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Titre Avril / La départementale

Pour partir d’où j’ai passé mon enfance, de chez mes parents, il n’y a qu’une longue départementale, toute droite au milieu de la forêts des Landes, un long ruban rigide incongru au milieu des pins et des genêts où des chevreuils aveuglés viennent mourir toutes les nuits sur les pare-chocs de conducteurs ennuyés par ces kilomètres monotones d’asphalte. On peut partir très vite, droit devant, c’est pratique. Pour revenir aussi, c’est la même route, toute aussi lisse et rapide, si rapide.

Quand on grandit là, on sait qu’on devra prendre cette grande route droite un jour, parce qu’il n’y a rien d’autre. A 18 ans, on part ou on crève. On se jette tous sur cette large départementale, avec joie, précipitation, angoisse, gourmandise… A nous la vraie vie, à nous la liberté! L’élan s’arrête vite, ne mène la plupart d’entre nous qu’à Bordeaux. Et bien vite, dans quelques mois, quelques années, beaucoup reprendront la grande route droite dans l’autre sens, retrouveront le cocon douillet de leur forêt landaise. Il y a bien quelques aventuriers ambitieux qui continuent, empruntent d’autre avenues, des autoroutes même, toujours plus grandes, toujours plus droites, certains montent à Paris ! On en parle, on se demande ce qui a bien pu les pousser à continuer la route, on les plaint aussi. Les pauvres, loin des pins et des genêts jaunes, loin de notre bruyère, la calune violette, comment font ils ? Heureusement, ils reprennent le chemin tous les étés, toujours la même départementale droite et sèche pour rentrer au bercail une fois par an, en attendant la retraite pour redescendre une dernière fois et s’installer enfin aux milieu des pins.

Mais à chaque génération, on retrouve le rêveur, qui s’est toujours perdu sur les chemins de traverse ou la curieuse qui préférait se balader, le nez en l’air dans les ruelles tortueuses plutôt que de se pavaner sur l’avenue principale. Un ou une enfant bizarre qui pourtant aime l’odeur collante des pins, le parfum de noix de coco des genêts, qui fait des rêves d’ailleurs en agitant les clochettes de la calune. Cet énergumène aussi va s’engouffrer sur la départementale, à 18 ans, mais ne reviendra pas. De détours en détours, de ruelles en chemins, j’ai fini dans un cul de sac…mais ce n’est qu’une pause, qu’une respiration pour laisser aux enfants le temps de grandir avant de reprendre la route. Et pour prendre le temps de leur apprendre à toujours préférer la ruelle cachée aux grandes départementales sans surprise.

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21 Commentaires Poster un commentaire
  1. lise #

    Mais oui, c’est bien sûr : nous sortons d’abord dans la ruelle, par le pas de porte ; nous continuons par la prochaine rue, qui deviendra, un peu plus loin, une avenue, un boulevard ; et puis nous sortons du village par la départementale. A-t-elle compté dans nos vies, cette départementale ! Vite, pourtant, ingrats que nous sommes, aux prochains kilomètres, nous l’abandonnerons pour la nationale, qui, de mon temps, prenait une majuscule : la Nationale 7, vous vous souvenez ?

    Je l’ai prise encore à mon dernier voyage en France, les larmes aux yeux, essayant maladroitement d’expliquer à mes compagnons de voyage tout ce qu’elle m’avait apporté de rêvés et d’espoirs, cette Nationale 7.

    Et puis, nous sortons des routes, elles deviennent trop étroites ; nous voulons du neuf, du lisse, du rapide ; nous nous engouffrons sur des autoroutes, des aéroports, des highways. Toujours plus vite, toujours plus loin.

    Une nuit, elles reviennent nous hanter, les venelles d’avril. De quel amour obscur, de quel rêve effiloché ?

    J’aime ce texte de Pom’ de Pin, j’aime la progression, et les mots chargés de l’odeur des pins, du bruissement du vent dans les hautes cimes. Nous suivons souvent, ou avons suivi, les mêmes routes, Pom’ et moi. Encore un signe.

    ( je les connais, faut dire, les départementales des Landes, pour y avoir roulé souvent lorsque j’ai séjourné dans les Pyrénées Atlantiques.)

    20 avril 2014
    • Marichéri prétend que mon accent revient les rares fois où nous descendons jusqu’à chez mes parents. Mon accent de landaise se réveille à Poitiers, il s’affirme à Bordeaux et explose à Mont de Marsan. Mais nous ne faisons presque plus la route, pas facile avec les enfants, et mes parents préfèrent sortir de leur campagne, nous rejoindre ailleurs. Ça me manque, l’odeur de résine, le crissement des aiguilles de pins sous les espadrilles. J’aimerais que les enfants connaissent l’odeur des soirs d’été de mon enfance…Mais juste pour les vacances, pour rien au monde je ne retournerais y vivre. J’ai trop étouffée de l’envie d’en partir.

