Aller au contenu principal

Le point sur le fameux repas de Thanksgiving

thanksgiving 2014

J’en perd le compte, je ne sais plus très bien  ni où ni quand ni comment ni avec qui je les ai partagés dans les derniers quarante ans. Ce que je peux certifier c’est qu’ils se ressemblent tous, comme chez nous le réveillon ou le déjeuner pascal. Ces repas traditionnels ont quelque chose de monstrueusement  agréable, certes.  On s’en lasse.

Donc, le fameux repas de Thanksgiving. La tradition, c’est d’abord, l’oiseau, The Bird, la fameuse DINDE la plus grosse possible – celle d’hier pesait dans les vingt pounds, presque 10 kilogs.  C’est la pièce maîtresse du repas, on la sert toujours rotie,  farcie ou non. Je la préfère non-farcie. Ou alors, c’est moi qui fais la farce, aux marrons, et ce n’est pas du tout, mais alors, là, pas du tout du tout apprécié par les Américains.

Autour de la dinde, les légumes : purée de pomme de terre, purée de patates douces, oignons grelots en sauce blanche,  airelles, choux-fleur et/ou brocoli, haricots verts, carottes, le choix est sans fin. La table doit être, et c’est impératif, recouverte de plats.

Plus les corbeilles à pains (sucrés, mais bof, au point où nous en sommes, il y a longtemps que nous ne comptons plus les calories). Beurre, pichet de sauce brune/beige/grise, faite avec le jus de la dinde et dieu seul sait quoi d’autre  Sel et poivre facilement oubliés, car très peu utilisés  ici : on sale et on poivre dans la cuisine  et puis c’est tout.

Desserts : hier, nous n’en avions que deux, une tarte au potiron, et mon dessert aux pommes. Mais traditionnellement, il doit y avoir deux tartes, l’une au potiron, l’autre aux pommes, plus un bol de salade de fruits, ou une corbeille de fruits frais, plus de la crème, et des cookies : le repas de Thanksgiving est symbole d’abondance, on sort de là goinfrés pour la semaine qui vient, et quand c’est fini, on se traîne jusqu’à la voiture en se demandant comment on fera pour s’en sortir.

J’exagère ? Oui, j’exagère, mais le pire n’est pas le repas : le pire, c’est le déroulement de la cérémonie ; le timing si tu préfères. On arrive au début de l’après midi, pour l’heure de causette : nous sommes tous dans le salon, et nous grignotons des choses, crackers, olives, fromage, raisins, tout en sirotant une boisson, bière, ginger ale, ou vin. Il y a dix ou quinze ans, on servait scotch, porto, ou gin. Mais ca, c’était avant. Maintenant, le temps est à l’austérité. Ca me va très bien.

On « discute » ainsi pendant une heure et je peux t’assurer que une heure à essayer de trouver un sujet de conversation intéressant les autochtones, c’est lent à passer, d’autant plus que nous n’avons pas déjeuné – je te rappelle qu’il est 13 heures, ou plutôt 14, et nous passerons à table, devant les monstruosités énoncées dans le premier paragraphe, à 15 heures  si tout va bien. (1)

Et bien entendu, non, tout ne va pas bien  :  quelque chose a brûlé – hier, c’étaient les carottes. Ou bien quelque chose  n’est pas tout à fait prêt – hier, c’était la purée, qu’on avait oublié de  passer au presse-purée. Donc, les invités restent dans le salon, et tout la famille se précipite dans la cuisine pour aider la malheureuse  housewife.

Ici, j’ouvre la parenthèse indispensable pour la question que ne manquerait pas de poser la maîtresse de maison française : pourquoi les choses ne sont-ells pas prêtes ? et je réponds : Mais elles le sont ! Elle sont prêtes, tout est cuit, tout est en ordre, tout serait à la perfection s’il  n y avait cette putain d’heure de « conversation » qu’on nous inflige, pendant laquelle la maîtresse de maison abandonne la cuisine à son triste sort. Une heure plus tard, la dinde a eu le temps de refroidir, la purée de sécher, et la sauce d’attacher surtout lorsqu’on a oublié de la retirer du feu.

Enfin, on passe à table : dehors, la nuit s’installe ; ceux qui, comme moi, ont tendance à s’affoler pour rien regardent avec inquiétude la nuit, la neige et la température  tomber en même temps de l ‘autre côté des fenêtres. Ici, dans la salle à manger, il fait bon, il fait chaud,  et le vin aidant, les conversations  démarrent enfin. Il était temps, j’étais au bout de mes  ressources et bien décidée à plonger dans le mutisme sous prétexte de dinde à déguster.

