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Articles de la catégorie ‘Ecrire’

Juillet 1 / Vogue la galère, par Jacou

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Vogue la galère

Au temps jadis, un incroyable cataclysme, du jamais vu, ébranla la terre.
Maisons, arbres, abris, ruisseaux, océans, tout fut englouti.
Heureusement Noé veillait, l’œil attendri par toutes les merveilleuses petites choses de la vie.
Il y en avait des plus ou moins belles, j’en conviens.
Mais s’il avait sauvé que les belles, je ne serais pas là aujourd’hui pour vous raconter la suite…
Rembobinons ; cré nom de nom, pensait-il se grattant la tête – ces petites bêtes, aussi, il les sauva-
Donc Noé se massait le cuir chevelu ; cela l’aidait à remettre ses idées en place.
Il calcula rapidement le nombre d’espèces naturelles, multiplia par deux, restant dubitatif, quelques instants, se regrattant la tête.
Il convoqua, qui convoqua-t-il ? Non personne, ils avaient tous disparu.
Il allait se taper le front, se ravisa, ne voulant pas tuer le dernier moustique vivant, se laissa piquer stoïquement.
Se mit au contraire à chercher le compagnon ; songeant qu’il aurait bien besoin d’une moustiquaire.
Une araignée fit l’affaire, tissant un tulle quasi transparent, d’une solidité à toute épreuve.
Elle en entoura Noé, et ne le quitta plus d’une semelle. En chemin, d’autres arachnides, blanches, vertes, poilues, velues, noires, jaunes, une tribu, s’accrochèrent, formant un convoi bariolé.
Noé, véritable arbre printanier attira les oiseaux, perroquets, moineaux, merles, étourneaux- pas tant que ça-, pies, flamands roses, une volière complète nicha dans la moustiquaire.
Réveillés par les criailleries, jacasseries et autres caquetages, les animaux arrivèrent quittant leurs jungles, leurs étables, leurs forêts, les tanières, se joignant au cortège.
Noé, bien embarrassé, se gratta à nouveau le cuir chevelu. Où mettre tout ce beau monde à l’abri ? Le temps pressait, et l’autre devenait de plus en plus menaçant.
Une bourrasque plus violente, se leva ; un arbre chut ; heureusement sans blesser personne. C’était un spécimen de grande taille, genre baobab.
Vint une idée à Noé. Cet arbre était l’arbre du destin ! Il allait le transformer en bateau.
Cette fois-ci il convoqua tous les animaux présents, en âge de travailla ; qui scia, creusa- et oui, il emporta aussi les termites-, griffa, martela.
Quand l’œuvre fut achevé, chacun la contempla, épuisé mais heureux. Alors apparut le serpent ; on l’avait oublié.
D’où venait-t-il ? Il n’en dit rien, mais évoqua le sort d’un couple ; ce couple était un peu différent, car expliqua-t-il, il se déplaçait d’une étrange façon ; ne rampait pas, utilisait seulement deux pattes, les autres étant utilisées à d’autres activités que la marche.
Ainsi, une des deux créatures avait pour habitude de lever une patte pour se saisir de fruits, les mangeait, les tendait à l’aide de cette patte à son compagnon ; ils mordaient parfois dans le même fruit. Qu’ils étaient beaux à ces moments-là !
On décida de partir à leur recherche.
Grâce aux indications du serpent, ils furent vite trouvés.
A la vue de cette étrange caravane, ils tentèrent de fuir ; mais Noé leur parla ; d’une voix douce et convaincante.
Ils se rapprochèrent, corps enlacés ; qu’ils étaient beaux !
On les amena au bateau, les invitant à prendre place eux aussi.
Puis le navire vogua, sur des eaux tumultueuses, ou calmes.
Tous les jours, on improvisait une fête ; pour une union, une naissance. Il y eut des disparitions ; la vie reprenait comme avant.
Vint le moment de se séparer ; personne n’avait envie de se quitter.
Mais Noé avait d’autres missions.
Le bateau accosta au milieu de nulle part. on descendit, se disant au revoir, se souhaitant bonne chance, décidant de se retrouver très vite.
Noé repartit, laissant là son petit monde ; il y avait d’autres cataclysmes à prévoir.

