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Articles de la catégorie ‘02 – Jeu de Février’

Faire le St Valentin, épuisant sacerdoce, par Jacou

Un cadeau pour ce 14 janvier 2014

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Moi, celle que j’aime, c’est la crémière

Et lécher la crème sur ses paupières.

La coiffeuse, m’accueille, jolie comme un astre,

Et ne coupe jamais mes cheveux en quatre.

Pour garder la forme,

Rien de mieux qu’un petit somme

Avec la plus belle des fleurs

Dans sa boutique aux ardentes couleurs.

Passer chez la sculptrice, la prendre toute entière

Façonner son corps, qui, croyez-moi, ne reste pas de pierre.

Ne pas oublier de faire un brin de cour

A la belle factrice, avec elle effeuiller le courrier du cœur.

Consommer avec la pâtissière, ma préférée

Toujours m’offrant des gâteries réinventées.

Veiller à ne pas tomber dans les choux, et rester y dormir

A la vitesse d’un éclair partir.

Se méfier de son électricien de mari,

Eteindre la lumière pour ne pas être surpris.

A l’heure où, boutiques fermées

Enfin se reposer, adorer les feux du soleil couchant

Pleurer d’aise, en le contemplant.

Ecrit  pour le Blog d’Ecriture Créative, proposition 111. Sur le thème de l’amoureuse (ou de l’amoureux), écrivez  un poème avec autant de vers qu’il vous plaira, en utilisant dans l’ordre les mots suivants :– paupières, cheveux, forme, couleur, pierre, toujours, dormir, lumière, soleil, pleurer.

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Jacou, 14 février 2014 

Un peu, beaucoup 12 / E Pericoloso, par Jacou

Silhouette of a couple sitting and talking at cafe

« Ouah ! C’est ici qu’il m’emmène. »

J’ai entendu à la radio : « Il ne lui a rien dit. Il compte lui faire la surprise au dessert, le jour de la Saint Valentin.» Il m’a rien dit. C’est ça, c’est lui.

Il m’emmène dans ce restaurant très cher ; d’habitude, c’est bouquet de fleurs et dîner aux chandelles à la maison…, C’est ça. C’est lui.

Quel luxe ! J’ai pas l’habitude. Mais j’aime ça. Je m’y habituerai ; pas de soucis. Je me sens bien. Ils sont tous là, attentionnés, comme s’il n’y avait que moi. Et à partir de maintenant, ma vie, ça va être ça, tout le temps. Le rêve

Tout à l’heure, avec ces gens qui se payent tout ce qu’ils veulent, j’étais bien. Au milieu de toutes ces richesses, et le personnel aux petits soins pour moi, ça pouvait pas être autrement ; j’ai craqué. Pour sûr, je regrette pas ; ça non.

Je l’ai bien mérité. Et puis, qui dit que demain, un quelconque émir ne l’aurait pas acheté pour une de ses nombreuses femmes. Déjà, qu’elles en ont plein. Et depuis le temps que j’en avais envie. Et puis ma mère m’appellera plus « mains percées »; elle me fera plus sa morale à quat’ sous, que je dépense trop, que ça sert à rien tout ça; et gnagnagna et gnagnagna…

Ca y est, le dessert.

         Chérie, j’ai une belle surprise pour toi. Tu vas être très heureuse, toi aussi. J’ai un fils.

Qu’est-ce que je fais ? Je lui lance mon verre à la figure. Je me lève et lui renverse la table dessus. Impossible. Du plomb coule dans mon corps.

– Tu as, tu n’as pas..

– Ce n’est pas ce que tu penses (« Si tu savais à quoi je pense ! »). J’ai donné mon sperme. Voilà tout. Et mon fils a voulu connaître son père. Cela n’a pas été sans difficulté. Il a réussi. C’est merveilleux, n’est ce pas ? (« Mais non, gros bouffi, c’est pas merveilleux un lardon, c’est des millions que je veux ; tiens, les rimes ça m’est venu tout seul, j’ai peut-être de l’avenir dans l’écriture.»)

