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Anonymat, pour ou contre ?

Il rentre quelques bonnes raisons dans ma décision de poster les textes du concours en anonyme mais ceci peut ne pas plaire à tout le monde. Je suis très flexible sur le sujet et j’aimerais avoir votre/vos opinions : ANONYME, POUR OU CONTRE qu’en pensez-vous ?

TEXTE 7 – catégorie mini-nouvelle

POISSON-CHAT

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Un chouia de désir, une portion de hasard, une once de chance, une quête d’aventure, un besoin d’avancer, de changer d’écailles, de goûter la saveur de la découverte, de comparer le vert de l’herbe à celui des algues. Quelle autre notion existerait-il par-dessus notre soupe primitive ? Hors notre élément naturellement liquide, la trajectoire de la boule blanche ou jaune ou rouge frémissante, la lumière des couleurs et des ombres, puis le noir et l’attente, et après à nouveau comme avant.

Si nous n’étions pas les premiers à sortir la tête de l’eau,  nos prédécesseurs ne le firent pas en pleine connaissance de cause.  Leurs sorties n’étaient que fulgurants éclairs argentés par-dessus les lames écumantes, des pirouettes  de carnassiers reluquant leurs proies fuyantes. Mais ces fugitives escapades n’étaient soutenues par rien de plus concret que de remplir un estomac ou d’éviter de s’y retrouver. Pas la moindre envie d’observer la surface des vagues, les trains de cumulus, la frange d’un littoral, ne fut-ce que quelques secondes. Une absence totale de curiosité et de rêve. Je devais pourtant deviner plus tard leur indispensabilité à toute évolution.

Parce que oui, je vécus les choses différemment. Une sorte de mixture de songes éveillés et de réalité matérielle. Un bouillon des deux états. A dire vrai, comment vous offrir la vérité ? Mais cela a-t-il encore de l’importance ? Qui vérifierait plus tard comment cela se passa réellement ? Darwin et ses éminents collègues ne verraient le jour que plusieurs millions d’années plus tard. Je vais donc vous étaler mon jeu simplement, tel qu’il me revient en mémoire héritée, sans mensonge mais sans preuve non plus.

L’appel des vertes prairies ne fut pas seul à jouer son rôle. L’effroi  de l’obscurité des profondeurs gloutonnes eut lui aussi son impact dans ce qui devait opérer le changement fondamental de ma structure physique. Nous étions un groupe d’une douzaine d’individus, sans nous être concertés pour réagir à notre état, afin de prendre une nouvelle direction. En ce temps-là beaucoup d’interventions se réalisaient de concert, tous ensemble, sans se poser de questions, sans voter.

Les débuts furent catastrophiques, nous devions souvent replonger pour ne pas perdre totalement conscience. Nous ne nous étions pas encore adaptés à ce fluide impalpable, l’air. Cela ne se fit pas en un jour, nous étions accablés de quintes de toux sanguinolentes qui nous décimaient en attirant les prédateurs du dessous. Cette peur du noir était plus forte que toute autre crainte. Rapidement nos yeux migrèrent sur le sommet de nos têtes pour observer les derniers rayons de l’astre qui versait ses ultimes lueurs dans le tiroir de l’horizon.

Ce jour-là, je sortis ma tête ogivale de l’eau. D’informes masses anthracite filaient dans le ciel en laissant échapper quantité de gouttelettes de leurs panses. J’en goûtai une au vol, fadasse mais surprise, elle me permit brièvement de respirer. Ce fut l’électrochoc transitoire, un cas unique dans l’évolution,  contrairement à toute théorie admissible aujourd’hui, une métamorphose quasi  instantanée. A l’horizon, entre deux stratus mauves se profila l’orange de l’astre. Je suivis son lent déclin jusqu’à sa disparition. Un éclair violet cingla.

