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j de j 7 quinquies CHOC 5

                                                                      *   *   *

(5)

 L’homme les avait suivis en ruminant sa vengeance. Il avait sauté à bas de la carriole de son patron cinq minutes à peine après qu’ils aient quitté l’auberge. Il avait été humilié devant les clients témoins de l’incident avec ce stupide chien. Sans compter le tenancier qui était de sa belle-famille. Celle-là ne manquait jamais de se moquer de lui en toute occasion, même devant sa propre femme qui elle, en souffrait sans broncher. Il va se venger, à ça oui, il va se venger.

 Il connaît assez bien la région. Il emprunte un chemin de traverse qui s’élève jusqu’à surplomber le défilé de l’Escot où, il le voit à présent, les deux hommes avancent lentement en discutant, accompagnés des bêtes. Il accélère le pas dans la montée, court sur le plateau, redescend quelque peu pour se placer à l’aplomb du défilé au creux duquel passerait la petite troupe. Il a juste le temps d’agir. L’homme ramasse un bâton qu’il fiche verticalement dans une crevasse de la roche pentue qui surplombe le défilé. Il choisit une grosse pierre qu’il cale contre le bout de bois. Il ajoute plusieurs autres pierres et admire l’instable pyramide. Il faut se dépêcher à présent. Il entend les voix des deux hommes qui se répercutent contre les parois de roche abrupte. Les bêlements des brebis les accompagnent de leur concert habituel. La troupe se trouve à présent pratiquement à l’aplomb de l’homme. Choc s’arrête et grogne. Mais il se trouve à l’arrière et la petite troupe poursuit sa lente progression.

 Tête la première, à plat ventre dans la pente, l’homme tire brusquement  la cale pour libérer le pierrier. Trop brusquement, il sent sa paume d’appui glisser sur la pierre moussue. Il a juste le temps de jurer mentalement. Une seconde plus tard, Yann et Patrice entendent un cri, lèvent la tête et voient fondre sur eux l’amas de pierres. Ils bondissent en arrière, un réflexe commun. Là-haut, le cri s’est mué en gémissements de désespoir. Sur un fond de ciel rose, la tête de leur assaillant dépasse de l’angle de la roche. Cette tête semble grandir au fur et à mesure des secondes qui s’égrènent et signent son arrêt de mort. Ils comprennent. L’homme glisse lentement vers l’abîme. On devine à ses mouvements de tête et à ses ahanements qu’il tente désespérément de faire marche arrière sur la pente glissante. Il semble d’abord chuter lentement. Presque sans transition, il s’écrase à leurs pieds après un cri d’effroi qui semble beaucoup plus long que le temps du vol. Son visage  est  en sang mais il ne meurt pas immédiatement.

  De sa main restée valide, il indique la direction de sa ceinture. Yann y découvre un couteau. Ils comprennent, cet objet est l’objet de sa fin tragique. Suivant les signes du gars à terre, Patrice reçoit le couteau des mains de Yann. Ce dernier s’agenouille sur le côté du mourant et lui chuchote quelques mots à l’oreille. Le blessé cligne trois fois des paupières. Visiblement, sa fin est proche. Yann se redresse sur les genoux et bénit le moribond. Il s’éteint avant que Yann ait terminé son geste ».

—« Tu n’es pas prêtre, Yann » !

—« C’est sans importance, lui, il n’en savait fichtrement rien. Nous avons appris à faire ce signe à bord des bateaux, avant que les mourants s’endorment définitivement. Il n’y avait pas de prêtre.

 Tête baissée, Patrice examine le couteau; une abeille est gravée sur son pommeau en corne.

—«Je ne puis accepter cet objet, chez nous, offrir un couteau ne se fait pas, ce geste brise l’amitié.

—«Oh, vous n’étiez pas précisément amis. De plus, la chute des pierres a esquinté une des brebis. Mais je connais cette superstition, glisse une pièce d’un sol dans la poche du bougre, ça suffira pour le lui acheter, son couteau».

                                                                      *   *   *

 Trois jours à surveiller le pas de Syrah, la jument; c’est tout bon, elle trottinera sur ses quatre pattes. Trois jours à partager leur vie. Trois jours perdus pour retrouver Patrice, mais trois jours de vie gagnés grâce à la chaleur de leurs hôtes-vignerons. Demain, Julie et Clara les quitteront aux premières lueurs de l’aube, tiraillées entre leur recherche et la petite blessure des adieux. Trois jours auront suffi pour créer le désir de rester là, sur place à observer les mains gonfler et rosir autour de l’outil, à sarcler les sillons entre les lignes des vignes, à effeuiller avec parcimonie, assez pour nourrir de lumière les vieux ceps qui portent peu mais bon. Trois jours seulement. Pour quelle raison certaines personnes prennent-elles tant de place dans nos vies ? A tel point que nous avons l’impression d’imploser quand on les quitte ?

 Julie et Clara ont mis leurs hôtes au courant de leur périple, du départ de Patrice avec Choc, le cerbère du troupeau. Un grand chien aux yeux de cuivre ou d’or selon les humeurs des cieux. Mais, renseignements pris au village, personne dans les environs ne les a vus passer. Les traces de leur passage ont disparu un jour avant que mère et fille soient recueillies chez eux. Se seraient-elles fourvoyées ?

