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Jeu d’Octobre – 7 / Duo de Soye,

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Par Jaleph, remis au gout d’Octobre par Lise

«  Tu es entré ici par hasard, me dit-elle, Tu es venu jusqu’à moi au cours de ta promenade, par désœuvrement. Mais connais-tu mon histoire ? «

C’est une maison verte et grise, adossée à la colline de Soye, une réplique de ce qui fut appelé les baraques. Aujourd’hui petit musée témoin, elle demeure l’exemple de ce qui abrita des milliers de familles après la seconde guerre mondiale.

Une deuxième maison de bois est aujourd’hui en cours d’achèvement. Son ossature a été retrouvée dans un dépôt et remontée sur pied.

  » Tout a commencé  au cours de la seconde guerre mondiale, à la fin ,lorsque les Alliés sont venus délivrer la France de l’occupation allemande.

En 1945, les familles avaient dû fuir la ville. Trop de résistance de l’ennemi devant l’avancée alliée, trop d’engins explosifs vomis dans le ciel celte.

Les avions alliés tentèrent de détruire les hangars de protection des sous-marins allemands. Ils régurgitaient leur trop plein, des paquets de bombes, quelquefois de plusieurs tonnes chacune. Sans effet sur des couches de béton de quatre mètres d’épaisseur. Il fallait à tout prix gagner en délogeant l’ennemi, maître sous l’eau avec leurs sous-marins, ancrés et protégés dans le port.

Le béton résista mais devant l’avancée alliée, l’ennemi dû se disperser dans la ville. Pour le déloger, la cité fut bombardée à son tour. «

  » En hâte, les mamans, les papas qui restaient, ont quitté leurs demeures, leurs enfants en remorque ou dans les bras. Ils s’éloignaient en toute hâte de la ville qui implosait. Ils sont venus jusqu’ici, et ils ont réappris à vivre, en s’estimant  heureux d’être en vie. Tous n’y arrivèrent pas.

 «  C’est à ce moment là que je suis née, on m’a appelée Soye, du nom de la colline sur laquelle  des centaines de cabanes en bois furent érigées, Ces centaines de familles s’organisèrent en attendant mieux. La colline se mua en village avec ses épiceries et cafés. Cela dura longtemps. Jusqu’aux jours des années quatre-vingts où la ville de Lorient décida de reloger tous ces gens dans quelques nouveaux immeubles tours.

Chacun n’y trouva pas toujours son aise. Imaginons, malgré l’inconfort et le risque permanent d’incendie dans ces baraques de bois, les habitudes de vie étaient prises. Ceux qui y étaient nés après la guerre étaient eux même devenus parents, parfois même grands-parents; ils y élevaient  leurs enfants. Se reloger dans ces nouveaux immeubles de béton fut insupportable pour certains.

 “ Lorsque tu te promènes sur la colline boisée qui domine l’étang du Ter, celui qui se jette dans l’océan, tu peux voir sous tes paupières closes des enfants maintenant devenus des femmes et des hommes, qui ont vécu ici en grande précarité, mais avec la solidarité de la renaissance.

Au commencement, j’étais une  cité d’urgence, où les barrières sociales se volatilisèrent, riche ou pauvre,  vieux ou  jeune, homme ou femmes ou enfant : tous logés à la même enseigne, allez hop, et pas d’histoire.

Tu es venu jusqu’ici en te promenant avec ta chienne Pixel, qui soit dit en passant sur ses pattes, s’en fout comme de l’an quarante, quel toupet,. Tu enfonces tes semelle dans l’humus foulé par ces enfants et leurs familles, et par tous les soldats du monde qui obéirent aux ordres.

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Parce qu’ironie du sort ma colline de Soye à la chevelure de chênes est encore et toujours truffée de galeries, de salles souterraines et de blockhaus avec vue imprenable sur la vallée. Car dans leur transhumance, les lorientais qui avaient dû fuir le pilonnage aérien allié, se retrouvèrent logés par-dessus les galeries du sous-sol que l’envahisseur avait dû quitter en fuyant comme des lapins traqués par les chasseurs.

 » Je me suis multipliée par quatre : oui, quatre quartiers à la périphérie de la ville de Lorient furent ainsi destinés à recevoir quelques centaines de baraques en bois pour abriter plus de 15.000 personnes. J’en suis fière : pour l’Histoire aujourd’hui relatée, ce fut le temps des baraques.

«  En ce temps lointain de feu et de sang, j’avais la mort dans l’âme en regardant ma bonne ville de Lorient, à mes pieds, entièrement bombardée. Regarde toi-même, aujourd’hui : peu d’immeubles d’avant-guerre sont restés debout. Elle n’a pratiquement gardé d’ancien que son nom, qu’elle emprunta au premier bateau à voile monté dans le nouveau chantier naval qui devait répondre au développement de la « Compagnie des Indes »

«  Tu veux en savoir plus ? Ce bateau se nommait Le Soleil d’Orient, et nombreux furent les habitants qui au 17ème siècle, allaient voir l’avancement de la construction de « L’Orient », donnant ainsi peu à peu son nom à la ville naissante.

