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Articles de la catégorie ‘ALMANACH 2013 de l’ECRITOIRE’

Le pénamatus

Le pénamatus est une plante nuisible peu originale qui pousse sous toutes les latitudes. Je l’ai découverte il y a déjà un grand nombre d’années, j’ai parfait mes connaissances sur internet et dans des livres choisis ; je pense être à même aujourd’hui de vous en parler avec assurance.

Le pénamatus peut donc naître n’importe où sur le globe terrestre. Petit il peut encore être redressé, mais si on tarde trop il va progressivement, au fur et à mesure de sa croissance, s’approcher d’une belle plante qui pousse à proximité jusqu’à se joindre à elle comme si elle s’y greffait. La plante « support » est généralement discrète, tendre et bonne. Le pénamatus l’envahit jusqu’à l’étouffer et l’obliger à vivre par elle-même. Celle qui était timide devient inexistante. Au moindre signe de singularisation, elle est immédiatement rappelée à l’ordre.

De jeunes pousses peuvent surgir du pénamatus. Immédiatement, dès leur apparition, elles forment la nouvelle raison de vivre du pénamatus. Si elles reçoivent un tant soit peu d’affection, celle-ci n’est jamais sincère et toujours intéressée. En réalité, le pénamatus n’a que lui-même dans son cœur, et nulle place pour aucun autre même les siens. Tout est toujours intéressé. Si les jeunes plaisent, ce n’est qu’à la condition de se mettre en adéquation parfaite avec la mère. Elles ne dérouleront leurs feuilles que sur un signe de la mère, elles n’auront d’avis que sur accord de la mère, elles ne réussiront que pour la mère. Toute velléité d’individualisation sera brimé sans recours.

Après un certain nombre d’années, les jeunes pousses émettent le souhait de prendre leur autonomie pour s’enraciner plus loin, le pénamatus déploie alors des trésors d’ingéniosité pour les maintenir dans sa proximité immédiate et garder un contrôle total et absolu sur sa progéniture.

Le pénamatus sombre dans le désespoir, les pousses se recroquevillent sur elles-mêmes. Elles  ont tellement entendu qu’elles ne pouvaient être capables de se débrouiller seules et que seul le pénamatus avait les capacités de les aider qu’elles ont fini par le croire, et qu’elles ont appelé le pénamatus au secours, de telle sorte qu’il a pu briller par tous les services qu’il semblait rendre.

Un jour le pénamatus mourra, mais les jeunes pousses devenues vieilles ne redresseront plus jamais, elles resteront indéfiniment courbées devant le souvenir du pénamatus pervers, narcissique et manipulateur.

V comme voyageuse (3)

Suzanne, qui ne dit mot à quiconque, depuis si longtemps déjà ; personne n’a compris dans le village, ce qui s’est passé ; alors, ils ont fini par laisser tomber, haussant les épaules, pensant « Quand elle aura fini de faire la fière, et quand elle en aura assez de rester seule, elle reparlera. » Ils se sont détournés d’elle. Seule, sa voisine a continué à lui parler ; à partager ses soucis, à lui parler de tout, de rien, de la pluie et du beau temps. Alors Suzanne a recommencé à sourire, hocher la tête, faire des signes pour dire bonjour et au-revoir, à échanger des livres, à écrire des phrases, des questions, des réponses…

Un jour, elle lui a montré une lettre; sur l’enveloppe, un timbre et le tampon d’un pays lointain. Ses yeux étaient pleins de larmes, un sourire doux décorait ses lèvres. A cette époque, l’hôtel, peu fréquenté, hébergeait justement un étranger de ce pays. Janine proposa à Suzanne qu’il vint la voir. Elle refusa, la proposition semblant l’effrayer.

– Ne vous méprenez pas; Suzanne a cessé de communiquer depuis des années.

– Comment vous a-t-elle prévenu alors?

– C’est notre secret, répondit Janine, dans un rire joyeux.