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Caelendrier 10 / Quatre lettres, j-u-i-n, pas Jacou33

 Quatre lettres, j-u-i-n

Au jardin en juin, tous les jours, jouer avec l’ombre jaunie par le soleil ; dessiner une silhouette gigantesque sur la pellicule ; gesticuler pour narguer la girouette, tandis que les jets d’eau jaillissants, gouttelettes en joyeux joyaux, jouent joliment, nous arrosant les jambes.
Fards dorés de nos joues, lunettes pour éviter à nos yeux les grimaces. Glaces bienvenues, gosiers gourmands, généreuses grenadines, grillades et pique-nique, gaiement, nous attendons l’été ; ce 21 juin, fêtons le en musique ; à tous les coins de rue, petits bars ou grands jardins ; enchantement de ce jour étiré ; demain déjà, il rétrécit ; recommence alors le compte à rebours ; la nuit, pas à pas, reprend possession du domaine. L’été ne fait que commencer. Trompettes et violons n’y pourront rien changer ; la nature décide ; le cycle s’accomplit.
Au jardin en juin, flânons encore un peu, profitons des promesses écloses, rions de la chaleur du jour, son éclat bienveillant, ses tourbillons en couleur ; recueillons dans nos cœurs ces beautés éphémères, faisons- les bouquets et petits bonheurs.

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Le Calendrier 4 / Républicain, par Jacou

RECREATIONRobert Doisneau

 

LE JEU CALENDRIER

Cela se passait quelque part en France ; une école de campagne, quelques années après la séparation des Eglises et de l’Etat, loi votée en l’an 1905.
Dans la cour, pendant la récréation, voici ce que l’on pouvait entendre :
– Si tu continues je te file une 24 septembre !
– Espèce de 25 novembre !
– Tête de 6 octobre !
ou bien
– Sang de 14 octobre !
– Tu sens le 23 février !
– Espèce de grande 23 mars !
– 25 mars mouillée !
– T’es rouge comme une 11 septembre !
C’était à n’y rien comprendre.
Petit retour en arrière.
Mois de Novembre, classe de monsieur Petitjean.
– Dunoyer, pourrais-tu m’expliquer ceci ?
– Oui, m’sieur ?
– Pourquoi as –tu noté 18 brumaire, sur la page de ta rédaction ?
– C’est mon père, m’sieur, il dit que la Révolution elle est pas finie, que lui, il croit aux idées de 1789, qu’il faut revenir au calendrier républicain.
– C’est cela, tu diras à ton père que nous les royalistes, on va vous bouffer les c…
– Du Martingal, un peu de tenue, respecte la mémoire de ton ancêtre qui a vaillamment combattu à la bataille de Fontenoy ; Fontenoy, Dunoyer ?
– 1745, m’sieur.
– Et…
« Messieurs les anglais, tirez les premiers. »
– Bien Du Martingal, je vois que tu connais tes classiques. Revenons à ce 18 brumaire. Tu diras à ton père qu’à l’école de la République, on ne pratique ni religion ni politique. Toutefois, vous pouvez faire une recherche ; par exemple, écrire votre date de naissance, en remplaçant le jour et le mois par ceux du calendrier républicain. A propos, 18 brumaire, Dunoyer ?
– Le Coup d’Etat de Napoléon Bonaparte…
– Et…
– On leur a bouffé les c…à ces salauds de…
– Du Martingal !
– La monarchie, elle a pas duré longtemps ! Hi, hi, hi !
– En effet Dunoyer. Bon pour demain, vous me chercherez vos dates de naissance sur le calendrier républicain.
Le lendemain, 29 novembre.
– Ouvrez vos cahiers, à la page des devoirs du soir.
– Dunoyer, 16 frimaire.
– Clordillac, 11 Pluviôse.
– M’sieur, m’sieur.
– Oui, Sarrendo ?
– Mon père, il m’a dit comme ça, de vous dire que s’il fait pluviôse, aujourd’hui, je dois aller rentrer les vaches.
– On ne dit pas pluviôse, mais pluvieux. Ta date de naissance ?
– On n’a pas de calendrier, vu qu’on vient d’Italie, et que…
– Qui peut prêter un calendrier à Sarrendo ? Nirval t’en prêteras un. Nirval, 19 fructidor, gentiane ?
– C’est le nom écrit à côté du numéro, comme les saints, sauf que c’est pas un saint, c’est une plante.
– En effet, pour demain, vous me chercherez le nom du jour de votre naissance. Du Martingal. Tu n’as pas fait tes devoirs ?
– Mon arrière grand-père a brûlé tout ce qui venait de cette f…rép…
– Du Martingal, pour quelqu’un de ton rang, il est de ton devoir de donner l’exemple. Tu jures comme un charretier ! Qui veut prêter un calendrier à Du Martingal ? Dunoyer. Bien, très bien. Bel exemple de fraternité.
C’est ainsi que de devoirs du soir en devoirs du soir, ayant pour sujet les noms de ce f…calendrier républicain, les enfants se prirent au jeu, et inventèrent des injures « révolutionnaires ». Du Martingal ne fut pas le dernier à en user.
Espèce de 25 novembre de royaliste, aurait dit le père de Dunoyer.

