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j de j 9 novies CHOC 9 fin.

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Patrice et Yann s’engagent sur la portion du chemin de la mâture taillée à même la vaste dalle de calcaire presqu’à pic. Sur plus d’un kilomètre, la coupure est rectiligne, tracée au cordeau semblerait-il par un monstrueux ver qui lui donna sa taille : douze pieds de haut sur autant de large. Les bœufs qui halent les troncs des sapins abattus dans la forêt du Pacq en amont doivent pouvoir soutenir leur effort dans la descente sans tomber sur les genoux. Au risque pour celui qui longe le vide d’embarquer sa masse dans le précipice, avec tout ce qui l’accompagne, son sosie de peine et les troncs qu’ils tirent derrière eux.

Les deux hommes ont dû patienter dans la vallée d’Aspe. Un convoi de grumes descendait lentement la pente. A l’auberge, Yann a appris que ces troncs seraient  acheminés par voie d’eau sur la gave d’Oloron pour rejoindre Bayonne, via son affluent l’Adour. Le chemin étant à présent libéré, ils suivent un attelage qui remonte à vide dans un tintamarre de chaînes, de sabots frappant la roche et d’ordres gutturaux poussés par les bouviers. Cette cacophonie se répercute sur les parois taillées, traverse les tympans, dévale et rebondit jusqu’en bas dans les gorges d’Enfer creusées par la rivière Sescoué.

Les deux hommes marchent côte à côte, Patrice longeant le vide. Plus habitué aux vagues qu’aux vues plongeantes sur abîme, Yann marche en longeant le mur de roche éclatée par les pics et les barres à mine. Ils avancent lentement dans ce boyau sous toiture, ouvert  à leur gauche sur le vide. Choc gambade comme si de rien n’était, l’instinct de survie le maintient à deux pieds du vide quelles que soient ses circonvolutions fantasques.

—« Yann, je t’accompagne jusqu’au col. Là, je ferai demi-tour. Cet itinéraire emprunté par les convois de bois m’a donné une idée, je vais suivre leur trajet jusqu’à Bayonne. De là, je pourrai certainement rejoindre La Bretagne par la mer. Cela a trop duré, je dois mettre un point final sur mes questionnements. Gwenn et mes parents sont-ils revenus en Bretagne après leur fuite à Saint Pierre et Miquelon ? Nous nous séparerons là-haut, au Somport. C’est toi que les gens d’armes recherchent, à cause de cette vente de brebis à Oloron, tu deviens leur suspect. La présence de Choc n’arrange pas les choses, on le reconnaît à des lieues, il a frappé les esprits. Le danger sera écarté après le col, sur le territoire de Navarre ».

—« Je comprends que tu partes pour ta femme. Parbleu, je ne le sais que trop bien,on n’oublie jamais ».

 Après le boyau de pierre, les deux hommes traversent la forêt de Pacq où s’activent les bûcherons, où les pins centenaires s’abattent dans un ultime salut aux montagnes et aux quelques stratus bas qui les cernent. Une longue crête à flanc de plateau les oblige à obvier vers le sud. Le terrain est dégagé à présent. Les deux hommes devinent la direction du col à l’enfoncement du ciel gris entre la compacité des monts par endroits mouchetés de neige.

                                               *   *   *

Les juments marchent au pas sur la route, confrontées à l’interminable pente vers le col du Somport. Pour la cinquième fois, Clara tente de faire monter au trot l’allure de sa jument. Peine perdue, Syrah n’obéit que dans la mesure de ce qui lui semble bon. Le vent se renforce en passant par-dessus l’échancrure du col. L’entrelacement des différentes masses d’air crée des écharpes nuageuses qui les enveloppent et les abandonnent, trempés. Cela ne décourage pas les bandes de chocards à bec jaune qui virevoltent en s’amusant des courants d’air. Clara s’imagine être un de ces volatiles. Elle prendrait son envol, haut bien haut pour observer ce qui se passe de l’autre côté de ce satané pic d’Arnousse qui lui bouche la vue.

Après un dernier raidillon, lentement, très lentement la pente s’adoucit. Un dernier tournant sur la gauche et ils découvrent dans la vallée en contrebas un paysage brillant sous le soleil. Une image lointaine, coincée entre les grenailles de la route, les pentes des monts formant le col et une soupe de nuages en suspension à peine vingt pieds au-dessus.

Mais arrivés enfin au col, une surprise les attend. Deux pandores font les cent pas en discutant. Leurs chevaux broutent sagement l’herbe rare. Ce sont ceux que Patrice avait pu observer depuis l’auberge de la vieille aveugle. Ils n’ont pas abandonné leur enquête.