J’avais dû perdre connaissance parce que à mon réveil, je ne reconnus rien de mon environnement aquatique habituel. Mais ce qui s’imposa à moi dès que je tentai d’amorcer un premier mouvement, ce fut la pesanteur qui attira mon propre corps contre une surface solide. Je connaissais le fond de l’océan pour m’y être allongé à chaque période de grand noir. Ici, point d’eau pour me porter. Je dus apprendre à  supporter mon poids. Il me fallut du temps et de la patience pour habituer mes muscles à cette première expérience terrestre. Ce fut loin d’être aisé. A grand renfort de mouvements désordonnés, je rampai comme je le pus sous les entremêlements des lianes, toutes ennemies entre elles. J’absorbai des nourritures inconnues, pas toujours bonnes pour mon organisme d’émigré. Après  quelques sévères dérangements gastriques, je parvins à domestiquer ma digestion à l’ingestion de ces denrées indigènes. Je pris les forces qui me permirent de gravir une colline et de comprendre d’où je venais. Je pus ressentir la chaleur du soleil et la morsure du gel.

Je n’étais plus seul, quelques individus avaient survécu comme moi à cette folle aventure, mais vu notre lenteur de progression, il nous fallut un certain temps avant de pouvoir nous serrer les nageoires.

Le temps passa ; je décidai de piquer un plongeon dans mon océan. Il fallait que j’avertisse ma famille et quelques amis de l’existence paradisiaque des îles.

Je dus renoncer, je faillis me noyer.

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Jaleph 2012

TEXTE 6 – catégorie Haîku

noce accomplie

vin devint de l’ eau

miracle

TEXTE 5 – categorie Haikus

Le ciel comme un livre

T’indique la voie à choisir

Laisse-toi porter

TEXTE 4 : catégorie hors-concours

Au plus profond de l’ombre

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Que fait-elle dans cette rue, et pourquoi ce voyage ? C’est une folie, un coup de tête, une erreur. Elle a tout juste pris le temps de jeter quelques affaires dans la valise, un jean de rechange, deux tops, un pull – un pull au mois d’Août sur l’Adriatique, vieux reflexe de ses anciens voyages, échos des conseils maternels : “ N’oublie pas de prendre un pull, il peut faire frais le soir“.

Et de quel soir s’agira-t-il pour elle, maintenant ? De quel soir frais, porteur de senteurs et de tendresse ? De quelle douceur ressentie au creux de l’épaule aimée, le cœur bercé par les flux de l’eau en bas, dans l’ombre de la falaise ?

Se retrouver claquant du talon sur les pavés de cette vieille et noiraude rue piétonne, dans cette ville qu’elle connait par cœur sans y être jamais venue. Y arriver ce soir sans préméditation, quelle erreur ! Elle contient, du cœur, un sourire : rien n’a été prémédité, même pas son départ, ni la porte là-bas restée ouverte comme des bras abandonnés après l’envol de l’enfant, de l’homme, de l’amie.

Les lettres de néon trouent le sombre du soir. La pluie donne le ton sur les pavés qui brillent. La femme court-vêtue s’éloigne vers le noir, image en clair-obscur, ombre parmi les ombres.

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Ce texte, qui a deja été publié ailleurs par l’auteur, ne peut participer au concours. Il est présenté ici parce qu’il est bien dans la ligne du sujet imposé.

Coucou

un petit coucou en ce mercredi soir 10 octobre : et une annonce spéciale pour Nadège, Marine et Maman Lapin : si vous avez un blog, et si vous voulez que nous puissions venir vous faire un autre petit coucou de temps en temps, pouvez-vous m’envoyer les liens afin que je puisse les mettre sur la page des auteurs participants ?

Merci !

Texte 3 / Catégorie mini-nouvelle

Elle était arrivée le matin. Il pleuvait beaucoup. Elle aurait pu être trempée mais elle avait réussi à se garder des gouttes. Il ne l’avait pas vraiment accueillie mais elle était tout de même là. Il ne l’attendait pas. Elle était venue sans prévenir. Elle est sortie de la voiture jaune devant son seuil et s’était retrouvée à sa porte.

A présent, elle se trouvait dans le salon. Elle attendait sans bruit. Dans la cheminée, le feu de la veille ne brûlait plus et l’humidité était entrée.

