Aller au contenu principal

Jeu de juin 5 / C’est les vacances … , par Ma’

C’est les vacances dans ma tête !
*************************

Depuis ce matin, une pluie battante martèle les carreaux de la fenêtre. Nous devions partir randonner au petit jour mais il nous a fallu revoir nos projets. Et si l’on en croit la météo, nous allons avoir ce même temps toute la semaine.

Et je suis là, devant la fenêtre à regarder ces montagnes… enfin, regarder est un bien grand mot car cela pourrait tout aussi bien être la rade de Brest ! On ne voit rien, strictement rien à part un rideau de pluie et un ciel sombre et bas. C’était bien la peine de faire tant de kilomètres. Nous voilà coincés à dix dans un gîte microscopique où il n’y a même pas un jeu de société digne de ce nom ! Je les entends jouer à « dessiner c’est gagné » sur un petit calepin tiré du fond d’un sac. Personne n’a osé tenter de sortir jusqu’à l’unique commerce du village vérifier si par hasard il ne s’y vendrait pas un jeu de cartes. Trop de risques de revenir bredouille, alors à quoi bon se mouiller.

Moi, l’anti-citadin, je ne vais pas tarder à regretter Paris et son offre pléthorique d’activités quel que soit le temps ! Dire que j’avais voulu prendre un livre mais que les autres m’en ont dissuadé : « on part ensemble en rando, tu ne vas pas emmener ton bouquin tout seul dans ton coin ! » Ma première erreur a été de me laisser convaincre de venir, la seconde de me laisser convaincre de ne pas emporter de lecture… Ceci dit, un livre n’aurait pas suffi aux longues heures pluvieuses et aurait laissé un goût de trop peu.

 « Que fais-tu tout seul à la fenêtre ? »

Je me retourne et j’aperçois Margot qui m’observe. Je ne sais pas depuis combien de temps elle est là mais j’ai l’étrange sensation qu’elle ne vient pas d’arriver.

« Je ne sais pas.. je regarde dehors… peut-être que si on regarde assez longtemps, les nuages finissent par partir, tu ne crois pas ? »

Elle éclate de ce rire cristallin qui me fait fondre. C’est à cause de ce rire que je suis ici, du moins en partie car il y a aussi les yeux malicieux, le sourire mystérieux, les tâches de rousseur, la soie des cheveux…

« Tu ne devrais pas rester tout seul, tu devrais venir avec nous… ce n’est pas bon de rester tout seul ainsi à maugréer contre ce qu’on ne peut changer ! »

J’ai envie de lui dire que les jeux qu’ils font sont sans intérêt et confinent à la stupidité mais son regard m’en empêche. Je ne peux qu’accepter son offre et rejoindre notre groupe autour de la petite table. Tous se serrent pour me laisser la place où glisser ma chaise.

 Ils sont en train de décider de changer de jeu, au moins je n’ai pas l’impression de débarquer au milieu d’un rituel auquel je n’aurais pas été convié.

Margot me regarde de nouveau avec insistance. Je suis obligé de détourner les yeux sous peine de piquer le plus beau fard de toute mon existence.

« Et si on imaginait nos pires vacances ? Tiens, Jean, toi qui vient de nous rejoindre, commence ! »

C’est Franck qui a parlé, et quand Franck vous demande quelque chose, il n’est pas possible de refuser, une intonation dans sa voix ne l’autorise pas.

« Je ne sais pas trop, je n’ai jamais vraiment réfléchi à la question »

Tous se sont tournés vers moi. Si je ne voulais pas rougir, je crois que c’est complètement raté… Le mieux que j’ai à faire est de trouver un truc à dire, n’importe quoi et de passer le tour au suivant.

« Voyons, les pires vacances que je pourrais passer… « 

Surtout ne pas parler de montagne, de rando qui n’a pas lieu, de météo pourrie…

« ce serait sans doute à la mer… vraiment je préfère la montagne à la mer »

Mais de quoi je parle ? Je suis un marin dans l’âme, moi ! Et zut, trop tard pour revenir en arrière. Je vais le prendre comme un exercice de rhétorique pure, pas la peine de le raccrocher à mon vécu ou mon ressenti.