—« Florimond, s’ils sont présents pour mon père, c’est qu’il est toujours en route avec son ami et le chien. Ils doivent se trouver sur le chemin que nous avons vu en passant, celui qui traverse la route. Au-delà, le chemin est masqué par le pic d’Arnousse qu’il contourne. Il faut les retrouver avant que ces gens armés leur tombe dessus ».

—« Hep, jeunes gens, qu’attendez-vous pour passer ? On ne va pas vous mettre derrière les barreaux, il n’y en a pas à cette altitude. –Les deux pandores sont hilares– Par hasard jeune homme, vous et votre jeune frère, vous n’auriez pas rencontré deux individus accompagnés d’un chien, un grand rouquin. Paraît qu’on ne peut pas le rater ».

Clara se mord la langue, rouge de confusion, elle a failli rétorquer qu’elle ne ressemble pas à un garçon. Visiblement, son déguisement dit tout le contraire. Florimond répond aux deux représentants de l’ordre.

— « Nous sommes en promenade mon frère et moi. Nous n’avions jamais vu d’autre pays que le nôtre, La France. Voilà qui est fait, nous redescendons à présent, fait pas chaud par ici. Bon courage messieurs ».

 Et le plus naturellement du monde, ils font demi-tour et redescendent  vers la vallée d’Aspe. Clara est épatée par la répartie de Florimond. Elle le détaille avec de plus en plus d’intérêt.  Quelques temps plus tard, ils aboutissent à la jonction de leur route et du chemin par lequel devrait certainement déboucher les marcheurs.

—Non Clara, on ne peut engager les chevaux dans ce sentier, c’est vraiment trop risqué.

—Dans ce cas, j’y vais seule. Reste ici avec Syrah et Grenade. Je sais que cela ne te plaît pas mais qui de nous deux désire le plus le revoir, mon père ? D’autre part, il faut qu’un de nous surveille la route. On ne sait jamais,  s’ils l’avaient rejointe plus tôt, il faudrait les intercepter avant qu’ils ne doivent rendre des comptes au sommet. Tu arrêtes tout couple d’homme avec un énorme chien aux yeux de cuivre. Sur cette boutade, elle tourne les talons et s’engage dans la sente en sautillant de pierre en pierre.

 Florimond empoigne les longes des juments et les conduit de l’autre côté de la route. Là, le sentier s’élargit et s’évase plus loin en une courte pente herbeuse où le garçon peut laisser les bêtes reprendre leur souffle. Il était temps, plus bas vers la route, les frappes des sabots de deux chevaux annoncent comme deux tambours l’abandon des gens d’armes de leur poste d’observation.

L’obscurité s’installe en prenant ses aises. Pans après pans, les faces des monts avoisinants perdent leur relief. Il devient de plus en plus difficile de discerner les détails du sentier sur lequel s’est engagé Clara. Finalement, il la découvre,  beaucoup plus loin que ce qu’il imaginait. Minuscule jeunette au milieu des géants, elle vient de stopper brusquement sa course. Florimond devine la silhouette d’une bête énorme qui lui tourne autour. Son cœur éclate, un réflexe, la peur du loup. Enfin il les aperçoit: deux hommes viennent de sortir de l’écran de le pente rocheuse. A ce moment, le soleil passe sous la barre des nuages. Un ultime rayon orangé enlumine le pic. Dans cette dernière offrande de lumière, Florimond devine Clara s’avancer vers l’une des deux personnes. L’homme se laisse tomber sur les genoux.

                                                                                                                  FIN

 

 

7 Commentaires Poster un commentaire
  1. une pensée a traversé mes cellules grises pendant la nuit, je la poste ici en vitesse, je reviendrai au texte ce soir. Mais voici donc la pensee fulgurante de la nuit derniere : ne nous compliquons pas la vie avec une jument : en effet, en lisant a partir du debut, je m’appercois que tu parles de l’ANESSE sur une trentaine de pages – et brusquement, elle disaparait et est remplacée par Syrah la jument .. Ca va faire beaucoup d travail pour aller cueiller les anesses et les remplacer par Syrah .. Qu’en penses-tu ?

    30 janvier 2013
  2. Hi, je t’envoie un p’tit mail.

    30 janvier 2013
  3. Ma' #

    une fin qui appelle une suite, celle de l’histoire de Yann, non ???

    31 janvier 2013
    • M’en vais l’envoyer en Chine, celui-là. Non mais!

      31 janvier 2013
      • Ma' #

        Ou en Afrique.. C’est vrai quoi on a déjà eu un aperçu de ses aventures asiatiques… et je ne doute pas qu’il y trouverait des Nantais… et il pourrait rentrer chez lui via les Antilles…

        31 janvier 2013
  4. hé !! mais c’est bien sûr, MA’ !! allez, zou, Jaleph, au b oulot !!!

    31 janvier 2013

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