-Moi aussi, j’ai..

-Toi aussi. Mon amour, comme tu es généreuse ! Donner tes ovules ! Tu me combles ! Nous sommes vraiment faits l’un pour l’autre ! Mon ange !

Je hurle :

– J’ai acheté une bague chez Cartier ! J’ai signé un chèque ! Salaud ! Tu comptais me le dire par recommandé avec accusé de réception que tu as perdu le gros lot du Super Tirage de la Saint Valentin !

– Mais chérie, c’est pas si grave que ça. Le jour du Loto, j’avais rendez-vous avec mon fils Romain. J’ai oublié de jouer. Voilà tout. On gagnera un jour. Je te promets.

 C’est décidé. Je le quitte.

Qu’il reste avec son florentain, son pisain, son crétain, non, ça c’est en Grèce…

Bon, je vais pas perdre mon temps à passer en revue toutes les villes d’Italie. J’ai mieux à faire.

Je vends sa bague. Et je m’en vais loin. Très, très, très loin, vraiment très loin.

Il l’aura pas volé…

 Info entendue sur France Inter: « Un homme a gagné le gros lot du loto. Il compte l’annoncer à sa femme au moment du dessert, le jour de la St Valentin. »Février 2013

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Jacou, 13 fevrier 2014

Taj Mahal, par Jacou

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T oi ma princesse, tes paupières fleuries, ne baiserai plus.

A mour, de cette vie cruelle, brisé,

J e ne peignerai plus, instants précieux, tes cheveux.

M on âme, tes gracieuses formes ne caresserai plus.

A mant errant dans cette vie, couleur chagrin,

H abite en ces pierres, mon amour, pour toujours.

A mie, ma lumière, sans toi, mon cœur est obscurité.

L’amer soleil ne se lève plus que pour me voir pleurer.

TAJ MAHAL NOIR

Un peu, beaucoup 11 / L’amour est aveugle, par Jacou

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Je la vis, la reconnus

Mes paupières écarquillées

Sur son regard lointain.

Je la touchais, la reconnus

Mes doigts captivés

Ses cheveux caresse de soie.

Je l’adorais, la reconnus

Mes mains elle mon guide

Sensuelles de ses formes.

Je la caressais, la reconnus

 Plaisirs couleurs d’elle

Sur sa chair nos émois

Je la désirais, la reconnus

Toute entière elle moi

Offerte nue sur une pierre.

Je la voulais, la reconnus

Union nos enlacements

Extase  toujours toi moi.

Je la savourais, la reconnus

Lumière de mes baisers

Amour sur sa peau satin.

Je l’adulais, la reconnus

Soleils promesses d’elle

Ensemble amants inséparés.

Je la contemplais, la reconnus.

Elle passa sans nous voir

Je ne sus que pleurer.

Un peu, beaucoup 10 / Par la barbichette, par Jacou

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Un tiens, vaut mieux que deux tu l’auras.

C’est bien peu…

Jamais contente, tu veux toujours plus, plus, plus.

Alors pourquoi tu me dis tout le temps, c’est tout ce que tu me fais comme bisous, encore un…

J’aime beaucoup les bisous.

Donc, tu me racontes des histoires !

Quelles histoires ?

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

Là, tu mélanges tout.

Non, pas du tout, pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Tu me fais quoi là ?

Je révise ma leçon de proverbes.

Tu vas voir, petite coquine, qui se moque de moi. Viens un peu là que je te fasse un bisou.

Un, seulement ?

Je l’avais bien dit, tu veux toujours plus, plus, plus…

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Jacou, 6 février 2014

J de F 7 / Leçon de géographie, par Ma’

Leçon de géographie

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 Et voilà, le prof de géographie s’est lancé dans ses explications…. Elévations, mouvements des plaques, niveau de la mer, façon dont coulent les rivières et forme de leurs lits, érosion, géologie des sols… Puis, il accumule les sommets de plus en plus hauts, finit par arriver à l’Himalaya et son Everest.