      20 avril 2014
      • lise #

        Pareil – et il fut un temps où je l’ai regretté mon village. J’y suis revenue, seule, comme en pèlerinage. J’y suis restée 5 mois, seule – un bain de je ne sais quoi, un peu morbide – pas du tout moi. Puis un jour, en quelques heures, un raz-de-marée, le ras-le-bol total, et je suis repartie en sachant parfaitement que je n’y reviendrais plus jamais.
        Depuis, j’écris autour de ses ruelles, des gens que j’ai connus, dont la plupart sont morts ou partis pour toujours.
        Il y a quelques jours, cherchant les contes pour enfants que j’écrivais quand j’avais l’âge de ma petite-fille , j’ai retrouvé mes diaries. L’étoufement dont tu parles, je le retrouve entre toutes les pages.

        Mon village natal, celui qui était le berceau de ma famille paternelle et maternelle de 1688 à 2000, est en train de mourir doucement. Asphyxié. Démembré.

        Il y a trop de départementales.

        20 avril 2014
        • C’est tout à fait ça, une sensation d’étouffer, d’être pris au piège, même est je ne saurais pas dire quel piège. Mais tous mes anciens camarades d’école sont revenus ou ne pensent qu’à ça. Ma mère ne manque jamais de m’en informe. Elle a suivi avant écu le même chemin. A 18 ans, ils se sont envolés, le monde s’ouvraient à eux, et ils n’en ont pas voulu. C’est déprimant. Quand ma mère me parle de celui qui est rentré en se faisant muter, un instit ou un facteur, ce n’est pas parce que je lui manque, mais parce qu’elle ne comprend pas. Ça ne se fait pas, de partir comme ça.
          Et pourtant, la population baisse inexorablement, les lézardes apparaissent sur les murs..ou peut être que je ne les voyais pas.

          20 avril 2014
          • lise #

            Je crois que ta région a été moins touchée par ces migrations que la mienne ; ou du moins dans les Landes, cela commence à peine, tandis que chez nous c’est devenu une tradition depuis plus d’un siècle. Je suis de l’Aude. Déjà au temps de mes grands parents, donc, au début du vingtième siècle, avant la première guerre mondiale, les jeunes partaient car les vignes ne donnaient pas, il y avait de gros problèmes, la fameuse guerre du vin dans les années du début du siècle ( 1903 – 1908)
            Mes grands parents se sont installes à Bordeaux – leurs frères sont paris du cote de Montpellier. Ils sont tous revenus après la première guerre mondiale – je crois qu’il y avait un besoin de se regrouper autour des racines.
            Mes parents ont bourlingué à travers la France, Centre, Normandie, puis retour dans l’Aude après la seconde guerre mondiale – même chose ici encore, retour aux racines, regroupement autour de la famille, sécurité. Pourtant, mordus par le virus des changements, ils ont continué et sont repartis pour 6 ans en Savoie.
            Je suivais cahin-caha mais nous revenions au village natal, nous retrouvions « la famille » pendant les grandes vacances et les autres, Pâques, Noel. Je crois que nous ne vivions que pour cela , mais tout a changé après 68. L’explosion pour moi : la France est devenue trop petite : c’était l’Australie ( un temps , court ) et puis surtout l’Amérique. Il se trouve que John est Américain – ou alors, c’est que je l’ai cherché habitant d’un autre continent, loin, le plus loin possible ?

            C’est bizarre ce qu’elles nous font faire, les départementales, les ruelles et les venelles !

            20 avril 2014
          • lise #

            il y a des lézardes qu’on aime – nous y sommes tellement habitues qu’elles nous manqueraient si on ravalait la façade.
            Tu ne crois que pas, peut-etre, ta mère se languit de toi terriblement mais elle n’ose pas l’exprimer, et elle passe par un chemin détourné pour te le faire savoir ?

            22 avril 2014
            • Non, elle est plutôt directe, très directe même! Elle n’aime ni l’Angleterre ni les anglais. Alors que mon père est toujours ravi de venir ici, il faut la traîner…nous nous voyons plus souvent chez ma sœur, à Paris. Ma mère est très attachée à ses convictions et ne comprend pas qu’on puisse s’expatrier.

