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Articles par pomdepin

Sonnet pour une petite fille vive

Mon Papy, dit ma Vive, toi le roi de la rime…
(Aie, aie, aie! Méfie toi ou tu es pris mon vieux!)
Tu devrais me dédier ce qui se fait de mieux,
Un sonnet! Un sonnet? Voyez la pousse au crime!

Pourquoi pas l’élégie, avec une ode en prime,
Mon cher petit lapin, il faut être sérieux!
Mais puisque c’est pour toi, avec l’aide des Dieux
Je vais tenter le sort, même si l’on me brime.

Pour toi, je trouverai des accents si profonds
Que ceux de les rivaux sont vers de mirliton!
Ainsi que je l’ai fait tout au long de ma vie

Je mêle savoir-faire et amour de grand-père.
Tu le reconnaitras, du moins j’espère
Car voila terminé le sonnet pour ma Vive.

Calendriers 9 / Le calendrier japonais

Quelle une idée bizarre, d’avoir mis un calendrier dans les toilettes. Et pas un petit calendrier, comme l’horreur à chatons vendue par le facteur, non, une espèce de bannière qui fait bien un mètre de long, décorée de caractères japonais. Quoique si ça se trouve, en japonais, ça ne veut rien dire. Sa mère a encore du se faire refiler n’importe quoi.

Dans les toilettes, personne ne vient la déranger, personne ne fait attention à elle. Elle entend tout, les disputes étouffées, les pleurs cachés, et ces autres bruits aussi quand l’autre est là. Pas la peine de changer de chaîne quand il y a des scènes un peu osées à la télé, si c’est pour faire ce genre de bruits! En penchant la tête pour regarder le calendrier japonais, et en plissant les yeux, elle devine un lion qui se promène entre mars et avril…et là, au dessus de juillet, c’est un éléphant! Les bruits se calment un peu. Elle ne sait pas ce qu’elle déteste le plus, les pleurs, les mensonges, ou quand l’autre est là. Parce qu’elle entend tout, vraiment tout, depuis les toilettes. Elle a perdu le lion, même en clignant des yeux, elle ne le retrouve plus au milieu des fausses calligraphies.

C’est quand même une drôle d’idée, ce calendrier japonais dans les toilettes.

Pomdepin

Titre Avril / La départementale

Pour partir d’où j’ai passé mon enfance, de chez mes parents, il n’y a qu’une longue départementale, toute droite au milieu de la forêts des Landes, un long ruban rigide incongru au milieu des pins et des genêts où des chevreuils aveuglés viennent mourir toutes les nuits sur les pare-chocs de conducteurs ennuyés par ces kilomètres monotones d’asphalte. On peut partir très vite, droit devant, c’est pratique. Pour revenir aussi, c’est la même route, toute aussi lisse et rapide, si rapide.

Quand on grandit là, on sait qu’on devra prendre cette grande route droite un jour, parce qu’il n’y a rien d’autre. A 18 ans, on part ou on crève. On se jette tous sur cette large départementale, avec joie, précipitation, angoisse, gourmandise… A nous la vraie vie, à nous la liberté! L’élan s’arrête vite, ne mène la plupart d’entre nous qu’à Bordeaux. Et bien vite, dans quelques mois, quelques années, beaucoup reprendront la grande route droite dans l’autre sens, retrouveront le cocon douillet de leur forêt landaise. Il y a bien quelques aventuriers ambitieux qui continuent, empruntent d’autre avenues, des autoroutes même, toujours plus grandes, toujours plus droites, certains montent à Paris ! On en parle, on se demande ce qui a bien pu les pousser à continuer la route, on les plaint aussi. Les pauvres, loin des pins et des genêts jaunes, loin de notre bruyère, la calune violette, comment font ils ? Heureusement, ils reprennent le chemin tous les étés, toujours la même départementale droite et sèche pour rentrer au bercail une fois par an, en attendant la retraite pour redescendre une dernière fois et s’installer enfin aux milieu des pins.

Mais à chaque génération, on retrouve le rêveur, qui s’est toujours perdu sur les chemins de traverse ou la curieuse qui préférait se balader, le nez en l’air dans les ruelles tortueuses plutôt que de se pavaner sur l’avenue principale. Un ou une enfant bizarre qui pourtant aime l’odeur collante des pins, le parfum de noix de coco des genêts, qui fait des rêves d’ailleurs en agitant les clochettes de la calune. Cet énergumène aussi va s’engouffrer sur la départementale, à 18 ans, mais ne reviendra pas. De détours en détours, de ruelles en chemins, j’ai fini dans un cul de sac…mais ce n’est qu’une pause, qu’une respiration pour laisser aux enfants le temps de grandir avant de reprendre la route. Et pour prendre le temps de leur apprendre à toujours préférer la ruelle cachée aux grandes départementales sans surprise.

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L’averse polyglotte

Les averses, ça me connaît. Je vis en Angleterre, ce merveilleux pays qui peut parfois se révéler un tantinet humide.