Mais il passe à côté de l’essentiel. Il oublie la poésie ! Les noms ne sont pas le fruit du hasard… Le Mont Blanc peut sembler basique mais le Mont Rose déjà livre des secrets de lumière.

 A n’en pas douter, ce sont la poésie et l’imagination qui ont nommé les lieux, pas les considérations techniques dont nous abreuve le prof de géo.

 L’esprit vagabonde et répond à l’invitation au voyage des toponymes… Il survole les Alpes, vallées de la Tarentaise et de la Maurienne. Il parcours le Vercors, passe par Chaud Clapier, prend son temps sur le plateau de Lente, redescend par Combe Laval… Déjà le Mézenc s’offre à son regard, la Loire trouve sa source au Gerbier de Jonc, mais les Pyrénées approchent, Néouvielle se profile… C’est alors la descente vers l’Océan et l’impression que déjà il aperçoit les pics enneigés des Rocheuses, outre-Atlantique…

 « Marie, vous êtes avec nous ou vous dormez ? »

 Le retour à la réalité est brutal ! Il faut se remettre à l’étude des reliefs, comprendre ces notions formelles… et se dire que le voyage reprendra bientôt…

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Ma’, 27 février 2013

J de F 6 / Festina Lente, par J.-C. Heckers

Festina Lente

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 Le vert pâle des crêtes au loin, et la route enneigée, ce virage à franchir. L’air glacial s’est figé d’un seul coup, après une dernière saute de vent. Il faudrait poursuivre. Descendre enfin dans la vallée, sans me presser, mais sans traîner non plus. Si je reste là, c’est peut-être à cause de ce virage, j’ignore ce qu’il y a derrière, ou mieux encore : ce que je voudrais y trouver.

 Je suis un imbécile. Les yeux fermés, en faisant craquer les articulations de mes doigts transis malgré les gants, je répète ces quatre mots. Oui, d’accord, et après ? Alors je hoche la tête, esquisse quelques vers – ça faisait si longtemps, eh ? qu’est-ce qui se passe pour que… ?

 Reviens

sculpteur de nuages

y travailler l’or des couchants

puis les pourpres des rêves

et déposer sur ses paupières

Oh… Est-ce que ça peut aller ? Non, mauvais, mauvais. Abandonne, s’il te plaît.

 *

Abandonne.

 Je ne peux pas.

Simple murmure, qui répond à une autre injonction.

Alors je rouvre les yeux. Un pas ou deux. L’œil fixé sur la blancheur lisse. Un chasse-neige est passé tout à l’heure, je franchissais le col, seul, son conducteur m’a considéré comme un animal étrange, ralentissant quelques instants pour mieux me détailler avant de faire rugir le moteur. J’ai attendu longtemps que le silence revienne. Puis je me suis remis en marche. Prudent comme un loup, attentif au moindre crissement sous mes semelles. Le virage m’attendait plus bas.

*

 Lorsqu’on ne chérit qu’une seule certitude, les autres finissent par vous tourner le dos. Enfin, je crois. Et celle-ci est, allons, oui : désespérée. Raison d’une fuite et d’une marche. Plus tôt dans l’après-midi j’ai failli décider de me perdre, pour de bon. De m’écarter de la route. Sans m’y résigner. Quelle absurdité ! Et d’abord pour quoi faire ? Perdu, je le suis déjà. Ou, depuis toujours.

*

Il est ton incertitude, crois-moi.

Je grimace. Est-ce qu’il ne serait pas possible de penser à autre chose, pour une fois ?

Non. La réponse claque comme une branche qu’on brise. Je soupire à peine.