              22 avril 2014
            • lise #

              ahhh bon, je vois. Je n’ai JAMAIS pu convaincre mes parents de venir me voir aux USA, alors… tu penses si je comprends !!! pas une seule fois. Ils étaient a la retraite, et mon fils ainé travaillant a Air France, ils pouvaient voyager gratuitement … Finalement, c’est nous qui faisions le voyage une fois tous les deux ans – mais ici les conges sont courts, à peine 15 jours. On arrivait crevés, on repartait crevés après avoir couru partout pendant 2 semaines pour voir tout le monde – Je crois que c’est pour cela que depuis 2000 j[‘ai juré que je ne remettrais jamais les pieds en France – si on m’aime, on vient me voir.

              Nah ! ( lol !! tu viens ? )
              J’aime mes petites venelles américaines …

              22 avril 2014
            • Mon père serait près à faire le voyage plusieurs fois par an, ma mère refuse. C’est un monde, à l’aéroport de Stansted, personne ne parle français…je ne peux pas lutter contre ça! Du coup, on passe aussi nos vacances d’ete sur les routes de France à aller rendre visite à tous. Par contre hors de question de se retrouver bloquer en hiver, avec les enfants sous la manche. Ceux qui veulent nous voir à Noel sont les bienvenus, mais nous ne bougeons pas!

              23 avril 2014
            • lise #

              De routes en ruelles, je me suis souvent demandée comment ceux qui étaient restés au pays avaient pu continuer à vivre l’absence, au moment ( fin du 18e, tout le 19 e et une grande partie du 20e siècles – l’immigration vers l’Amérique touchait l’Europe occidentale.
              Aucun livre n’en parle. On ne peut qu’imaginer.

              23 avril 2014
            • C’est vrai que pour les landais, pendant des générations, partir ce n’était qu’aller à Bordeaux, pas plus. En Irlande, par contre, l’émigration est une constance, elle est ancrée dans les contes populaires.

              23 avril 2014
            • lise #

              Même chose en Allemagne et en Scandinavie d’environ la seconde moitie du 19e s jusqu’à la veille de la 1er guerre mondiale. Le grand père maternel de John était Danois, il est venu s’installer au USA en 1905, avec son frère aine, et ils avaient alors 18 et 21 ans. Ils ont laisse leur jeune sœur au pays pour que leurs parents ne soient pas seuls – cette jeune fille est donc restée avec ses parents, s’est mariée tard et n’a jamais eu d’enfants. Ma belle-sœur a voulu la connaitre , est allée au Danemark pour la rencontrer en 1980, mais impossible de communiquer, l’une ne parlant que Danois et l’autre qu’Anglais. La grand-tante avait 92 ans à cette époque, et elle a disparu peu après. Avec elle, tout un grand pan de famille a également disparu.
              Ces disparition, comment les gens les ont-ils vécus de part et d’autre du mur de la séparation – et, par extension, même en restant dans le même pays, comment vivre les séparations familiales ?

              23 avril 2014
            • C’est peut être pour ça que l’Irlande à une vision très large de la famille, par de la les générations et les océans. Le départ fait partie de leur histoire, c’est normal. En extrapolant, c’est un peu la même chose dans les landes. On grandit avec,on sait qu’après le bac, que ce soit pour trouver du travail ou faire des études, il fait partir. Du coup, c’est accepté comme une loi de la nature. Mais à la différence de l’Irlande, le retour à plus ou moins court terme est implicite. C’est une chose que ma mère n’accepte pas, je sais que c’est un peu une trahison pour elle. Pas de la famille, mais de mes racines. Ses petits enfants sont des étrangers et ça ne passe pas. Des anglais en plus! Je crois qu’elle m’aurait pardonné l’Espagne, mais pas un pays anglo saxon.
              Cette idée de retour au bercail est tellement ancrée, personne n’envisage le départ définitif. Alors qu’en Irlande, quand un arrière arrière petit cousin américain ou australien débarque, non seulement il est accueilli à bras ouvert, mais ça tient un peu lieu de retour…celui qui est parti se rappelé à son pays à travers ses descendants. Il y a une continuité entre les générations.

              23 avril 2014
            • lise #

              Oui, ma belle-fille est Irlandaise de souche, américains seconde génération par son père, troisième génération par sa mère. Nous rencontrons souvent ses parents, et là, ils reviennent d’Irlande, ou ils ont passe 1 mois, car le père a encore tous ses frères et sœurs au pays. Ils y vont chaque année, ou bien ce sont les « relatives » qui font le voyage, mais il ne se passe pas un an sans qu’ils se revoient.
              Et le voyage est tout de même plus long et plus onéreux que Mont-de-Marsan -Londres, par exemple !
              L’absence n’est pas acceptée, tout est mis en place pour que les rencontres soient favorisées, et j’aime leur humour et leur détermination.