Nous repartons trois heures plus tard, il n’est que 19 heures au cadran lumineux de la voiture et il me semble qu’il est presque minuit. La route est claire, lumineuse, parsemée de diamants. Nous savons depuis longtemps ce que cachent ces brillances fugitives dans la lueur des phares. Nous descendons de la montagnette par la route la plus courte, mais aussi la plus dangereuse à certains endroits et nous roulons à 25 miles/heure. De chaque côté, le paysage d’hiver est si beau, figé de blanc, que j’en oublie d’avoir peur.

Nous arrivons sans encombre chez nous. Ce matin, nous décidons que c’est terminé, le prochain Thanksgiving se fera sans nous. «  Il y a un temps pour chaque chose, un temps pour la joie et un temps pour la peine. »

L’essentiel est de savoir quand il est temps de changer de temps.

________

lmg / 28 novembre 2014, NY

________

(1)   Oui, on a pris un petit déjeuner substanciel, mais c’était il y a sept heures.

 

 

12 Commentaires Poster un commentaire
  1. absolument hilarant!!!
    (mais je compatis, tout de même)

    28 novembre 2014
    • lise #

      merci et justement je pensais a toi ce matin : que deviens-tu ? et ou en est ta maison ?

      28 novembre 2014
  2. Cayouette Gisèle #

    Il n’y aurait pas quelques vieillards esseulés et/ou pauvres dans le secteur que vous pourriez inviter à partager ce festin histoire de pimenter la réception

    28 novembre 2014
    • lise #

      et bien justement, tu as raison, et je pense que l’an prochain, au lieu de monter par des routes dangereuses etc… etc… nous irons aider la synagogue ou l’eglise d’a coté. Disons, une année sur deux, pour commencer. Et puis c’est nous qui serons les vieillards isolés… 😦

      28 novembre 2014
  3. Mme de K #

    et c’est quoi ton dessert aux pommes ?

    28 novembre 2014
  4. Je ne savais pas que la table devait être couverte de mets. Ni le coup des deux desserts. Nous étions cinq, j’ai fait un boeuf braisé, en une demi heure le repas était plié. Les enfants et moi avons dessiné.
    Je suis aussi intéressée par ton dessert aux pommes et je trouve ca trop drôle que les Américains n’aiment pas ta farce aux marrons! J’adore!
    Thanksgiving, c’est l’idée qu’on s’en fait! Restez donc tranquillement entre vous l’an prochain! Ou venez le passer chez nous!

    28 novembre 2014
    • lise #

      si ce n’etait pas si loin … !
      Je vais donner la recette ultra facile du gateau aux pommes, les enfants adorent, tu verras – tres facile
      J’ai eu des Thanksgiving Memorable dans le Minnesota, avec tmepetes de glace et tout et tout – mais j’etais jeune… lol !
      Tu as raison, et c’est [areil pour toutes les fetes finalement : l’idee qu’on s’en fait..

      29 novembre 2014
  5. A te lire, j’ai le ventre lourd…
    Je vais essayer d’écrire pour le mois de décembre, mais rien n’est moins sûr avec tous les examens qui se profilent.
    J’essaye, et sinon, ce sera janvier et début février, parce que je serai en congé (et des examens au bout du congé, sinon ce n’est pas drôle !!!)

    29 novembre 2014
    • lise #

      tes examens d’abord, c’est bien. Et tu auras l’esprit libre et content dans les autres mois. On trouvera bien des sujets qui t’inspireront en 2015. Viens nous lire si tu as le temps, histoire de garder le contact 😉

      29 novembre 2014
  6. Merci pour cette description détaillée de thanksgiving! 🙂 et du dépaysement.

    30 novembre 2014
  7. J’adore ! En son temps, j’ai été invitée chez un couple de Danois, aux alentours de noël. Nous croyions avoir affaire à un repas froid, après une succession de poissons fumés et harengs en sauce divers ! Mais non ! (Et la bière Carlsberg peu alcoolisée mais avec le verre d’akwavit à côté !!!) Après, il y avait un plat chaud, rôti de porc, pommes de terre caramélisées et légumes divers. Dessert et café… C’est je pense ce qu’on appelle un smörgas(f)brood… Comment je suis sortie de là vivante, mystère ! Mais qu’est-ce que c’était bon !!!

    12 décembre 2014
    • lise #

      oui, ils n’en finissent pas et c’est vrai que c’est bon, et on a du mal à se lever de table, au bout de ces longs repas

      13 décembre 2014

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s