Tu es ici à cause du brun de ses yeux, du noir de ses cheveux. Et ensuite ? Tu ne te trouves pas un peu ridicule ?

Prière d’enlever un peu et de remplacer par trop. Ce sera plus juste, au fond. Beaucoup plus. Et il ne faudrait pas oublier : sa silhouette, sa démarche, son sourire.

Tu es un imbécile. Un vrai de vrai.

Je sais. Est-ce que je serais là, sinon, mordu de gel et immobile ? Stupide et inconsolable de n’avoir jamais su comment m’y prendre pour lui dire ? Même pour récolter l’indifférence, au mieux, j’aurais dû avoir le courage de m’adresser à lui, et de…

De quoi ? C’est risible. Même pas pitoyable, juste bon à susciter les ricanements. Tu ne sais rien de lui, sinon moins que rien, alors imagine l’effet d’une confession inopinée : voilà une idée des plus crétine, ça va sans dire.

*

J’étais venu ici pour l’oublier. Non ? Bien sûr. Lutter contre le froid, passer d’une crête à l’autre, s’arrêter à la croisée des chemins dans ces chalets où s’engouffre l’hiver autant qu’il peut, passer des nuits à veiller sur un feu précaire – tout aurait dû m’empêcher d’évoquer son visage, et le gel, et la nécessité de trouver un gîte, et la faim parfois, aussi. Je n’y suis pas parvenu.

Doublement idiot. M’enfoncer dans l’hiver pour lui échapper, quelle idée, aussi. Au contraire, l’éclat sombre de ses yeux n’a jamais été aussi présent. Ils m’ont fait capituler : il n’y a rien à dire de plus. M’offrir un court exil était inutile, il en aurait fallu un bien plus long – interminable.

*

Cent kilomètres, dix jours, la traversée serait pénible, risquée parce qu’il n’y aurait guère âme qui vive pour me porter secours au besoin. Un coup de tête ? Oui, non ; je comptais m’attaquer à ce défi depuis des mois, bien sûr j’aurais choisi une autre saison. Et rêvé de ne pas le relever seul.

« Tu n’y arriveras pas », a-t-elle dit une semaine avant mon départ. Déjà je n’écoutais plus, chère amie, j’avais mon billet d’avion en poche, sur place je savais où trouver ce dont j’aurais besoin, personne n’aurait pu me faire renoncer. Sauf lui.

Bien sûr, je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire.

Enfin… si, mais seulement arrivé à la moitié du trajet.

*

Le virage est devant. Si proche, alors qu’il me semblait ne jamais pouvoir l’atteindre : une trentaine de pas, trente fois rien. Serait-ce trop pour moi ?

Accroupi, j’enlève un gant, extirpe une carte. Je pourrais dévaler le versant en coupant au travers des pins, sur la gauche. Raccourci incertain, mais raccourci : je regagnerais la route au fond de la vallée, juste avant un lac. La neige est assez dure, je ne perdrais pas de temps en passant par là. Oui. Mais.

Le virage, je ne sais pas ce qu’il cache, quels trésors ou quels tourments. Il vaudrait mieux rester sur la route. Aller voir. Oser.

Je me relève. Au bout de vingt pas, je sais enfin pourquoi j’avance : c’est pour oser, enfin. Et revenir près de lui, avoir la folie de lui confier aussi que tout là-bas, il y avait un virage, pas seulement un, mais celui-ci était singulier, capital.

Pas sûr qu’il comprendra, mais peu importe. Et aux nuages j’adresse un salut, espérant qu’ils le portent jusqu’à lui en traversant l’océan. Même si ce doit être une illusion enfantine de plus, cette fois, peu m’importe. La route, presque rectiligne depuis le col, a enfin disparu derrière moi.

