quoi que raconte la météo, un pantalon en lin et une chemise à manche courte ! Voilà comme je suis, et je fais comme je dis. »

Le vent fraichit d’un coup et fait trembler les feuilles et les massifs du jardin public. Autour du bassin, des parapluies fleurissent, d’autres hésitent.

« Bien sûr, on n’est pas tout seul ; faut faire balance avec tous les autres, les trouillards, les prudents, les frileux. Mais l’idée que le beau temps se maintient grâce à un ou deux qui tiennent bon, ça vaut la peine, non ? »

Je me lève en frissonnant, ferme ma veste et rempoche mon livre. Le ciel vire gris ardoise et quelques volets claquent. Il est temps de rentrer.

« Attention, c’est pas le moment de flancher ! Bien sûr, à un moment, c’est pas tout seul en chemisette qu’on peut lutter, mais unis, on peut encore y arriver. Vous me croyez pas, hein ? Alors, tant pis pour vous. Pourrez pas dire que je vous ai pas prévenu. »

Et voilà qu’il sort de son sac un grand parapluie noir ; à peine l’a t’il ouvert que les premières grosses gouttes lourdes claquent autour de moi.

* * *

pour fêter le retour de l’écritoire, un petit texte déjà publié sur les carnets, en attendant de l’inédit, bientôt !

La liste des termes météo

 C’EST ICI

La Revue de l’Écritoire 16/17

LES AUTEURS

Perdue, absorbée par les limbes virtuelles en plein milieu de 2015, l’Écritoire nous a été rendue, intacte, il y a moins d’un mois. Nous n’avons perdu aucun de centaines de textes  écrits pendant les quatre dernières années par les auteurs : blogadrienne, Jacou 33, Virginie, Alainxx, Carnets Paresseux, CloClo, Alphonsine, Ma’, JeanPaul, Pom’dePin, et … moi, évidemment.

De nouveau auteurs se joignent a nous pour cette nouvelle saison de l »Écritoire : Nathalie, déjà inscrite: c’est une rapide, à qui nous devons le premier texte de ce challenge, Le Temps . Lauseta, Asia, Luc, Aurore, Marie-Christine et peut-être Patrick, sont les nouveaux venus dont j’attends les confirmations

Toute contente de ces retrouvailles avec vous, les auteurs, et avec vos textes, me voici prête à reprendre la plume  le clavier pour de nouvelles aventures.

LE CHALLENGE

J’ai lancé le nouveau challenge, qui ira de ce mois-ci, août 2016, jusqu’en juillet 2017, si Dieu nous prête vie jusque là.  Le mot de passe, la clé, le sujet, le thème, c’est MÉTÉO : tout ce que vous voudrez écrire, au propre ou au figuré, sur la pluie et le beau temps, la neige et le soleil, les nuages et les ondées,  (voir liste) et tout ce que ces mêmes mots  déclenchent d’avalanches en jeux de mots, charades,  illustrations, chansons, poésies, nouvelles, romans-fleuves, articles, extraits de textes anciens ( édités ou non, du moment que vous en avez le copyright) et autres. Une liste des éléments météorologiques sera mise en ligne  aujourd’hui pour vous donner une idée de tous les sujets possibles et imaginables.

L’ÉCRITOIRE REDEVIENT PRIVÉE.

Jusqu’à aujourd’hui, 8 août, l’Écritoire était publique. A partir de ce jour, elle redevient privée. ce qui signifie que seuls, les auteurs inscrits, ou les lecteurs bienveillants et également inscrits pourront y accéder. Pourquoi ? Par soucis de préserver à la fois les textes et l’anonymat des auteurs. Et puis, cette histoire de disparition inexplicable me confirme au moins dans ceci, que nous ne prenons jamais trop de précautions en ce monde virtuel.

S’INSCRIRE

Pour avoir accès au bloc de l’Écritoire, il suffit de s’inscrire. Pour cela, il suffit de m’envoyer une demande par le biais de cet article, et de me contacter avec une adresse émail valable  à mon adresse lise.genz@yahoo.com. Le reste suivra. L »inscription est gratuite.

LE PROJET 16/17

C’est toujours l’édition, mais cette fois, le challenge est plus serré, mieux organisé.  L’idée general est de regrouper les meilleurs textes en un recueil qui serait édité au printemps prochain. Les auteurs restent libres de participer ou non a ce recueil, qui sera édité sans profit. Le coût de l’opération sera minime, de l’ordre de $10 ou $20 par personne, et donnera droit à un ou deux recueils. Tout dépendra du nombre de pages et du nombre de revues, de la qualité du papier, des illustrations, si nous voulons du quadri, etc. Nous ne visons pas la très haute qualité  technique, mais nous savons combien il est agréable de tenir en nos mains  la forme physique de notre travail.  J’ouvrirai très bientôt une discussion détaillée sur ce point dans le Forum

QUESTIONS ?

En commentaires, ici, uniquement.

 

 

ORAGE

L’orage arrive ici de l’ouest, à travers les montagnes vertes du nord, rejoignant la chaine des Berkshire. A Plymouth,  l’orage arrivait sur moi de l’est, venu droit de l’océan et frappant les vitres de toute sa colère. Ici, c’est une pluie tranquille, quelques bourrasques de vent, un murmure réprobateur venant du jardin s’il souffle trop fort : nous sommes en pays civilisé, la bonne tenue s’impose aussi aux éléments naturels. Il y a des matins où je me crois à l’aube du vingtième siècle, quand The Hill est sorti de terre, avec sa grandiose terrasse meublée d’orangers en caissettes et de fauteuils de rotin.  La pluie seule apporte bruits et mouvements. J’ai toujours aimé l’eau du ciel, les vents, les éclairs et les tonnerres ; les orages du Berkshire n’ont rien d’effrayant.