V comme voyageuse (2)

Elle cuit sur ce seuil depuis bientôt une heure quand une dame blonde descend de son vélo, tout sourire. Il y a un gros sac de courses de chaque côté de son guidon et un ou deux autres sur le porte-bagage. Qui donc trimbale tout ça en plein cagnard, se demande-t-elle en voyant les pots de yaourt. Et quel est son secret pour ne pas montrer la moindre trace de sueur quand il fait 40° à l’ombre?

– Vous êtes là! s’exclame la cycliste en jouant l’étonnement.

– Vous n’avez pas eu mon message?

– Si, si! Mais je n’y ai pas répondu parce que j’étais en grande conversation avec mon fils et puis j’avais des courses à faire, comme vous voyez. C’est Suzanne, la dame d’en face, qui m’a prévenue que quelqu’un voulait à toutes forces entrer chez moi.

Et disant cela, elle part d’un grand rire.

Entrer à toutes forces? se dit la voyageuse, il me semble que j’ai seulement sonné deux fois, très poliment.

Et là, derrière ces volets clos de la maison d’en face, il y a une Suzanne qui a tout vu depuis le début et qui ne s’est jamais manifestée, même pas pour offrir un verre d’eau? Quel pays!

V comme voyageuse

Quand elle arrive enfin dans la petite bourgade où elle va passer les huit prochains jours, elle tourne un peu au hasard des ruelles étroites, toutes à sens unique, et n’est que trop contente de trouver une placette où le stationnement n’est pas réglementé. Il n’y a pas d’ombre, rien n’est parfait. Elle sort dans la fournaise, prend sa valise, son sac. Trouver la Grand-Rue ne devrait pas être trop difficile et dans une si petite ville, chacun, elle le suppose, connaîtra l’emplacement de son hôtel.

Première difficulté, trouver âme qui vive dans les rues endormies en plein midi. Un garçon passe et en réponse à sa question, fait un large geste vers la droite: la Grand-Rue, c’est là-bas, derrière.

Elle arrive sur une place où il y a quatre platanes et quelques commerces, tous fermés. Passe un vieil homme tout de travers, qui porte son maillot de corps à l’envers, coutures apparentes. Il n’a jamais entendu le nom de cet hôtel. Mais il y a d’autres hôtels, lui dit-il. Sans doute, mais elle a réservé une chambre dans celui-là.

Elle finit par le trouver, un peu par hasard. Il n’a pas d’enseigne, rien qui fasse ressembler sa façade bourgeoise à une hôtellerie. Elle sonne. Une fois. Deux fois. Rien ne bouge à l’intérieur ni à l’extérieur et elle ne voit que des volets fermés dans une ruelle écrasée de soleil.

Elle a soif. Sa dernière bouteille d’eau est vide. Elle a besoin d’aller aux toilettes. Elle a envie de se rafraîchir. Elle a faim.

Elle décide d’appeler le numéro de l’hôtel, allume son portable, tombe sur une boite vocale, laisse un message.

Elle est fatiguée. Le trajet a été long, mouvementé. Elle a frôlé l’accident mortel. Elle s’assied sur le seuil. Tant pis s’il n’y a pas d’ombre: elle ne bouge plus. Elle attend.

Défi de juin 2015- Fil rouge

Fil rouge

Je devais avoir huit ou neuf ans; une verrue se plut à orner le bout de mon nez.

Mes parents essayèrent plusieurs remèdes; nous partîmes à la cueillette de la chélidoine.

Ma mère, peu encline à croire aux remèdes de bonne femme, lança par dessus son épaule un mouchoir, probablement frotté sur la verrue, mouchoir contenant trois cailloux.

La verrue n’était point décidée à disparaître pour autant.

Ma nounou, personne très attachée à moi, et je lui le rendais bien,  personne aimable, dévouée, eut l’idée, un jour, d’attacher un fil à coudre rouge à cette excroissance nasale.

