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Défi de l’An 15 / Janvier 3 – MaRiF et moi

DEUX MILLE QUINZE.

une année charnière, ils diront. C’était en 2015, tu te souviens ? Jusque là chacun vivait dans son cocon, isolé de tous, chacun dans sa bulle, l’œil fixé au delà de la paroi transparente vers les couleurs sombres ou irisées, vers l’extérieur proche et inaccessible.

tu te souviens, avant 2015 ? On communiquait en silence.

presque en silence, avec le seul tap-atap-tap des doigts sur le clavier .

c’est simple, dit Fantasmagory, simple : j’avais même placé l’écran de telle façon que je tournais le dos aux fenêtres, je ne voyais que ce rectangle lumineux à quarante centimètres de mon nez.

toute la journée.

parfois aussi la nuit, lorsque je croyais… Lorsque j’avais l’impression que … Lorsque.

croyais quoi, qui t’obligeait à te relever la nuit et allumer l’écran ?

croyais avoir un lien spécial, avoir soudain rencontré l’Autre.

et ?

et, du vent.

c’était en d’autres temps et lieux, Madame, il fait grand froid et j’ai tué trois loups. Point final.

non, c’était quand même un peu plus près de nous, nous venions juste de quitter le vingtième siècle

dans les conditions que l’on sait.

pas drôles.

on ne l’a pas regretté, celui-la, avec sa farandole de guerres en tous genres, épidémies, catastrophes, volcans, tremblements de terre, tsunami, meurtres et croyances diverses toutes plus fanatiques les unes que les autres et leur cortèges de tueries au nom de ..

tais-toi, n’en dis pas de mal, des tueries : il faut que Terre s’épuise et Humanité s’amenuise

tu crois ?

non, je ne crois pas. Je radote, c’est mon droit ; et je me raccroche au moindre brin d’herbe

Et, pour parle d’autre chose, tu fais quoi, dans la vie, MaRiF ?

rien, je ne fais rien. Et toi ?

moi non plus.

Elles marchent côte à côte, sur de la vrai terre dans une vraie rue, Elles ont sauté juste à temps au travers de leurs bulles. Elles se sont retrouvées tout en bas.

ou tout en haut, dit Fantasmagory, ou tout en haut, MaRiF.

C’est une rue en noir et blanc, avec un tramway immobilisé en plein milieu et des façades de la fin du siècle ; l’autre, un peu avant la Belle Époque

si la Belle Époque peut aussi se conjuguer en Belge, demande Fantasmagory

elle peut, répond MaRiF, tout en se penchant, l’œil rivé à son appareil de photo

ou as-tu trouvé cette veille chose ?

dans une malle, au fond du grenier. C’est l’appareil Kodak de ma mère. Je n’ai pas eu le cœur de m’en séparer.

Elles marchent et la rue se colore, sous une pluie fine venue du fond des temps. Elles n’ont plus besoin de mots, il leur suffit de marcher côte à côte, de suivre les rails , les pavés luisants, le trottoir et les façades somptueuses.

c’est ici que Marguerite Yourcenar ..

Est née, je sais. Et demain nous nous envolerons vers le Maine, je t’amènerai visiter sa dernière maison, Petite Plaisance.

Elles marchent, en silence, libérées des écrans.

______________

lmg, 31 décembre 2014

 

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