              23 avril 2014
            • J’ai beaucoup de tendresse pour l’Irlande, trois de mes enfants y sont nés et ont la double nationalité. J’y ai appris un anglais, que je parle toujours avec mon accent français, mais truffé d’expressions irlandaise. Ça surprend toujours les interlocuteurs ici. Ma mère croyait encore que notre exil irlandais se terminerait par un retour en France…elle ne pardonne pas le départ pour l’Angleterre. Elle en est restée à Jeanne d’Arc. A force de n’avoir que les pins pour horizon, l’esprit se ferme, ou peut être quil faut un manque de curiosité naturelle pour vouloir rester à tout prix…quelque soit la raison, c’est ce rejet de l’ailleurs et des autres qui m’a fait partir aussi.

              23 avril 2014
  2. La route par chez moi était moins droite… et puis, c’était une nationale à l’époque même (depuis, elle a été déclassée… 🙂 ), mais finalement, peu partaient… et quand ils partaient, ce n’était qu’à quelques kilomètres de là, peu plus ou un peu moins loin sur la route selon d’où l’on vient… Je suis partie sans jamais penser à revenir un jour (hors des périodes de vacances entendons-nous bien)… et quand j’ai quitté la région parisienne, c’est pour m’éloigner encore plus ! De tous mes camarades d’école, je suis la seule à ne pas vivre à moins de 10 km ! Certains s’étaient même mis à me vouvoyer (eh oui, j’habitais la capitale ou presque, j’avais fait des études, …), je leur ai rappelé nos années de jeux partagés ! D’autres semblent toujours surpris que je les reconnaisse année après année !

    20 avril 2014
    • lise #

      C’est un tel choc de retrouver nos amis de jeunesse après de longues années de séparation ; je n’étais pas revenue dans ce troisième village de mon enfance, dans le Narbonnais depuis le début des années 60′. Ma vieille amie toute émue m’a raconte que Henry, l’ami de son fils disparu, vivait encore dans le village, Est-ce que cela me ferait plaisir de le revoir ? Je me souvenais bien de ce grand garçon timide avec qui je dansais les twists et autres déhanchements à la mode. J’ai dit oui, oui, bien entendu. Cinq minutes plus tard nous étions dans les bras l’un de l’autre, et tout deux sanglotants sous un tsunami d’émotions remontant en lame de fond, submergeante. A nos cotés, étonnée, muette, l’épouse d’Henry nous regardait sans rien comprendre. Honteuse de nos faiblesses, cherchant sans aucun doute ce que nos larmes pouvaient signifier d’autre que ce retour massif de souvenirs, lorsque nous étions encore si jeunes, si préservés, si innocents. Avant que la vie vienne faucher quelques-uns de nos rêves.

      21 avril 2014
  3. Jean Baptiste Gourmaud #

    J’ai cliqué pour vous lire sur facebook. J’aime vos routes et vos vies sur les routes.
    J’ai pensé à mes quat-chemins, à ma p’tit-route et à ma grand-route, tout en vous lisant.
    Merci de m’avoir fait partager toutes vos routes.

    21 avril 2014
  4. lise #

    Si mes souvenirs sont bons, nous les avons aussi partagées « en-pour-de-vrai » les routes, grandes et petites ; celles du Québec, celles du Massachusetts, et celles de France ! tu sais qu’on a fameusement bien fait d’en profiter avant que les années nous tombent dessus à bras raccourcis ?
    Finalement, la route est symbole de vie.

    21 avril 2014
  5. Lise, je lis ton commentaire sur le vécu de la séparation continentale « autrefois »… Ma grand-mère a un oncle qui est parti (à pied !) au début du XXe siècle et s’est installé au Canada après avoir fait le tour par la Russie… Il s’est marié à une canadienne, et a eu 2 filles, les cousines germaines de ma grand-mère donc. Cet oncle n’a jamais coupé les ponts avec sa mère, lui écrivant très souvent tout au long de son périple puis une fois installé dans sa nouvelle vie. Il n’a jamais remis les pieds en France, pas plus que sa famille française n’est allée au Québec. Ma grand-mère n’a jamais vu ses cousines « en vrai », ni sans doute entendu leurs voix. Et pourtant, elles ont correspondu jusqu’à leur mort, échangeant de longues lettres ! (Les cousines de ma grand-mère n’ont pas eu d’enfants, donc l’histoire s’est arrêtée là… ) Ma soeur a récupéré la correspondance de l’oncle…

    A une époque où malgré tous nos moyens de communication, il semble si difficile parfois de rester en contact, je reste épatée par cette relation familiale qui a su se construire malgré la distance, malgré la faiblesse du lien initial… Mais le monde n’était pas le même, la vision que chacun en avait non plus…

    23 avril 2014
  6. Plus on va vite, moins on voit.
    Parole d’escargot.

    25 avril 2014

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