Je partis jouer, insouciante, dans l’impasse, sur laquelle donnait l’appartement de mon enfance.

Huguette m’appela, invoquant le quatre heures; je rentrais chez moi. Ses quatre heures étaient toujours succulents.

Je sentis une légère piqure au bout de mon nez. Elle me montra le fil rouge, que,  sans m’avertir, elle avait tiré d’un coup sec, me débarrassant de cette disgrâce encombrante.

Je n’eus plus de verrues de ma vie.

Défi d’avril 2015 – Leçon de couture –

Leçon de couture

A comme aiguille à coudre, attention, pointe acérée
V comme visez et voyez si le fil est  passé par son chas
R comme remettre cent fois votre ouvrage sur le rouet
I comme une infinité de points, inventerez
L comme lacez et entrelacez, lancez-vous.

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Défi d’avril 2015 – Histoire à coudre –

AVRILARCENCIELtissu-laser-arc-en-ciel

Histoire à coudre

Nous étions en avril. Au loin, je le vis, il attendait dans la file.
Dans le ciel défilaient les nuages, un rayon de soleil parvint à s’y faufiler.
La bobine du temps dévidait ses espoirs, fêtes et défilés printaniers.
Je le revis, figure carnavalesque, longues jambes  échalas, marionnette sans fil.
Dans le ciel pleuvaient les confettis, surfilant les nuages de rêves colorés.
Nous étions en avril. La- haut, je le vis, fildefériste sans filet, équilibriste précaire.
Un soleil d’opérette maquillait la scène, illusoire et fantasque, mon cœur et mes yeux en émoi.
Lui sur son fil, moi, retenue au sol par des liens invisibles, que je ne pouvais dénouer.
Arrivèrent alors, venus de nulle part, des oiseaux magnifiques, ailes tissées de songes,
Broderies mouvantes, dessinant des rubans aux couleurs arc en ciel.
Suspendirent leur vol au-dessus de la corde, ses mains saisirent les soieries multicolores.
Une écharpe l’enveloppa, l’escamotant à ma vue, laissant un ciel voilé de lin.
Au loin, petit point dans la file migrante, je le vis. Nous étions en avril.

AVRILARCENCIELtissu-laser-arc-en-ciel

L’Etranger

Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. J’ai senti que j’avais en moi toutes les capacités nécessaires à l’être encore longtemps et à rendre heureux ceux qui voudraient bien partager un bout de chemin avec moi.

Sans se poser trop de questions. Sans m’en poser. Juste accepter, jour après jour, la vie comme elle vient, la vie comme elle va. Et m’accepter moi comme je suis.

Quand l’aumônier est revenu, alors que je l’avais si improprement chassé, j’ai finalement accepté de signer le pourvoi. Chacun m’assure qu’en cassation, le climat, le contexte et surtout la saison, tout sera différent. Que j’ai toutes mes chances de m’en sortir.

Et puis surtout, j’ai décidé de ne plus me laisser faire.

comptine (pour les grands…) par Mme de K

Un deux trois
Au bout de mon cœur
Je m’accroche
Tu t’échappes

Quatre cinq six
Au creux de mon lit
Je soupire
Tu délires

Sept huit neuf
Mon doigt sur ta peau
Je dessine
Tu ronronnes

Dix onze douze
Au coin de mes lèvres
Je jubile
Tu te rends

Titre de Septembre

ecritoire ronde septembre 2014

Mois de rentrée scolaire, pensons aux enfants : le titre du mois : comptines enfantines. Des textes courts, des rimes, des choses qui chantent et dansent, se chantent et se dansent dans les cours de recréation – oui, je date, je le sais  et c’est tr8s bien. Pourquoi les comptines, pourquoi les enfants ? vous le saurez dans une vingtaine de jours, au moment du grand chambardement.

 

En attendant, pic et pic et colegram, ran et ran et rantanplan, une poule sur le mur,  j’ai un beau château ma tante tirelire lou …

A vos ardoises !