Aller au contenu principal

Octobre Positivement Positif / 5 – La Huitième Image (fin)

La Huitième Image ( suite et fin)

_____________________________

Il fallait maintenant récupérer les photos. L’enfant prit machinalement les deux rectagles tombés dans le godet de metal : chacun se partageait en quatre images.

Sur la première L’enfant se reconnut sans problème, un gosse de dix ans, bien dans sa peau, confiant et rieur, avec pourtant une ombre interrogative dans le regard.

La seconde photo était celle d’unjeune home qui aurait pu etre son frère ainé s’il en avait eu un : le regard était assuré et la bouche souriait encore, mais la joie en était comme voilée, hésitante. L’ensemble parlait d’espoir et de tendresse.

Le meme home, un peu plus agé, souriait sur la troisième photo. Il avait le regard clair de ceux qui lisent beaucoup et travaillent, la nuit, à la lumière des lampes. Quelques rides se formaient déjà sur son front.

L’homme aux yeux clairs avait muri sur la quatrième photo et ne s’interrogeait plus. Il ne souriait pas. Sur ses lèvres serrées on pouvait voir la fermeté de son caractère. Larson remarqua dans le regard une resemblance avec les yeux de son père,et reconnu sur l’ensemble du visage l’opiniatreté de sa mère.

Sur la cinquième photo, l’homme qui commencait à vieillir avait laissé pousser une courte barbe encore blonde. Il portait maintenant des lunettes et on pouvait lire dans ses traits une nouvelle patience. Cet home était écouté. Il savait aussi faire rire, son humour avait creusé des petits soleils autour de ses yeux et des sillons de joie autour de la bouche.

L’enfant avait été frappé par l’émotion qui se dégageait de la sixième photo, comme s’il avait été soudain mis en présence d’un grand-père disparu et tendrement aimé : l’homme vieillissant avait laissé pousser ses cheveux qui retombaient en boucles blanches et inégales sur le col d’un pull manifestement usé. Il portait toujours barbe et lunettes, mais quelque chose dans son sourire, plus large, et dans son regard plus direct, plus confiant, le rajeunissait. L’homme était  heureux, reposé, comme si une liberté lui avait été donné, à moins qu’il l’ait acquise de haute lutte.

C’était encore le regard, plus clair, cette fois sans lunettes, nu, offert, qui avait accroché l’enfant sur la septième photo.Au travers de ce regard, l’enfant avait plongé dans un monde inconnu. C’était un tournoiement d’émotions dont il ne connaissait  pas encore le nom ni la forme, joie et patience, connaissances et approbations, tendresse et amour : mots dont le jeune Larson ne possédait pas encore toutes les clés.

Le choc de la huitième image fut tel que l’enfant avait poussé un cri : le petit carton était blanc, de ce blanc évocateur du vide ou de l’énigmatique froideur de la neige. Il n’y avait plus rien, tout avait disparu, les images étaient terminées. Tout était dit, tout tenait  dans ces petits rectangles de carton souple et la huitième image concluait l’histoire en forme de feuilleton sans aventure. La huitième photo retournait au néant.

Ou bien serait-ce alors l’absolu ?

_________________________________________

Cette nouvelle a été publiée en  décembre 2006, avec 139 autres nouvelles et 9 autres auteurs sur le theme et sous le titre  « Photomaton », par EnLigneEditions. Je l’ai signée par un pseudo, Céline Comte.  On peut se procurer quelques derniers ovurages restant en me contactant. Photomaton n’a pas ete re-edité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s