 

 

Le calendrier 2 / Un rosier créatif

MASQUES

Un rosier créatif

C’était une journée ensoleillée ; le ciel d’une bleutée infiniment immobile ; l’air cristallin apportait sa note sereine. Je m’installais à mon bureau. Sur la page de l’éphéméride, un pétale de rose ; songeuse, je le froissais entre mes doigts ; d’où provenait-il ?
Le rosier près de la fenêtre montrait ses branches dénudées, garnies d’épines ; quelques bouquets de feuilles persistaient ; les bourgeons minuscules abritaient dans leurs écrins une future floraison.
Mes doigts rosissaient, une odeur d’herbe écrasée montait à mes narines.
Le pétale martyrisé n’était plus qu’une bouillie entre mes doigts.
Cette belle journée tint ses promesses, accompagnée d’un froid sec revigorant, dont je profitais au cours de ma balade quotidienne.
Les jours passèrent, janvier traînait un soleil enjoué, s’endormant plus tardivement au fur et à mesure que passaient les jours.
Nous attaquâmes février avec de légers flocons, rideau neigeux dansant devant les fenêtres. Elle était là, gisant sur un rebord, frileuse et magnifique.
J’ouvris la fenêtre, la recueillais, au passage me piquant la main. Je suçais mon doigt, pensive. Le feuillet du calendrier montrait la date d’aujourd’hui. La veille, je ne l’avais pas changée. Je plaçais la rose dans un vase ; m’habillais chaudement, et sortis, offrant mon visage aux bises légères et fondantes de la neige. La nappe blanchie de mon jardin scintilla sous les rayons du soleil.
Ainsi se fit février, la nature attendait prudemment le retour du printemps. Quelques giboulées plus tard, entre averses d’eau et lumière dorée, le printemps nous salua, chants timides d’oiseaux, primevères et pâquerettes.
Les bourgeons frémissaient, gonflant, chargés d’espoir. Mars passa. La rose de février, depuis longtemps fanée, ses pétales un à un détaché, tombant silencieusement, tapis rose sur mon bureau.
Le mois d’avril, attention, ne nous découvrons pas d’un fil. Pluie, vent, soleil chaleureux ; caresses prometteuse sur le rosier ; feuilles tendrement vertes, minuscules boutons ; déjà les pucerons.
Devant l’éphéméride, un bouquet odorant a remplacé la rose de février.
Encore une fois, les feuillets montrent la date du jour, sans que j’y aie touché.
Je ne sais, ne sais pas, ni quand, ni pourquoi ; le mystère s’épaissit.
Arrive mai, puis-je faire ce qu’il me plaît ? Me promener en robe légère, pieds nus dans mes sandales, offrir ma peau libérée aux rayons déjà ardents du soleil ?
Le jardin oublie ses précautions, inventant des bouquets multicolores, des concerts de trilles, roucoulements traversent l’air.
Mon rosier achève de se déplier, étire ses branches, libérant des fleurs, odeur veloutée, délicate ; sur la table, un bouton, tige sans épines, feuilles largement déployées ; le vase n’a pas quitté mon bureau ; j’y installe la rose naissante.
Elle se dévoilait tous les jours un peu plus, semblant immortelle. Chaque matin, gestes immuables, j’enfouissais mon nez dans le velours odorant, ajoutais quelques larmes aquatiques, entrouvrais la fenêtre sur les odeurs bruissantes, tournais la page de l’éphéméride, rêvassais un peu, avant mes activités journalières.
Le temps passait, accompagnant des jours radieux ou orageux. La rosée du matin se faisait plus rare. Les nuits raccourcissaient.
Des bruits rafraîchissants, de cris d’enfants joyeusement s’aspergeant d’eau, à grands coups de « ploufs » dans la piscine du jardin voisin. Les papillons de juin, colorés, déposaient leurs œufs ravageurs dans les bourgeons, fleurs et fruits sacrifiés. Nous étions en juin.
Arriva juillet, sa transhumance, désirs d’espace, de rêveries paresseuses, de cultures d’ailleurs, de farnientes, de rompre avec les habitudes, faire le plein de belles images, instants plaisirs, délassements.
Chaque jour, je découvrais une nouvelle rose, en bouton, épanouie ; chaque jour différente, cela allait du rouge sombre au blanc pur, passant par le jaune, le mauve, l’orangé ; parfums sucrés, doux, entêtants ; elles me parlaient, mais je ne savais pas ce qu’elles disaient.
Les orages grondaient, mutilant les fiers glaïeuls, jonchant le sol de branches, bouquets de feuilles. La chaleur asséchait tout. Déjà les arbres portaient la marque précoce de l’automne.
Un matin d’août, je trouvais, sur le bureau, une lettre : A ouvrir le jour de votre anniversaire.
Tant de jours à patienter ! Qui avait donc déposé cela ? Etait-ce la personne qui apportait les roses ?
Tiens, cela faisait un certain temps que je n’en avais pas reçu.
Sagement, chaque jour, je dévidais l’éphéméride. Aujourd’hui, pourtant, quelque chose avait changé. S’affichait le jour de mon anniversaire. Où étaient passés les autres feuillets ?
Je les découvris bien classés, chacun orné du dessin d’une rose.
Nous étions en septembre. Beaux jours d’été avec cette délicatesse dans l’air, fraîcheur infime nous rapprochant doucement de l’automne. Le soleil luttait vaillamment, sa chaleur généreuse se répandait encore ; les dernières fleurs estivales achevaient leurs cycles ; laissant place aux chrysanthèmes, bruyères et autres ne craignant pas les gelées. Les oiseaux migrateurs rayaient le ciel de leurs cris rassembleurs.
Octobre passa, frileux déjà, raisins entassés dans les cuves, châtaignes délestées de leurs bogues ; quelques roses résistaient courageusement au brouillard ; l’humidité faisait son apparition derrière les volets clos.
L’automne s’installait, faisait son nid en ce mois de novembre, feuillages illuminés, rassemblant leurs dernières forces, pour ne pas mourir encore.
Ouf ! Nous voilà en décembre, mois des fêtes, ou à défaut de nature vive, nous la parons des couleurs et scintillements lumineux de guirlandes et d’étoiles.
Le houx nous offre la gaieté de ses boules rouges vernissées, le gui réapparaît, juste à temps pour le traditionnel baiser du nouvel an. Pauvres arbres offrant l’asile à ce parasite qui les tue à petit feu.
Tataaa, j’ai un an de plus ! J’ouvre enfin la lettre. S’en échappent des soieries parfumées, fragiles pétales séchés de roses ; un mot les accompagne:

