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Articles par clocloplumeagile

Le Défi de l’An 15 / Janvier 5 – Rencontre, par Cloclo

RENCONTRE

C’était un jour de neige et de grand vent. J’avançais péniblement dans la neige, j’en avais bien jusqu’au genou. La nuit avait recouvert petit à petit la ville et les lumières de Noël clignotaient régulièrement au-dessus de ma tête en semblant me faire des clins d’œil. Je commençais à me repentir d’être sortie juste pour acheter une ampoule Led qui venait de claquer à l’une des branches de mon halogène. Un corbeau attardé se secouait les plumes sur les fils électriques en poussant de grands cris sinistres. Un chat me fila entre les jambes en hurlant. Mon Dieu, qu’y a-t-il de plus triste que ces Noëls de carton-pâte où l’on veut vous persuader par tous les moyens qu’il faut être gai, joyeux, content, enthousiaste et ravi. La bise s’était ajoutée à la neige qui tombait à présent pratiquement à l’horizontale et s’engouffrait à travers les moindres interstices de mes vêtements.

Décidément, je ne me ferais jamais au froid. Moi qui ai toujours rêvé de soleil, de ciel pur, de transat et de  bords de mer, comment ai-je fait pour atterrir dans ce coin du monde hostile et glacial ? Tout à coup, j’aperçois une ombre encapuchonnée qui s’avance vers moi. Je passe mon chemin sans y jeter un œil. Mais l’ombre s’arrête et me regarde droit dans les yeux, là juste au-dessus de mon écharpe et au ras du cache-nez. Tu ne me reconnais pas ? Non, fais-je, je suis nouvelle en ce pays, je ne connais personne ! Mais si, voyons, réfléchis bien ! Non, vraiment, vous devez vous tromper, chère madame, vous savez, telle que je suis habillée, tout le monde ressemble à tout le monde ! Non, moi, je vous ai reconnue, à cause de la photo ! De la photo, mais laquelle ? Une petite blonde, c’est du moins ce qu’elle prétend être, avec quelques kilos en trop.

– Quelle photo ? Vous habitiez la France, n’est-ce pas ? Oui, pourquoi ? ET vous adorez la nature, j’ai vu défiler cet été toutes les fleurs de votre jardin … ????? Oui, sans doute, mais comment…. INTERNET, ma chère, Internet, ah ! Quel outil formidable ! Mais vous ne m’avez toujours pas dit votre nom ? Je suis Lise, Lise Marie, vous me remettez ? Et moi Claude-France, mon Dieu, quelle histoire, se rencontrer ainsi, un soir de neige, dans  un endroit où jamais je n’aurais pensé vous rencontrer. C’est vrai, je n’ai jamais dit vraiment où j’habitais, et puis pour la photo, j’en ai posté une seule, je crois, et puis, une photo ne reflète jamais complètement la réalité ! Bien sûr et avec votre écharpe violette et votre bonnet à poil d’ours, comment aurais-je pu… Mon Dieu, qu’on est comiques toutes les deux , ainsi affublées. Allez, je vous paie un verre, j’habite tout à côté, au 148. Et moi au 24, vraiment, on commence bien l’année, n’est-ce-pas ?. On va être de bonnes copines, je le devine. Oui, et puis comme ça, on s’épargnera Internet. Les fleurs, vous … tu ne me les enverras plus en photo, mais je viendrai les admirer directement dans ton jardin ! Ce sera cool ! Oui, et on en profitera pour se raconter nos vies !!

[ensemble] : Ah, qu’est-ce qu’on va se marrer !

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cloclo, 31 décembre 2014

Titre de juillet 2 / Entre chien et loup, par Cloclo

Il vient de se poser sur mon épaule comme un insecte un peu peureux et tenace, je voudrais l’en chasser d’une chiquenaude, mais la « chose » insiste et s’incruste, l’intrus, de ses doigts, de sa peau, m’explore et me frôle à la manière de mille pattes velues ; je me trouve à présent entre rêve et réalité, délice et cauchemar. La nuit m’empêche de le voir et de distinguer les traits de son visage, me voici alors propulsée entre deux mondes, celui de la peur et du mystère, et celui des impressions familières et connues, du déjà vu, de l’hostile et de l’étrange, à la frontière de sensations contradictoires qu’on jugerait plutôt bienveillantes au grand jour.

Hélas, la noire peur me tenaille et prend le pas sur le reste,  sont-ce des doigts, des pattes, des pinces, des mandibules, des labes ou des cerques qui courent et recourent en aller-retour sur mes bras, mes mains, mon cou, mon épaule ? La nuit est calme et profonde en apparence, mais en tendant bien l’oreille je perçois des crissements, des craquements,  d’imperceptibles martèlements telle une armée de fourmis en marche. Des sortes d’acouphènes entomologiques et microscopiques bourdonnent, vrombissent, bombillent, bruissent et envahissent mon oreille impuissante…

La chose est à présent descendue plus bas, explore mon dos, caresse ma cuisse endormie aux chaudes protections des songes étoilés, je retiens un cri, je ne sais plus à cet instant si c’est un cri d’épouvante ou de plaisir, mes sens se gourmandent et se querellent, se livrent une guerre sans merci, nulle idée pour l’instant de qui sera le vainqueur.

Mon front ruissèle des torrents de ces peurs incontrôlables qui vous gagnent en ces demi-sommeils fantasmagoriques où l’irréel devient possible et l’impossible une évidence. Comme entre chien et loup, comme entre l’homme et la bête, le perceptible et l’imperceptible, la douleur et la jouissance, je vis entre deux univers qui à la fois m’attirent et me terrorisent. Et que je hais. Et que j’adore. Que je voudrais voir cesser à l’instant et se prolonger éternellement. D’un ambigu limpide, d’une évidence floue, la « chose » passera peut-être tout à l’heure pour mon plus grand bonheur le mur lumineux du jour  ou retournera tout bonnement à sa « nuit », à ses fantômes, à ses chimères, me laissant nue, pantoise et désemparée, jusqu’à sa prochaine visite, jusqu’à l’instant suprême, redouté et attendu,  des frissons à venir.

 

© cloclo