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Jean-Christophe Heckers – 18 fevrier 2013

J de F 5 / Heureusement qu’il y la neige, par Lise

Heureusement qu’il y a la neige …

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Il marche d’un bon pas depuis le matin. Il s’est éloigné de ses promenades habituelles ; a pris, en bas, à gauche, un petit sentier pentu entre les sapins. La course des biches a tracé un étroit passage sous les arbres. Il suit le dessin menu de leurs sabots, le petit frémissement de neige soulevée, léger, poudreux, à chacun de leurs bonds. Le ciel est couvert, il neigera encore avant le soir.

“ Heureusement, il nous reste la neige “

Il pense à l’enfant, à son regard apeuré, au mouvement narquois de la lèvre et de l’œil pour échapper à son trop de sollicitude à lui, l‘adulte, l‘ennemi. Le geste ébauché pour le repousser, pour s’enfuir loin du danger, pour échapper à la force étroite et inébranlable des hommes. Le recul vers un mur têtu qui l’attend derrière lui et fait barrière ; mur-prison, force imbécile des cloisons séparant les cellules dans cet asile rebaptisé foyer, bafouant ainsi, à l’étourdi, ce mot jadis porteur de chaudes joies familiales.

“ Heureusement il y a la neige”

Il lui faut échapper aux images noires, aux mots sombres, aux tunnels. Il monte sans effort, en souplesse, comme un depuis longtemps rompu aux longues marches dans la montagne. Il suit le chemin, les pieds dans les traces laissées par les biches. Les nuages, entre les branches noires au dessus de lui, courent dans le ciel, l’emplissent de gris léger. Il neigera encore avant ce soir.

“ La neige … “

Il se souvient de l’éblouissement de l’enfance, le rideau soulevé, les yeux emplis de la magie des matins blancs. Il se souvient des parfums de la maison d’alors, la première, celle que depuis il cherche en chaque endroit où il a trouvé refuge : appartement, pavillon, villa. La maison était vieille, entourée d’un jardin que l’hiver transformait en royaume. La fée aux longs cheveux de glace y vivait heureuse et lui souriait à travers les branches dessinées en traits précis, blancs et noirs. Il la découvrait au travers des dentelles de givre, au bord de son haleine suspendue sur le froid de la vitre. Il se souvient qu’il aimait cette femme encore enfant, issue de ses rêveries, dans les lointains matins enneigés de l’enfance, lorsqu’il pouvait impunément rester au chaud loin de l’école, loin de, déjà et même pas sept bougies sur son gâteau d‘anniversaire, toutes les servitudes imposées par sa condition de petit homme.

Les flocons commencent à voleter autour de lui et il continue de monter à travers les sapins, de son long pas d’homme habitué aux marches solitaires. Il lui faut ces moments de répit, cette solitude, le mouvement de son corps et le froid sur son front, la fatigue des muscles, le bruit feutré des pas en crissements légers, frout frout ; la cadence des bras et le léger balancement des épaules en accompagnement de la respiration, avec la brume légère du souffle, en présence docile, et le picotement du froid autour des lèvres.

“ La neige … “

Il serait plus prudent de redescendre dans la vallée. Il serait sage de faire demi-tour, et de retrouver sa vie là où il l’a laissée il y a quelques heures. De les retrouver, Martha devant l’ordi, Karine devant la télé, Paul devant l’un de ses nombreux jeux, chacun captif d’un rectangle lumineux, tous absorbés par des sons, des images, des mouvements sans racine avec la vie, des rêves stéréotypes, une vie parallèle artificielle et sans paradis.

Du bout de la langue, il cueille les flocons venus mourir contre sa bouche, dans le chaud de l’haleine.  Ils virent et voltigent devant lui au gré du moindre souffle, c’est une chute lente et dangereusement hypnotique, on passerait le reste de la vie à les regarder danser à l’air libre.