Chère demoiselle

Rendez-vous ce jour de l’an
Au Bal costumé de la Rose.

Un admirateur de votre talent.
PS : je vous reconnaîtrai

Un admirateur ? De mon talent ? Tout cela m’intriguait. Décembre passa en courses folles, achats de cadeaux, recherche d’un costume.
Le jour de noël passa, festins, folies, émotions.
Trente et un décembre. Je me rendis au Bal costumé de la ROSE.
Il y avait foule ; musiciens, orchestre symphonique, petits fours, champagne à gogo ; bouquets de roses dans tous les coins, sur les tables ; accrochées aux corsages ou tenues masculines. Tous ou presque portaient perruques, robes et vêtements d’un autre siècle.
Nous dansâmes, danses anciennes, que je ne connaissais pas. D’instinct mon corps sut ce qu’il fallait faire. Nous changions fréquemment de partenaires.
A minuit, tout s’arrêta ; je me retrouvais sous le gui ; un homme aussi, costume Renaissance ; le loup dissimulait une partie du visage, qu’il me semblait connaître. Moi-même, sans trop savoir pourquoi, j’avais choisi une élégante robe, inspirée des tableaux du quattrocento florentin.
Il s’approcha de moi ; enlevant mon masque. « Puis-je vous embrasser ? »
Je ne sus que répondre. Il posa sur mes lèvres un baiser léger, enleva son loup : « Pierre de Ronsard. »
Se tournant vers les invités :
« J’ai le grand honneur de vous présenter mon égale en poésie, Justine Rose »
Sous les applaudissements, il m’entraîna alors dans une danse endiablée du vingt et unième siècle.