Mais je viens du Sud Ouest, où il fait certes un temps splendide toute l’année, mais où il n’est pas rare de sortir gaillardement, au mois de mars, sans parapluie et de se prendre une légère averse. « Oh mince, il pleut! » Comme disait mon grand père qui, sans être ni météorologue ni vigneron, possédait une culture encyclopédique sur les effets des conditions climatiques sur la vigne, dans le bordelais en général et à Saint Emilion en particulier, une bonne petite averse, ça ne fait pas de mal. Il ne faut pas la confondre avec cette calamité tombée du ciel, à l’instigation des buveurs d’eau probablement, qu’est la méchante averse, voire cette ignominie qu’est l’averse de grêle, qui va hacher menu des raisins innocents qui ne demandaient pourtant qu’à être cueillis et pressés….non, la bonne petite averse est sympathique, elle fait sortir les escargots et pousser les salades, qui nourriront ces mêmes escargots, qu’on pourra servir avec une sauce au vin…

Par contre, en Andalousie, pas la moindre goutte d’eau, « madré de dios! » Quarante degrés l’ombre…quel dommage qu’il n’y ait pas d’ombre. La pluie ne parle pas espagnol ? Pourtant à Mexico, les énormes bougainvilliers laissent supposer un peu d’humidité. Il fait un soleil radieux, il fait chaud, on ne croirait jamais que c’est la capitale la plus en altitude. Quel ciel bleu, c’est un bonheur! Ah, tiens, il fait déjà nuit. Il faut dire qu’avec le décalage des heures des repas, on sort à peine de table que c’est déjà le soir, alors qu’on se croit en début d’après midi. Pourtant, il n’est que cinq heures. La saison des pluies? Allons bon, qu’est ce que c’est que ça? Oh, une petite goutte…. »Ay, caraï! » Ce n’est pas une averse, ce n’est même pas un déluge, on ne sent plus les gouttes. L’eau coule à torrents dans les rues, on en a jusqu’à mi mollet et c’est des baquets entiers qui se déversent en continu du ciel, c’est un lac immense qui se vide sur nos têtes, un océan…et revoilà le soleil. On sèche doucement, dans une fumée de vapeur d’eau.

La verte Erin, l’Irlande, il paraît qu’il y pleut…évidement en débarquant un premier octobre, il ne faut pas s’attendre à trouver du beau temps. C’est une petite averse, le soleil brillera vite. C’est une averse, ça va s’arrêter. C’est une grosse averse, ça va bien cesser un jour. C’est une averse interminable, ce n’est pas possible, il faut que ça s’arrête! ….hahaha, je savais bien que la pluie ne pouvait plus durer, voilà le soleil. On est le 15 mai, ça nous fait donc une averse de 8 mois, « oh, feck!  » (Pour les anglophones, relisez bien, c’est feck, pas autre chose. C’est un charmant petit mot typiquement irlandais qui n’a rien de grossier. On l’entend parfois à la sortie de la messe, c’est pour dire!)

Et en Angleterre….il n’a pas plu depuis 10 jours!

Un peu, beaucoup 13 / Trois pétales, par Pom’dePin

ecritoire marguerite trois petales

Happy ever After

Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. The end.

C’est un peu court. C’est même déprimant de brièveté. Non, la vie n’est pas un conte de fée, et heureusement.

ecritoire marguerite trois petales

Love at first sight

 Et quand on est myope alors? A première vue, je ne vois rien. A seconde vue non plus. Si un prince charmant passait par là, ça m’échapperait complètement. Mais d’ailleurs, croiser un jeune homme en collants, accessoirisé d’un blanc destrier en soirée, c’est un peu inquiétant.  Certes, c’est peut être un jockey, et son cheval étant dépressif, il préfère ne pas le laisser seul. Au moins, il aime les animaux, c’est déjà beaucoup, mais les collants? Ah. Et une gamine de 15 ans ( et oui, les princesses de contes de fées ont 15 ans) qui a pour seule ambition de se trouver un mari, de préférence riche…ce n’est pas très ragoûtant non plus!

 Alors qu’un grand jeune homme en jeans aux talents multiples certes, mais sans aucun intérêt pour les sports équestres, pour une myope, de plus de 20 ans préparant un tour du monde qui n’aura jamais lieu, c’est beaucoup plus facile à repérer.

L’avantage de faire deux mètres.

ecritoire marguerite trois petales

Fairytale wedding

 Est ce ma faute si je préfère manger des meringues plutôt que d’en porter une? Si je déteste les citrouilles, leur rajouter des roues n’y changera rien…et se donner beaucoup de mal pour faire d’une seule et unique journée de sa vie un enchantement, c’est un peu triste. Faut-il se préparer à une vie terne et un peu fade, pour une journée de fête? Ou oublier ces paillettes éphémères, signer rapidement sur les petits pointillés, en bas à droite, merci Madame, pour toute une vie de joies, de surprises, de petits et grands bonheurs et d’éclats de rire?

17 ans de mariage, 5 enfants, c’est beaucoup ou c’est peu? En tout cas, ce n’est pas la fin de l’histoire.

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Pom’dePin, 12 février 2014