«  Et moi, pourquoi Soye ? Ah, c’est une autre histoire, je te la conterai un de ces jours, à ta prochaine visite … «

 ___________

6 oct. 2013

15 Commentaires Poster un commentaire
  1. lise #

    Dites-nous ce que vous en pensez, j’ai mis mes pattes dans la farine et remanié l’ensemble au gout du jour : Jaleph : je n’ai pratiquement rien jeté, j’ai juste rajouté quelques grains de sel ici et là.et changé les valeurs-verbes.
    Tu as une illustration ? sinon,je pense l’avoir dans Millions.

    6 octobre 2013
  2. Bravo Lise, c’est plus vivant remanié ainsi.
    Reste à y repiquer les photos; j’essaie.

    6 octobre 2013
  3. lise #

    Plus vivant, toujours, lorsqu’on « fait parler » quelqu’un ou quelque chose. Merci Monsieur 😉 et j’ajoute Soye à la grand carte des monuments qui parlent ! chouettes, les photos, je viens de voir sur la carte ou est situé Soye – mais je ne sais toujours pas le pourquoi de ce nom ? le sais-tu ? J’imagine ( romantiquement ) que les bateaux partaient vers l’Orient pour en ramener des soieries, des épices, etc.. ( nous sommes au 16ieme siècle, là… )

    6 octobre 2013
  4. lise #

    Je le connais depuis trois ou quatre ans, ce texte et je découvre des bribes nouvelles a chaque lecture : ainsi, ce matin, (ici, 8 :34) je me demande si à la premiere heure, avant de construire les cabanes, les habitants qui fuyaient les bombes, le feu et la terreur ne se sont pas réfugiés dans les blockhaus ?
    Ou peut-on en connaitre davantage sur cet épisode de la seconde guerre mondiale ?

    6 octobre 2013
  5. C’est vrai qu’il est plus vivant ainsi ce texte…

    6 octobre 2013
  6. pivoineblanche #

    J’aime beaucoup…

    6 octobre 2013
  7. J’aime beaucoup ce texte, il a une âme. Je ne connais pas l’original. (tu as oublié des féminins au début du texte. Ex : je suis né)

    7 octobre 2013
  8. Beau et triste. J’espère que l’on n’aura pas à vivre un jour, une plongée dans l’horreur de la guerre et de la tyrannie. Désolée d’étaler mon pessimisme résultant de la montée des extrêmes et de l’incapacité à se remettre en question des partis dits de gouvernement.

    7 octobre 2013
    • @ Lise: Rien trouvé sur Soye. Sur lui non plus d’ailleurs.
      Les habitants ne se sont certainement pas réfugiés dans les blockhaus pour fuir les bombes des Alliés. Ces jolis bétons reliés par le réseau de galeries furent occupés et défendus bec et ongles par les allemands jusqu’aux derniers jours de la guerre. Ils furent finalement délogés mais ce ne fut pas une mince affaire.
      @ducotedechezma. Eh oui, utile de recevoir des suggestions..
      @pivoineblanche. Lorient ne fut pas la seule ville portuaire à devoir abriter les citoyens dans ces conditions. Mais le texte est transposable.
      @desnoeudsdansmonfil. Merci pour les corrections. Le texte original est plus descriptif. Lise l’a rendu réactif en faisant « parler » comme elle l’écrit. Suivez le guide.
      @Virginie. Qui sait, l’histoire se répète. Pour l’instant, décidons de vivre heureux. Surtout, écrivons.

      7 octobre 2013
    • lise #

      Ce n’est pas du pessimisme, Virginie, c’est de la clairvoyance. Nous, qui sommes dans des pays « en paix » vivons en ignorant ou faisant semblant d’ignorer que plus de 50 pays, dans le monde, sont en guerre, avec tout ce que cela signifie de famine, tueries, viols, injustices, horreurs, déchaînements de cruautés, tortures, mensonges, haine, intransigeances, emprisonnements … et nous sommes de l’autre coté, et nous nous détournons, nous ne voulons pas le savoir : nous continuons notre petit bonhomme de chemin.

      Et si nous jetons un coup d’œil par dessus l’épaule et regardons dans le passé, nous voyons qu’il en a toujours été ainsi dans les siècles des siècles .

      je n’ai pas le cœur à dire amen.

      8 octobre 2013
      • Je ne savais pas que 50 pays vivaient actuellement l’horreur de la guerre. Sais-tu si une liste les recense ?

        9 octobre 2013
  9. lise #

    Il n’y a pas de liste, mais tu me donnes une idée: je m’y atelle dés demain matin : ici, il est maintenant 22 heures, je pique un book en francais au hasard et je file au dodo.

    Tu auras un début de liste dans la journée, promis juré.

    9 octobre 2013
    • lise #

      hum ? bon, ce sera donc pour demain vendredi 11 …

      10 octobre 2013

Rétroliens & Pings

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