Le calendrier 1 / spelling bee, par Jacou

 

 

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Le calendrier

C comme apprenons à nous caresser
A comme aimons nous les uns les autres
L comme rallumons les lumières
E comme tolérons ce qui nous est étranger
N comme vive les bonnes nouvelles
D comme acceptons nos différences
R comme c’est bon de rire
I comme soyons toujours inventeurs
E comme un atelier d’écriture
R comme faire de belles rencontres

Hélitron

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Hélitron

C’était l’été. Dans la lande, nous nous promenions, ma soeur et moi. Non loin de cette  forêt que,  petites, nous  nommions,  forêt des fées.Un jour, nous étions tombées en arrêt devant un phénomène étrange : comme si quelqu’un avait peint un cercle sur le pré. Un cercle plus vert, herbe plus touffue, plus haute.
Le lendemain, nous retournâmes avec maman, lui montrant notre découverte.
Les brumes enserraient le paysage, des écharpes féériques restant accrochées aux branches.
Maman nous dit alors que c’était un cercle de fées, ou rond de sorcières. Elle nous conta les légendes merveilleuses qui s’y rattachaient ; nous expliquant que les fées venaient, en ce lieu,  danser   au clair de lune;  en ronde, sur des airs enivrants et enchantés , n’effleurant aucun   brin d’herbe. Alors se dessine  un anneau magique, où poussent des champignons  ; après avoir dansé, elles s’y reposent.

Nous rentrâmes à la maison, émerveillées, et en même temps troublées par un évènement inattendu.
Nous l’évoquions,  approchant, curieuses de revoir ce  lieu magique.
Il y avait longtemps que nous ne croyions plus aux fées et aux sorcières.
Nous tendîmes l’oreille en même temps. Quelqu’un fredonnait ; quelque part ; dans le lointain. Quelqu’un, dans notre forêt des fées. La voix se rapprochait; nous percevions des sons apportés par le vent ; puis le chant se précisa, léger, égrenant des mots :

Une pincée de diamants, encore une émeraude
 Allons à la maraude, cueillir les jolis rubis
 Une très belle opale, venue de l’océan
 En ses eaux de turquoise
Qui tournent à l’orage,  deviennent topazes
Quand brille le soleil, une perle jaillit.
La terre en feu nous a offert ceci
Un beau grenat, par ci, un onyx par là
Un deux trois, une agate,
Quatre cinq six, un saphir,
Sept huit neuf, un lapis lasulis
Dix onze douze, quelques tourmalines
Une pincée de diamant, encore une émeraude

Allons à la maraude, cueillir…

La chanson s’éloigna, comme elle était venue. Nous avançâmes vers l’endroit d’où semblait venir la voix.
Soudain, parmi les herbes folles, à l’orée du bois, nous tombâmes en arrêt devant un phénomène étrange. Nous étions à nouveau petites filles. Mais maman n’était plus là.
Ce fut ma sœur, qui , la première comprit. Elle poussa un cri : « Regarde, les… les perles. »
Le jour où nous l’avions amenée voir l’anneau des fées, maman avait perdu son collier. Ce jour là, d’autres jours encore, nous le cherchâmes. Nous ne le retrouvâmes jamais.
Aujourd’hui, il apparaissait, sous nos yeux, d’abord, ce petit tour de cou, perles de nacre blanche, qui faisait briller ses yeux, mais aussi, le grand collier multicolore, ses « perles précieuses en toc », disait-elle, ajoutant « Mes  vraies perles, c’est vous, mes trésors. ». Et elle nous apprenait, montrant les fausses perles, le nom des pierres imitées.
Elles étaient là, étincelant, cernant  des cailloux joliment posés en spirale, succession de tons verts, et rose foncés, dessinant la coquille délicate d’un colimaçon.
Nous n’avons touché à rien, le souffle coupé.
Quelquefois, il nous arrive de fredonner :

Une pincée de diamants, encore une émeraude
  Allons à la maraude, cueillir les jolis rubis