Liberté de la blancheur sous le noirci des branches, sous l’abri des sapins.  Ils s’éclaircissent soudain en clairière, deviennent de plus en plus rare tandis que le sentier grimpe en altitude, dépasse bientôt la forêt. Il est arrivé en haut de la montagne, c’est une colline plus haute que les autres, un de ces monts ombrés qui jouent à se prendre pour des Alpes sans y parvenir. Il se souvient d’un soir d’été dans les alpages, au dessus de Chamonix, une nuit passée à la belle étoile et son grand chien roux pour tout compagnon. La paix soudaine dans cette solitude, sa liberté, le détachement total d’avec tout le reste – et il pensait “tout le reste” sans bien savoir ce qu’il englobait dans ce terme vague, obscur.

Tout le reste. L’enfant et sa peur. Les vies parallèles. La fuite en avant. L’obscurité de la vallée. Le coté noir de la nuit. Les larmes de l’ennui. La déchirure des ans. Le sauvage de l’orgueil. Le retrait de l’égoïsme. Le refus. La séparation. Une vie que l’on croit reconstruite. D’autres vies qui s’accrochent à soi.  Des mains qui s’agrippent. Des larmes, encore. Le sombre de l’ombre.

Redressé de toute sa hauteur au milieu des flocons, prêt à repartir vers la vie de tous les jours, les mots lui viennent, qu’il s’entend articuler dans le silence.

“ Heureusement, parfois, il y a la neige …”

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Lise G. 12 fê0vrier 2013

J de F 3/ Virages, par Madame de K

Au rythme de cette route en lacets qui me ramène chez moi, je pense à toi ; toi que je viens de quitter, les larmes au bord du cœur.

Un virage à gauche.

Tu nous as consacré ta vie, et moi je ne te consacre qu’une demi-heure par semaine au téléphone.

Un virage à droite.

Nous avons insisté pour que tu t’exiles dans cette maison pour personnes âgées arguant que tu y serais mieux, en sécurité, entourée. Était-ce un prétexte ou une bonne raison ?

Un virage à gauche. Les courbes bleues des collines au loin s’estompent en s’éloignant vers l’horizon.

Je me rappelle avec une netteté incroyable de cette fois (sans doute la première) où tu nous avais emmenés au Mint museum à Charlotte. Tu nous avais fait rester des heures (ou ce qui m’avait semblé des heures, à la mesure de mon temps de petite fille) devant une peinture de la renaissance italienne en nous expliquant le sfumato.

Un virage à droite.

Pourquoi a-t-il fallu qu’après avoir tergiversé des semaines sur le fait de savoir si oui ou non tu allais accepter  notre proposition (qui pour nous était plutôt un ultimatum que nous avions su enrober de belles paroles) tu choisisses cette maison dans les Blue Ridge Mountains ?  Tu sais pourtant que j’ai horreur de la montagne !  Être entourée par des sommets m’oppresse. Je ne respire que devant l’immensité de l’océan que je vois de mes fenêtres à Wilmington.

Un virage à gauche. Le bleu des collines ne fait pas illusion. Je redescends vers la mer, mais il me reste plusieurs  heures de route.

Un virage à gauche.

Je sais que dans quelques semaines je serai de nouveau engluée dans un débat intérieur, un petit ange sur mon épaule gauche me serinant que je devrais avoir mauvaise conscience pour n’avoir pas été rendre visite à ma mère depuis plus d’un mois, et un diable sur mon épaule droite me susurrant que je peux bien surseoir et me rappelant combien ces visites m’attristent, et même me dépriment.

Maman je t’aime, mais tu me…

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Madame de K, 9 février 2013

J de F – 1 / Rêve en Bleu, par Patrick Packwood

Rêve en Bleu

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L’air vif des montagnes !  Un peu partout des petites fleurs blanches et de l’herbe verte.  Il fait beau mais la température est froide.   Nous venons de descendre d’un autocar et nous grelottons légèrement, seuls au milieu de nulle part.  Il n’y a que la route qui rappelle la civilisation, tout autour il n’y a que la nature sauvage.

