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J d’A 4 – C’est la guerre au jardin, par Jean-Marc LaFrenière

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Tout vient d’une lumière d’avant les hommes, des civelles aux cailloux, des cervelles aux quasars. J’ai des chemins qui poussent dans ma tête, des pluies qui tombent sans penser. Un mot juste parfois tire un ersatz de feu des choses quotidiennes, un frisson de lucioles de la grisaille du jour ou bien plante une épine dans la banalité. Ce n’est pas un poème qui pleure sur son sort, plutôt une phrase qui lève des haltères, une métaphore au milieu des outils. À mélanger la terre avec les mots, j’ai l’âme bucolique d’un jardinier verbal arrosant du crayon des fleurs de rhétorique. C’est la guerre au jardin. Une fourmi à l’aventure parmi les rangs d’oignons est bombardée d’odeurs. Les bibittes à patates ont l’air de petits tanks avec leur dos rond tacheté de cibles noires. Les abeilles atterrissent sur le tarmac en fleurs. Dans ce tableau champêtre, une corneille géante brise la perspective. Le temps mène à l’étable le lent troupeau des jours où l’espace traira les pis gonflés de secondes. Les épines de la pluie rafraîchissent la terre. Les fougères pressées de vivre cachent les os de pierre, l’ossuaire du temps, le charnier des insectes. Dans le dernier détour, je signe sur le mur d’un jet d’encre ou d’urine ce poème naïf. Tout ceci est banal. Les souvenirs ne sont que de l’eau dans l’oreille. Quand je penche la tête, j’entends rire ma mère. Aujourd’hui comme hier, chaque homme qui écrit longe le bord du vide.

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 Jean-Marc LaFrenière, Québec – avril 2013

11 Commentaires Poster un commentaire
  1. La musique intérieure de Jean0-Marc lui faut trouver les mots pour le dire, comme dnas cette phrase qui cloue et couronne son texxte :  » Aujourd’hui comme hier, chaque homme qui écrit longe le bord du vide »

    Je voudrais l’avoir écrite, cette phrase ! Et tant d’autres aussi. Car je suis inconditionnellement en admiration devant le talent de Jean-Mar – et non, je ne lui passe pas la brosse à reluire, je dis simplement ce qui est dans mon coeur pour cet homme qui ne vit que pour les mots, depuis… depuis … combien de temps maintenant, Jean-Marc ? Merci pour ce partage de ta page avec nous, icitte, de l’Ecritoire.

    11 avril 2013
  2. Difficile de passer après un texte où les métaphores bouscoulent les certitudes …

    11 avril 2013
  3. « Une phrase qui lève des haltères ».
    Le texte tout autant.

    11 avril 2013
  4. Ah oui, alors !

    11 avril 2013
  5. Jaleph et Saravati, si vous avez une illustration adequate pour ce texte de J-.M./ La Frenière, contactez-moi, je cherche .. ( pas facile . hein ? )

    11 avril 2013
    • Je propose cette illustration de courage et de ténacité devant l’adversité aquatique et épineuse. S’il plaît à l’auteur, comme d’hab.

      12 avril 2013
  6. Ma' #

    Je n’arrive pas à statuer si le jardin est la métaphore de l’esprit ou l’esprit celle du jardin …

    11 avril 2013
  7. Avec Jean-Marc nous pouvons laissons aller les images et les mots à la dérive de nos imaginations. Tout est permis.

    11 avril 2013
  8. Bravo pour l’illustration Jaleph !
    Je n’avais encore rien trouvé, tu m’évites des efforts inutiles 🙂

    12 avril 2013
  9. bucolique, génial, merci Jaleph !!! J’envoie le lien à Jean-Marc.

    12 avril 2013

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