Mai 7 / Et ron, et ron, petit patapon, par Jacou

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Parlement européen, dans le Bâtiment Louise-Weiss, inauguré en décembre 1999

Et ron, et ron, petit patapon…

Ils étaient tous là, assis en rond. L’instant était solennel ; il allait y avoir passation de pouvoirs.
Les oreillettes étaient en place, traducteurs et traductrices, aussi.
Les deux sommités apparurent. On se leva, applaudissant ; l’ancien président sortit son discours ; commença à lire ; écouté religieusement de part et d’autre.
Cela vint tout à coup du dernier rang ; un se leva, puis un autre, un troisième…se mirent à tourner sur eux-mêmes, puis se donnant la main par deux, par trois… cela gagna les autres rangs graduellement, s’invitant les uns les autres, dansant la ronde ; elle s’agrandissait, au fur et à mesure ; se rapprochant un peu plus de l’ancien et du nouveau chef, interloqués.
Parfois on se séparait, lançant des « Tous ensemble, tous ensemble, Tous ensemble, tous en rond ! » ; les mains se renouaient, entraînant de plus en plus de monde ; jusqu’à ce que au cri de « Tous ensemble », les deux présidents jettent leurs papiers en l’air, se joignant à la foule, de plus en plus dense.
Derrière leurs pupitres, les traducteurs ne traduisaient plus rien.
Un des leurs avait rejoint l’hémicycle, rayonnant.
Il chantait, la chanson reprise par les autres :

Tous en rond dansez,
Tous en rond dansez,
Tous en rond dansez,
Tous en rond dansez,
Tous ensemble, tous ensemble,
Tous ensemble, tous en rond !

Ils s’amusaient comme des petits fous, s’embrassaient, se félicitaient, se congratulaient.
Le lendemain, on put lire dans le journal local:

Notre Terre ronde tourne en rond!

Après un débat rondement mené, tous ensemble, les savants   sont enfin d’accord sur le sujet. 

Ils ont fêté l’évènement, entraînant les badauds, dans une danse joyeuse et délurée.

Cela a duré jusqu’au petit jour; à noter que notre astre nocturne était au rendez-vous; aucun nuage pour cacher ses rondeurs de pleine lune.

Mai 1 / Astique-ronds, par Jacou

maisons-bulle-le-palais-bulle-de-pierre-cardin-antti-lovag-photo-011979-84 : Palais Bulles, à Théoule-sur-Mer, construite par Antti Lovag