« donc, je serais à la mer.. et il ferait beau, très beau… un soleil de plomb »

Doucement, doucement, faut pas que j’en fasse trop sinon, ils vont sentir que ça cloche.

« le sable serait brûlant à cause du soleil, la mer serait calme mais fraîche ce qu’il faut »

Non, mais bientôt je vais leur dire que les Maldives c’est moche et que les Seychelles c’est surfait à ce rythme

« il y aurait plein de poissons multicolores qu’on pourrait voir avec juste un masque et un tuba, je serais logé dans un bungalow avec une vision sous-marine dans la table basse, même pas besoin de plonger pour voir les poissons »

C’est pas vrai, je suis en train de leur décrire un catalogue d’agence de voyages en guise de pires vacances…

« et en même temps, je serais isolé, pas forcément seul mais certainement pas en groupe ou avec plein de monde à proximité »

Il faut que je revienne dans mon monde sinon, ils vont croire que je n’ai plus toute ma tête

« Il y aurait une vue dégagée magnifique, des jeux de société à disposition »

Mais ça vient faire quoi dans l’histoire les jeux de société ?

« mais en même temps, ça manquerait complètement de convivialité, ce serait un peu trop artificiel, trop lisse, trop prévisible »

Pas du tout comme ici aujourd’hui en fait ! Si je continue dans cette voie, ils vont en déduire que ce que je vis avec eux en ce moment ressemble à des vacances parfaites !

« euh ben voilà, je sais pas trop ce que ça pourrait être de pire »

Ouf, je crois que j’ai su m’arrêter à temps !

 Ma voisine de droite prend la parole. Elle s’appelle Amélie et c’est le genre de personnes qui me fait regretter d’être là ! Mais bon, je ne suis pas venu pour elle et Margot semble intriguée par mon récit.

Elle déloge Franck qui était à ma gauche et s’assied à sa place. Elle se penche vers moi.

« Je jurerais que tu essayais de faire croire à tout le monde que ce séjour n’est pas un fiasco total »

Elle a vu clair, mais en même temps, je ne comprends pas qu’elle soit la seule à l’avoir fait.

Elle se rapproche encore un peu plus, attrape ma main et me glisse à l’oreille de la suivre.

 Une fois dans la pièce voisine, elle m’embrasse tout doucement…

Je ferme les yeux, je suis avec elle sur une plage de sable blanc, le soleil a doré nos peaux, le bruit des vagues accompagne nos rires, je sais que la mer regorge de poissons de toutes les couleurs.

Je ne suis plus dans ce gîte sordide de montagne à attendre une hypothétique éclaircie.

Je suis avec Margot et c’est les vacances, les vraies, qui commencent dans ma tête !

 _________

Ma’, 28 juin 2013
8 Commentaires Poster un commentaire
  1. Lise2cc #

    Un jeu à retenir, (nous allons vers un juillet humide) et un texte clin-d’œil de l’ange, vif et frétillant, comme je les aime, merci, Ma’. Quand les vacances ne sont que rêves, l’amour est toujours au rendez-vous. N’est-ce point l’essentiel ?

    28 juin 2013
  2. Merci Ma, ta lettre d’amour ravive de jolis souvenirs.

    29 juin 2013
    • Lise2cc #

      Tiens, Jal, serais-tu prêt à lancer le prochain Ecrire-Ensemble sans plus attendre ? Nous bénéficierions du w-e pour prendre les relais 😉

      29 juin 2013
      • « Grand Café » était déjà sur la ligne de départ.
        PAN !

        29 juin 2013
  3. Lise2cc #

    et oui, je viens de le voir et me voici avec 1 personnage dame et 5 personnages messieurs à faire vivre, OK, OK, je m’y met ! Tu es un petit canaillou (MDR)

    29 juin 2013
  4. Lise2cc #

    pan, pan et re-pan !

    29 juin 2013
  5. je découvre et j’aime beaucoup !

    28 août 2014

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s