Il avait regagné la chaleur de la cuisine. Il préparait un café, ne sachant que faire avec elle. Elle remettait tant de choses en question par sa simple présence. Il se demandait s’il ne devrait pas aller au salon et remettre du bois dans l’âtre, réveiller les braises, et pourquoi pas la pousser dedans. Il imaginait la couleur des flammes dansant autour d’elle. Mais il savait que ce n’était pas raisonnable. Il devait se montrer adulte et ne pas laisser ses pulsions l’envahir.

Ses pensées se bousculaient. Il avait renversé le pot de café et devait en préparer de nouveau. Il ne savait pas pourquoi elle était là, chez lui, avec son air chiffonné.

Et il se souvenait… de l’écriture fine d’abord, de petites pattes de mouches posées sur le papier, puis de l’odeur du parfum, une odeur de rose qui semblait surgir de son enfance. Tout lui revenait en mémoire à présent, les bons et les mauvais moments… Il allait devoir faire face, affronter les minutes à venir.

Machinalement, il a ouvert un tiroir. Il s’est emparé d’un couteau. Il a choisi un petit couteau très fin, plus facile à manier qu’un gros couteau de boucher. D’un pas décidé, il s’est avancé dans le salon. Il l’a saisie vivement d’une main, le couteau dans l’autre.

Il allait devoir agir vite, très vite avant que tout ne se brouille de nouveau dans sa tête. Il a manié rapidement le canif, l’enfonçant dans son sein.

La dernière lettre de sa mère était désormais ouverte.

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MA’, 2012

TEXTE 2 / Catégorie mini-nouvelle

Le téléphone

Depuis quelques mois déjà, elle porte en elle la cassure. Partagée en deux d’abord. Puis éclatée. La désagréable impression d’avancer à l’aveuglette. Avec la crainte de se heurter au premier obstacle rencontré. En priant qu’il ne s’agisse pas d’une charrue, d’une faux, d’un quelconque objet coupant qui lui sautera dessus sans crier gare, propulsé par un choc dont elle ne saura rien. Et qui la partagera. Qui trouvera son épicentre, la source de son énergie, sa source, son eau vive.

Elle se retient, au bord des larmes, au bord des rires, l’œil mi-clos. La cassure est imminente, effrayante et pourtant elle sera libératrice, salvatrice. Elle le regarde vivre, insouciant. Il ne se doute de rien et continue d’aller du même pas nonchalant, égal à lui-même, toujours au bord d’un bâillement, d’un étirement. Il prend son temps pour sa toilette, avance un pied précautionneux sur le tapis, arrive sur elle sans bruit et la surprend ; comme d’habitude, et cela fait combien d’années maintenant ?

Les yeux noyés, la gorge emplie de sanglots qui resteront muets, elle attend le moment. Elle sent la montée des spasmes, l’étouffement insidieux, la courbature au creux du sternum, les signes cliniques. Elle attend, silencieuse, pelotonnée sur elle-même, attentive aux mouvements furtifs à l’intérieur de son corps. A l’écoute des balbutiements de son cœur.

Les minutes deviennent des heures, et les heures des jours. Un mois passe. Elle continue de le regarder vivre, s’émerveille de ses actes les plus ténus, remplir un verre, le boire, ouvrir une porte, s’enfermer dans la salle de bain, sortir la voiture du garage. Téléphoner.

Téléphoner, téléphoner, téléphoner :  il parle et son visage devient radieux. C’est cet éblouissement, cette brillance soudaine dans l’œil, dans le sourire ; c’est la lèvre retroussée sur la canine dans la tendresse d’une morsure illusoire ; c’est la sensualité des doigts qui caressent la mince boite argentée ; c’est le ton, plus que les mots, qui l’ont mise sur la voie. Plus tard il racontera les mensonges courants, plus tard il jouera à cache-cache.  Sans savoir qu’elle est à des années lumière d’avance sur lui dans la connaissance de ce qu’il ne sait pas encore, qu’elle est seule à savoir.

Sans comprendre, pauvre ignorant, qu’elle est arrivée la première au point de non-retour, au bord du précipice. Elle pourrait encore se retourner, crier, lui interdire de tout son cœur le bascul dans le gouffre. Elle pourrait encore se sauver, le sauver, les sauver.

Elle continue d’avancer vers la fin de la route, mécaniquement, les yeux fermés. Loin de tout.