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j de j 7 octies CHOC 8

Choc 8

 

 Patrice ne désire pas se séparer définitivement de ses brebis, pas dans l’immédiat. Mais elles doivent souffler, se reposer en attendant de mettre bas. Dans l’étendue des pâturages, il a trouvé un berger qui accepterait de garder son troupeau. Exclusion faite du bélier que le berger prétend vendre pour son compte, pour les frais de gardiennage. Il décrète que son bélier est le plus dominant. Ainsi parle-t-il et on sent bien que certains critères ne se discutent pas quand il s’agit de déterminer  la suprématie de son mâle. Patrice lui rappelle que les races des deux troupeaux ne sont pas les mêmes—« Et bien, on mettra vot’bélier à part, en enclos. Mais comment que tu vas me dédommager pour ma peine » ?.

 Le berger n’a pas les moyens d’acheter et la solution met du temps à sortir hors des banalités échangées. Ici, on a tout son temps et le berger en profite. Tout prétexte est bon pour l’étirer, ce temps.  Durant toute une journée, parfois même plus. Faut dire, les rencontres sont rares.

 Finalement, Patrice laissera comme convenu toutes ses bêtes en gardiennage. Le berger mènera les mènera aux alpages après qu’elles aient eu leurs petits. Ils ont trouvé un arrangement en fin de journée. La moitié des agneaux à naître lui appartiendront. Si Patrice s’absentait longtemps, ce sera tout profit pour le berger si plusieurs générations découlaient de leur arrangement.

Tous deux sont finalement heureux de cette solution. Les brebis de Patrice présentent une laine soyeuse et abondante. Trop fier pour l’avouer, le berger doit bien reconnaître que la laine que fourniront ces bestiaux-là sera de meilleure qualité que celle des siens.

Patrice se laisse couler dans la pente herbeuse. Choc fait cinq fois le chemin dans le même temps. Il remonte et redescend sans arrêt et semble se demander quel rôle jouer encore. Déchiré entre suivre son maître et retourner là-haut vers le troupeau dont il était le gardien.

Avant que Patrice ne le quitte, Yann  a convenu qu’il l’attendrait dans le creux de vallée, à l’auberge d’Etsaut. Il y en a trois, peu éloignées l’une de l’autre. Patrice franchit la porte de l’une d’elles, Choc sur ses talons. Par-delà le comptoir, une très vieille femme est figée. On ne distingue vraiment bien que la chevelure grise et hirsute. Elle est nimbée d’une lumière poudreuse issue de la minuscule lucarne surplombant la pièce. Sans lui adresser la parole, elle lui sert derechef un verre de vin blanc aussi clair que de l’eau.

—« A la santé de votre chien. Vous, je ne vous connais pas encore bien, lui bien ». –fait-elle avec un petit rire de gamine–. « Ce chien doit être issu d’une famille de mi-loups. Je les connaissais bien quand j’habitais en Gévaudan ; il y a si longtemps. –Quoi, combien de temps ? Longtemps, c’est tout » !– Une famille de montreurs de bêtes habitait pas loin de chez nous. Ils offraient leurs services aux cirques de passage. Leurs chiens faisaient des tours avec des objets qu’ils leurs lançaient ; des bâtons, des pierres et même des ustensiles de cuisine. Cela me faisait beaucoup rire de les voir jongler avec tout cet attirail. Mais ils n’avaient pas que des chiens pour faire leurs démonstrations. Ils montraient aussi un animal bizarre, maintenu dans une cage de fer. Je n’en avais jamais vu de pareil. Plus monstrueux qu’un loup, avec une raie foncée entre les omoplates et une queue courte. Une mâchoire monstrueuse faite pour détruire ; pas une bête de nos pays. Ils appelaient cela une hyène.

Patrice déguste son verre de vin blanc, appuyé sur le chambranle dont il a ouvert la porte. Il met un peu d’ordre dans son esprit. Il repense à cette bête qui emporta sa fille. Mais ce dont parle cette vieille aubergiste, cela devait s’être déroulé il y a bien longtemps.

 Son regard tombe sur une autre auberge  située de l’autre côté de la place. Deux chevaux sellés sont attachés par leurs longes aux anneaux de la façade. Ces bêtes semblent avoir  un air de famille, ils ont la même robe et les selles sont identiques.

—« C’est vous qu’ils cherchent, mais vous pouvez être tranquille, je ne leur dirai pas que vous êtes ici. Moi je sais bien que vous n’êtes pas coupable ».

—« Coupable ? Mais de quoi » ?

—« L’homme qu’on a retrouvé mort, vous savez-bien, celui du défilé, il a été retrouvé par son frère. Ce monsieur connaît tout le monde, il a des amis bien placés. Il fera tout pour vous faire emprisonner, même si vous êtes innocent ».

—« Qui vous a dit que je l’étais » ?

—« Des témoins mon petit, des témoins. Un groupe de pèlerins, des personnes assez âgées m’a-t-il semblé à leurs voix. Ils ont vu le gars projeter les pierres sur vous et glisser à son tour jusqu’au sol ».

 Patrice comprend que la vieille est aveugle.

—« Comment savez-vous qui je suis » ?

—« Votre chien, son odeur particulière, mi chien, mi sauvage, et surtout sa taille. J’entends quand il halète, j’imagine sa grande taille. Tout le monde en parle. On parle aussi d’un couteau marqué d’un dessin d’abeille. A mon sens, s’ils vous trouvent avec cet objet sur vous, vous êtes bon pour le bagne et même plus ».