 De grands oiseaux  blancs volent souvent au-dessus de nos têtes.  Leurs  cris nous semblent presque intelligibles mais nous ne  comprenons pas ce qu’ils signifient.  Le plus gros, qui semble être leur « chef » se pose près de nous. Il crie de façon bizarre, on dirait qu’il essaie de dire un mot.  On comprend « sentier » tant bien que mal, puis un autre mot après, « caché ».  Mais on devine plus qu’on ne comprend vraiment.  Et le gros oiseau semble pointer avec son bec une forêt toute proche…

 On se dirige donc vers la forêt mais elle est très touffue et on ne trouve pas de sentier.  On longe la forêt un bout de temps, toujours en grelottant un peu.  Et puis on remarque quelque chose de bizarre : il y a des rubans de la même couleur que ta robe, d’un bleu ciel tout doux, accrochés à quelques branches.  En tirant doucement sur les rubans, un sentier apparaît.

 On suit le sentier pendant un certain temps.  Le soleil baisse et la température aussi alors, de temps en temps, on se colle et on se caresse, autant par amour que pour le plaisir que pour nous réchauffer un peu.  Et on en profite pour s’embrasser aussi, tout tendrement.  Et parfois je cueille quelques fleurs que je pique dans tes cheveux.  Puis on reprend le voyage.  Et étrangement, plus on marche, plus le sentier devient boueux, et l’air plus humide. Il y a de légères volutes de brouillard qui se faufilent entre les arbres.

 On arrive à ce qu’on croyait être une clairière mais c’est en fait un énorme bain thermal, un jacuzzi de la grandeur d’un lac !  Un jacuzzi avec des nénuphars un peu partout à sa surface.

 On sent la chaleur de l’eau,  on voit les bouillonnements, les banderoles de vapeur. On ne peut résister : ce n’est pas long qu’on se retrouve dans l’eau en maillots de bain.  Aaahh !  Cette chaleur délicieuse qui envahit nos corps…  L’eau est peu profonde mais la surface est bien assez grande pour qu’on nage, ce qu’on fait avec vigueur au début mais la chaleur de l’eau nous ramollit un peu.  Le jacuzzi semble comprendre et la température de l’eau descend un peu, et on se sent bien plus confortable.  Et puis des nénuphars passent près de nous, mais ce sont des petites savonnettes qui se trouvent à la place des fleurs…

 Je te frotte le dos, tu me frottes le dos… mais les bretelles et l’attache dans le dos de ton maillot me gênent un peu.  Quelques mouvements et tu n’as plus de haut.  Tu te retournes et plonges sous l’eau et aussitôt je me retrouve nu.

 Aaaaaaah… se frotter le corps l’un l’autre.  Mais c’est plus caresser que frotter… très tendrement, tout doucement, les bras et les jambes d’abord puis les endroits de plus en plus intimes, en y allant de plus en plus doucement, de plus en plus tendrement… Des gestes tout doux dans le glissement sensuel de la mousse de savon… Tous les endroits les plus sensibles ont droit à de savantes et longues caresses, et tous les endroits les plus sensibles se montrent reconnaissants à leur façon de tant de soins attentifs et passionnés… Même le jacuzzi apporte sa contribution en s’agitant de plus de bulles et de remous à chaque délicieuse montée de plaisir…

 Regarder l’autre dans les yeux pendant la jouissance, c’est comme une multiplication de sa propre jouissance en ressentant le plaisir de l’autre en même temps.  Et même une jouissance des yeux, tout comme d’autres parties du corps.

 Alors on se regarde intensément, on se dévore littéralement des yeux, à chaque fois que le corps tressaille de bonheur, que nos deux corps tressaillent en harmonie, chacun de nous transporté par l’irrésistible bonheur de l’autre.

 Tellement de bonheur, tellement intense, tellement ressenti, que je me suis réveillé le cœur battant et en criant ton nom !

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Patrick Packwood,

Montréal, Canada, 3 février 2013