 Ce jour là, au plus fort de l’orage, j’ouvre la porte fenêtre, je cours sous la pluie jusqu’au parapet, suivie de monsieur Zou qui n’en mène pas large car il déteste l’eau, mais se ferait hacher menu plutôt que me laisser partir loin de lui, ne fusses que de quelques mètres. C’est un vieux grognard qui montre les dents et menace d’extermination quiconque  s’approche de moi sans y être invité. Il s’arrête soudain, et je vois les poils se dresser sur son dos, comme lorsqu’il a très peur : à quelques mètres de moi, appuyée au parapet et tête nue sous l’orage, il y a une femme. Une grande femme vêtue d’une longue jupe, coiffée en chignon. A ses pieds, un sac de voyage.

Bizarrement, Zou ne bronche pas, il ramasse ses pattes sous lui, baisse la tête et tremble. Pour le rassurer, je m’exclame : «  Rentrez vite, ne restez pas ainsi sous la pluie, venez vous sécher ! »  Zou lève la tête vers moi et me regarde d’un air surpris, mais ne tremble plus.

– J’ai vu l’écriteau à l’entrée, dit l’inconnue. J’ai essayé de téléphoner pour savoir si vous aviez encore une chambre libre pour trois ou quatre jours…

Je dis que oui, j’ai une chambre libre, mon téléphone est en dérangement. La vérité c’est que je l’ai perdu depuis trois jours.  Je continue de parler à l’inconnue et tout en parlant, je l’entraîne  à l’intérieur de la maison. Je ne devrais pas. On m’a appris à ne pas ainsi laisser entrer chez moi des gens qui ne m’ont pas été présentés. Elle sourit légèrement pour me remercier mais avec réticence, comme quelqu’un qui n’a pas l’habitude de sourire. Nous entrons toutes deux dans la bibliothèque, suivies de Zou qui marche collé à mes jambes.

J’ouvre un registre acheté le mois dernier par Tabitha. J’inscris son nom, son adresse. Elle s’appelle Edith. J’ai l’impression de jouer à la marchande. Elle me donne un chèque du montant d’une nuit en guise d’arrhes. Je fais du thé, j’ouvre la boite de Lu, je me mets en quatre. Edith s’est approchée de la cheminée, j’allume le feu,  nous commençons de bavarder. Je lui  demande si elle connaît Lenox, les Berkshire.

– Oui, j’y habitais il y a longtemps, mais j’en suis partie il y a quelques années.

Elle s’exprime en français avec un léger accent que je n’arrive pas à définir

– Vous avez peut-être connu  les gens qui habitaient ici lorsque vous étiez à Lennox ?

Elle soupire :

– Connaît-on jamais les gens avec qui nous sommes les plus proches ?

Puis comme si elle en avait trop dit, se ravisant :

– Les gens qui ont construit The Hill, vous voulez dire ? Ils sont tous morts depuis longtemps, et leurs héritiers n’ont jamais aimé cette maison. Elle est passée de mains en mains. Ils en ont même fait une école privée, il fut un temps : voyez  dans quel état elle est aujourd’hui…
– Elle était inhabitée depuis plus de six ans,  elle a besoin de quelques soins d’urgence. Je viens tout juste d’emménager.

Elle a son sourire muet, elle sourit beaucoup maintenant, calme, digne,  sûre d’elle, avec pourtant une fragilité dans sa façon de se draper dans son châle, d’en resserrer les deux pointes sur sa poitrine, comme les héroïnes des romans de Jane Austen.

  La nuit est définitivement installée. Nous dînons d’un beefstew apporté le matin par Tabitha qui passait par là en coup de vent. Ensuite, nous cherchons les draps, les couvertures, le duvet, dans les grandes boites en plastique. Edith couchera dans la chambre-qui-sera-bleue ; elle  ri :

– Bleue, oui, je la vois bleue moi aussi. Un beau bleu porcelaine.

Je voyais plutôt un bleu marine clair, celui que j’ai utilisé dans ma maison des dunes.  Soudain, il me parait quelconque. Un bleu porcelaine, oui, en camaïeu.  Avec beaucoup de blanc.
– Non, le blanc est dur ici, il y a trop de reflets verts, à cause des arbres. Il faudrait un beau gris clair, un gris tourterelle. Brillant. Pour les portes, les plinthes, les fenêtres …
– Et les rideaux, assortis ou non ?
Nous voici discutant décoration dans le couloir, il est prêt de minuit. Il pleut toujours, la pluie résonne en cliquetis autour de la maison.  Nous nous séparons enfin en souriant, très contentes l’une de l’autre.

Je me suis retrouvée dans mon lit, au matin, après une belle nuit de sommeil sans rêve.  Il m’a fallu cinq bonnes minutes pour me souvenir de la veille, d’Edith, de la pluie et du gris tourterelle. Je suis descendue dans la cuisine qui n’est encore qu’un chantier, je suis remontée, j’ai écouté à la porte de la chambre bleue, j’ai attendu, j’ai frappé, pas de réponse. Je suis entrée. Je me suis rendue à l’évidence : Edith était repartie.

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Lise ( The Hill/ 2013) – 6 aout 2016

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