 Julie leur exprime le désir de les revoir bientôt,  peut-être lors d’un voyage de retour ? Pâle, Clara  reste muette. Les hôtes répondent par gestes, avec les yeux et les mains. On se comprend ainsi. Non, pas de merci, revenez quand vous voudrez, retrouvez l’homme que vous cherchez, oui, revenez tous quand vous le pourrez

 Ils se sont alignés devant l’entrée de leur maison. Les deux fils ont le même regard doux et noir que leur père. Ce dernier explique à son tour : il est de descendance maure. Lors de l’expulsion de Castille des nouveaux chrétiens, leurs morisques, ses ancêtres furent expédiés depuis Séville vers un des ports français. C’était la destination de ceux qui désiraient poursuivre leur vie dans la foi qui leur avait été imposée. Les autres étaient renvoyés en Barbaresque, par-delà le détroit de Gibraltar.

—« Votre pays a accueilli mes aïeux il y a plus d’un siècle. Nous offrons l’hospitalité à toutes celles et ceux qui traversent nos terres ».

—« Mais il y a plus d’un siècle, dites-vous »–s’étonne Clara.

—« Mes aïeux devaient se sentir redevables c’est vrai, mais la tradition s’est perpétuée de génération en génération. Nous ne ressentons aucune obligation, c’est par plaisir, je vous l’assure ».

—« Que nos fils apprennent à leur tour »,–ajoute la mère.

 

Jaleph 22 janvier 2013

12 Commentaires Poster un commentaire
  1. Lise #

    Premiè8re lecture, des petits graviers à enlever ici et là, mais dans l’ensemble, le voyage se poursuit sans encombre. Nous arriverons bientôt en vue des remparts de Cordes ( puisqu’il semble que nous nous soyons tous accordés pour reconnaitre le Villlage-sur-Ciel dans l’illustration, mouhaha !)
    J’ai rencontre de très beaux passages dans ce cinquieme chapitre, Jal : je les soulignerai à la seconde lecture, celle des pattes bleues.

    22 janvier 2013
    • Pas encore de fin bien dessinée, je poursuit donc ma ‘tite promenade.
      Je viens de modifier quelques irrégularités, je prie que d’autres en découvrent encore. D’avance merci les bleus, les oranges, les arcs-en-ciel.

      22 janvier 2013
  2. Lise #

    J’ai commencé de peinturluré en bleu.

    23 janvier 2013
    • Pas encore vide ton pot de blues ?
      Bon, j’attends que tu racles et je prépare le petit six.

      23 janvier 2013
  3. Voilise, quelques aiguillages aiguillés, à revoir à + pour les détails.

    veux tu examiner : l’oméga dans la barre de tâches pour taper un ö ?

    et comme d’hab, merci.

    23 janvier 2013
  4. ‘Soir Lise, j’ai passé le 5 au noir, pour y voir clair, hi hi.
    D’autres ajouts bienvenus comme d’hab.

    26 janvier 2013
  5. Lise #

    Je suis en train de faire un travail de titan, m’en parle pas : je suis en train, – doigts gelés, le soleil vient de se coucher derrière les deux gros sapins du jardin, et il fait – 15 OUI, TU AS BIEN LU -15 celsius dehors – et je suis en train de finir le recueil-surprise ! tant pis il y aura des fautes partout, on va bien s’amuser a tourner les pages pour corriger !!! J’édite le CHOPC 5 qd nn. Tu le finis quand ?
    Tu pars quand ?
    Boudu, j’ai la tête qui tourne avec toutes ces aventures !! je téléphone à Johny Deep ?

    26 janvier 2013
  6. Je pars le 4 février pour une semaine. J’espère terminer avant.
    J’essaye de corriger choc 4, l’historique nautique sur Belle Isle ne colle pas. . Mais je tente de sauvegarder l’intrigue.

    26 janvier 2013
  7. Lise #

    oh mince !! et si tu inventais une autre île ? tu sais que je ne suis jamais à bout d’inventions, moi … … ( pleurs, je l’aimais moi, cette histoire – bon, mais c’est toi le maître à bord )
    A bon, c’est vrai, la semaine prochaine-prochaine, donc ? oui, tu auras le temps de finir – hi hi le jeu se termine dans 5 jours !

    26 janvier 2013
    • Je n’ai pas encore fait relire pour l’orthographe. Je pensais soumettre après le mot FIN. On a un délai ? Pour quels chapitres ?

      Je t’ai lu: CHOC 4 émeraude semble donc tenir la route.

      On the road again, pom pom pom.

      27 janvier 2013
  8. Lise #

    Tiens, bonne question : disons le 15 du mois suivant date limite corrrections ortho-typo ?.

    27 janvier 2013
  9. JALEPH : ou en sommes-nous avec la suite ( et la fin) de CHOC ? tu me contactes ou tu me reponds ici, merci quand tu seras revennu de ton expedition maritime… 😉

    14 avril 2013

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