Astique-ronds

Mon métier : homme d’entretien de bulles.
Oui, ne riez pas : c’est un métier comme un autre.
Je vous entends : « Faire des ronds dans l’eau, peigner la girafe, il se moque de nous ce gars-là. »
Je vous explique. Je suis rentré au service de la famille Fermigou, il y a de ça trente, trente cinq ans. Trente cinq ans, oui, on venait juste de se marier la Maryse et moi.
Je travaillais à l’usine ; elle vendait le pain à la boulangerie du village.
La famille Fermigou cherchait un couple de la région, pour s’occuper de la propriété. J’étais homme à tout faire, j’avais la responsabilité du bon état du domaine, et Maryse faisait la cuisine, le ménage au château.
C’était une jolie maison, flanquée de deux tourelles, un grand escalier sur le devant, quatorze pièces. Nous logions dans une des tourelles. Nous avions un petit appartement très confortable.
La famille Fermigou partit quelques temps aux Etats-Unis ; à leur retour, ils décidèrent de vendre la propriété, pour aller s’installer sur la côte d’Azur ; madame Fermigou parlait d’architecture d’avant-garde, qu’elle voulait vivre en osmose avec la nature, la mer, le soleil, la lune, les étoiles, que sais-je…
Nous vendîmes, heu, ils vendirent le château, nous faisant suivre avec leurs bagages. Ils furent
quelques temps hébergés chez des amis. Nous nous joignîmes aux autres employés. Ce ne fut pas toujours facile, d’autant que le couple d’amis, de monsieur et madame, avait une fille, cette mijaurée, qui menait tout le monde à la baguette.
Un jour, madame emmena Maryse avec elle, afin de procéder à quelques nettoyages dans la nouvelle maison. Les travaux étant terminés, les entreprises avaient laissé ça et là quelques saletés.
Maryse, à son retour, me confia : « Gérard, tu vas pas me croire, la maison, et bien c’est comme si on était sur la lune. Et puis, c’est grand, tu verrais ça ! C’est plein de hublots, de coins et de recoins, enfin, de ronds et de reronds, non de murs, je sais pas comment t’expliquer. J’y comprends rien à cette maison. Enfin, madame est heureuse, folle de bonheur. Tout le temps, elle venait me dire, « regardez Maryse, c’est pas merveilleux, on se croirait dans la mer », « vous voyez là, ce paysage, respirez l’air, sentez comme c’est comme le paradis ». J’avais envie de lui dire que le paradis, j’y suis jamais allée, et que j’espère y être, mais le plus tard possible. A propos de sentir, pas une seule odeur de peinture, de plâtre, rien…
Nous emménageâmes dans la quinzaine.
J’étais pressé de découvrir ce lieu lunaire, aux dires de ma femme. Et je la vis, plutôt, je vis des coupoles roses, certaines, on aurait dit des seins de femme, d’autres avec des ouvertures rondes pareilles à des yeux, toutes de grosseurs différentes, collées les unes aux autres, et plus nous approchions, plus j’en découvrais, prêtes à rouler, posées sur des rochers, avec des bouches comme si elles voulaient les avaler. C’était curieux, inattendu, je trouvais cela très étrange et beau.
Madame courait partout, radieuse, monsieur satisfait du bonheur de madame.
« Nous voilà au Palais des Bulles ; Gérard, je vous nomme l’homme d’entretien des bulles. »
C’est ainsi que je veille sur les lieux, j’ai une échelle courbe, qui s’adapte à la forme des murs, pour grimper jusqu’aux hublots. Chaque jour je vérifie le bon fonctionnement de toutes les ouvertures ; et croyez-moi, j’en ai pour un bon moment ; il y en a partout, des rondes, des ovales, des coulissantes ; et je ne fais que l’extérieur. Parce que l’intérieur, c’est pas difficile, tout est rond ; les murs, les couloirs, les lits…Maryse ne se plaint pas. Au début, la tête lui tournait un peu, mais elle s’y est faite. Et puis, surtout, quand les patrons sont pas là, à nous la belle vie !
Nous avons notre petite bulle rien qu’à nous ; et les jours de congé, bien installés dans notre cocon, nous rêvons au jour quand nous partirons. Nous avons déjà acheté notre billet. Ensemble, sur la lune, nous irons.

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DISMOIDIXMOTS

Pour info

Depuis 2011, la Bataille des 10 mots rassemble toutes celles et ceux qui aiment jouer avec les mots et la langue française. Basé sur les dix mots de l’année, définis dans le cadre de l’opération « Dis-Moi Dix Mots » à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, le thème peut être traité sur tous les tons : poème, court récit ou nouvelle, photo, œuvre artistique ou digitale, performance, danse, musique, chant, vidéo…

Les 10 mots retenus pour l’année 2014 sont les suivants :

AMBIANCER, À TIRE-LARIGOT, CHARIVARI, S’ENLIVRER*, FARIBOLE, HURLUBERLU, OUF, TIMBRÉ, TOHU-BOHU,  ZIGZAG.

* « être ivre de lectures », néologisme créé par un élève de CM2.

Vous aussi vous pouvez participer. Pour cela allez sur http://www.bataille-10-mots.fr

La Bataille des 10 Mots est ouverte pendant seulement 24 heures, du 20 mars à 12h au 21 mars 2014 à 11h59. C’est pendant cette période que les participants peuvent poster leur contribution sur ce site et… entrer dans la bataille !

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Un peu de pub

pour aller voir ce que j’ai écrit pour les 10 mots 2013, c’est sur http://jacou33.wordpress.com/2014/03/07/des-mots-rien-que-des-mots/

Femmes et hommes

Je reçois ce matin ceci, grâce à Henri Gougaud, que je remercie, Quelques lignes que je tiens à partager avec vous, amis d’écriture.

« (…) Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents, ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même, chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre.

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent, si nous pouvions être d’abord toutes et tous et avant tout et premièrement des amants de la vie, alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs, ces éternels mendiants qui perdent tant d’énergie et tant de temps à attendre des autres des signes, des baisers, de la reconnaissance (…). »

(Julos Beaucarne)

Ne pas se laisser rêver par quelqu’un d’autre que nous-memes, c’est le summum de la liberté.