 Cette remarque agit sur Patrice comme un éclair foudroie un chêne. Bon sang, est-ce possible ?, le mourant lui aurait fait cadeau de son couteau dans le seul but de le faire arrêter. Dans ses derniers moments de lucidité, il aurait trouvé l’ultime moyen de se venger. Il savait que son frère partirait à sa recherche et n’abandonnerait pas avant de l’avoir retrouvé ».

 —« Les pandores sont déjà passés par ici, mais on ne sait jamais, quand ils sortiront de l’auberge d’en face, toi et ton chien vous irez vous cacher dans le cellier en attendant qu’ils quittent la vallée. Et à présent, tu vas me donner ce couteau, s’ils le trouvent ici, ils seront bien en peine de me faire dire de qui je l’ai reçu, j’y vois rien ».

                                                      *   *   *

Clara s’est un peu calmée. Par trois fois, elle a failli glisser du dos de sa Jument Syrah. Florimond en est pâle, il a promis à sa mère de veiller sur elle, mais il pense surtout que lui-même serait atterré de la voir se blesser.

—« Clara, de grâce, ne maintient Syrah au trot que dans les lignes droites . Allons au pas quand nous traversons les points difficiles, tu vois bien que c’est piégeux ».

 Ils ont quitté Julie la veille et n’ont arrêté leurs montures qu’au coucher du soleil, Florimond s’obligeant à se déplacer le plus souvent au pas pour ne pas fatiguer les bêtes. Même à cette allure, ils gagnent sensiblement sur la marche lente de Patrice et de l’autre homme qui l’accompagne. Ils ont appris son nom : Yann, ce sont les moines de Sarrance qui leur ont dit. Ce matin, ils sont repartis dès l’aube et ils espèrent les rejoindre avant ce soir.

Dans le courant de l’après-midi, ils font une halte au carrefour des trois auberges. Ils posent les traditionnelles questions. –Un troupeau avec deux hommes et un chien ? Non, pas vu. Nous on a eu la visite d’un homme qui a été rejoint par un autre gars deux heures plus tard. Celui-là oui, il avait un chien énorme, jamais vu cela. Il a rejoint son ami après que les gens d’armes aient quitté la vallée. Oui, les pandores cherchaient un homme porteur d’un couteau frappé d’une abeille, si j’ai bien compris. Aucun des deux ne le portait, j’ai l’œil. L’autre homme venait de chez Noémie, la vieille aveugle qui tient l’auberge à moitié en ruine, sur le coin d’en face.

—« Tiens, des jeunes », fait Noémie dont les narines se dilatent et les oreilles s’orientent sans cesse pour compenser sa cécité. —« Que voulez-vous, mes agneaux » ?

—« Nous avons perdu la trace de personnes que nous devons absolument retrouver. Elles conduisent un petit troupeau de moutons et sont accompagnées d’un énorme chien roux ».

 Clara explique son histoire en phrases courtes. Sa voix charmante met la vieille en confiance.

—« Ils sont plus avec eux, les moutons. Les brebis sont restées chez le berger du hameau, à l’abri en attendant d’avoir leurs agnelets. Quant aux deux hommes, ils ont dû quitter la voie principale qui mène au col du Somport, vers l’Espagne».

—« Mais par où sont-ils passés dans ce cas » ?

—« D’après ce que tu m’as appris petite, j’ai dû recevoir la visite de ton père, celui que tu appelles Patrice. Je lui ai conseillé, en quittant Etsaut, de quitter la vallée d’Aspe afin d’éviter les mauvaises rencontres. Il a dû rejoindre son ami et emprunter ensemble le chemin que je lui ai conseillé : Le chemin de la Mâture. C’est par là que passent les bœufs qui vont chercher les grumes de sapins qui serviront de mâts pour équiper nos navires de guerre. Mais j’entends renâcler vos chevaux, vous ne pourrez pas passer par là avec vos bêtes. Ce chemin a été taillé à la barre à mine, à même la roche, par ordre de notre ancien roi, celui qu’on appelait le roi Soleil. Mais il est extrêmement périlleux, il surplombe d’une hauteur vertigineuse et sur une longue distance les gorges de l’Enfer, ce serait folie d’y aller avec vos chevaux».

—« Mais où mène ce chemin » ?

—« Les bœufs font uniquement le trajet aller-retour depuis la forêt où sont abattus les arbres. Mais il est possible de poursuivre par les sentes de montagne, de bifurquer à droite devant les lacs d »Ayous et de monter jusqu’au col de Somport où il rejoint la route pour la traverser. Si vous partez immédiatement, en restant sur la route principale, vous devriez avoir le temps d’arriver au col avant qu’ils y parviennent eux-mêmes. Faudra vous couvrir là-haut, j’entends que le vent nous apporte le crachin ».

4 Commentaires Poster un commentaire
  1. t’as pas changé la taille des caractères ? ici c’est trop gros je trouve… c’est pas très agréable à lire…

    30 janvier 2013
    • J’essaierai de trouver une solution, mais les choix de taille ne sont pas toujours aisés. En attendant, tu pourrais essayer Ctrl – ?
      Je termine doucement, à bientôt.

      30 janvier 2013
      • curieux, j’ai du passer par « titre 1 » avant d’obtenir une taille normale sur « titre 3 ».

        30 janvier 2013
  2. Mais oui tu vois ?
    Non, en verite, pour changer la taille des caracteres on doit d’abord passer par autre chose, bouge pas, je vais voir … on doit passer d’abord par « pré-formatté » et ensuite tu le mets au format que tu veux en utilisant les titres – le numero le + petit etant le plus gros, va comprendre !.

    30 janvier 2013

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