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J de J 5 / 3 – La vie douce 3

chap 1

chap 2

3

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habillement paysant moyen age couleur

“ … Ils cuilloient es bois les glandes

Pour pains, por chars et por poissons,

Et cerchoient par ces buissons

Par vaux, par plains et par montaignes,

Pomes, poirers, noiz et chataignes,

Boutons et meures et pruneles,

Framboises, freses et cenelles,

Feves et pois et tex chousetes,

Confruis racines et harbetes,

Et des espoz de blez frotoient

Et des resins as chans grapoient,

Sans metre en pressoërs n’en esnes. (1) …  »

Les strophes du roman de la rose chantent dans sa tête, ils se sont gravés dans sa mémoire la semaine passée, lorsqu’elle a apporté les dentelles à la châtelaine. Cachée derrière les rideaux de brocard, elle a vu les ménestrels, écouté les luth,  absorbé les mots qui chantent et décrivent la vie de tous les jours : “ Par vaux et plaines et par montagnes, pommes, poires, noix et châtaignes, boutons et mures et prunelles, framboises, fraises et cenelles, fèves et pois … Fruits, racines, herbettes, et les épis de blé …”

“ … Et quan li air iert apesiez

Et li vent moult et delitable

Si con en printens pardurable

Que cil oisel chascun matin

S’ estudient en leur latin

A l’aube du jour saluer … “ (1)

A l’aube du jour saluée par l’alouette, en ce début de printemps qui fait herbe douce, humeur joyeuse, m’amie, ma mie, allons au pré. Jehan chantonne en la regardant, elle rit de toutes ses dents, la vie devient douce au soleil des jours plus longs. La mère s’assied devant la porte avec son rouet, il semble que le monde n’en finit pas de s’étirer dans la douceur des jours.

Pourtant …

Le soir, à la veillée, les hommes parlent. Des mots reviennent, chargés d’ombre : peste noire, guerres, famine. On n’ose s’aventurer jusqu’à médire de ceux qui sont directement au dessus de la paysannerie, on ne prononce pas les noms des maitres. Pourtant, et bien que certains mots s’étranglent dans les gorges, ils résonnent dans les coins obscurs de la grande salle,  chargés d’inquiétude. Ils atteignent Marie-Marion en plein cœur et la font sursauter de peur : inquisition, chasse aux cathares, et d’autres, tous porteurs d’images de feu et de sang. Le Béarn, ilot salubre, a résisté à tous les assaults de la peste noire, mais les hommes d’armes des Albigeois sont partout. Ils frappent à l’aveuglette, sans discernement.  Nul ne peut leur résister, et surtout pas les paysant.

Les femmes se signent furtivement, essaient de repousser le malheur de leurs mains nues. L’ombre de la nuit succède aux jours ensoleillés. Marion frissonne.

( suite )

__________

(1) Le Roman de la Rose, Jehan de Meung et  Guillaume de Lorris, 1237/1250

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Lise Genz, 23 janvier 2013

5 Commentaires Poster un commentaire
  1. mimi #

    mais que c’est beau, j’adore, ah revivre cette époque, trousser mon jupon et aller guerroyer, je sens que je vais faire de beaux rêves, sus à l’ennemi, houippy!!!!!!!!

    23 janvier 2013
  2. Lise #

    Mimi-Jehanne sur son blanc destrier, je m’amuse aussi, je t’y vois ! Merci, madame, bonne nuit et doux rêves

    23 janvier 2013
  3. Ah oui, c’est très fleuri ainsi, et aux trois quart on comprend encore la vieille langue sans avoir besoin de la traduction. Joli retour vers le passé.
    Petit détail, Le peintre Jan Brueghel l’Ancien était flamand. Né à Bruxelles, je suppose qu’il maîtrisait le français tout aussi parfaitement, avé l’accent.

    24 janvier 2013
  4. Lise #

    Le Roman de la Rose, j’essayais vainement de le comprendre quand j’etais en 6ieme, trop jeune pour en saisir toutes les nuances, même avec le lexique de vieux francais de ma mère.

    Depuis, je me suis rattrapée avec Villon, et dans la même eau et plus proche de nous : Brassens.

    Bruegel l’Ancien, un amateur (eclairé) richissimme américain vivant à 50 miles au nord de chez moi, en a 1 magnifique ( et petit) dans sa collection de tableaux. Je passerais des heures devant sans boire ni manger rien qu’à l’admirer, à la loupe. Le guide ne me permet que 5 minutes… et sans loupe.

    24 janvier 2013
  5. mimi #

    et Bosch… avec son « jardin des délices », n’oubliez pas le Maître Bosch, le premier, le pionnier, le meilleur …… pour moi!

    25 janvier 2013

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