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Articles de la catégorie ‘TEXTES 2014’

L’Etranger

Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. J’ai senti que j’avais en moi toutes les capacités nécessaires à l’être encore longtemps et à rendre heureux ceux qui voudraient bien partager un bout de chemin avec moi.

Sans se poser trop de questions. Sans m’en poser. Juste accepter, jour après jour, la vie comme elle vient, la vie comme elle va. Et m’accepter moi comme je suis.

Quand l’aumônier est revenu, alors que je l’avais si improprement chassé, j’ai finalement accepté de signer le pourvoi. Chacun m’assure qu’en cassation, le climat, le contexte et surtout la saison, tout sera différent. Que j’ai toutes mes chances de m’en sortir.

Et puis surtout, j’ai décidé de ne plus me laisser faire.

Flux et reflux

Flux et reflux

Mer indifférente rejette déchets et rebuts sur les plages
Léchant sables, galets, rochers et fortifications.
Indifférente, elle roule, enfle, ou s’étale.
Ne sachant rien des terribles drames.
Pourquoi soudain un corps.
Inanimé, fin d’un espoir insensé.boat.peoplejpg
Boat people, migrants désespérés.
Lui a échoué, oublié là,
Victime terrible de notre vaste monde.
Les autres, naufragés d’une existence cruelle et injuste
Survivants en espérance minable
Ont gagné à la loterie de la vie.
Ballottés d’ignorances en cruautés
Repoussés de galères en misères
Refusés d’humiliations en indignités
Mer porteuse de rêves, liberté et vies meilleures
Tes vagues bercent le frêle esquif, menant vers l’Eldorado
Un grain, rouage imparfait, orages et pirates
Etres infâmes, scélérats et indignes
Des vagues monstrueuses chahutent le radeau de la liberté
Son équilibre fragile au moral incertain
Détruisant furieusement des avenirs, bâtisseurs, découvreurs,
De ces humains qui voulaient aimer la vie, ses couleurs et le sens des mots
Mer témoin de trop de voyages pour la dernière chance

Mascaret- La rivière Dordogne

EAUMascaret

La rivière Dordogne

Quand vient le mascaret, dans tes eaux douces
Se mêle alors le sel de la mer.
Ta surface immobile parcourue d’un frisson
Un courant inverse tes eaux
Tu ne résistes pas, ainsi va la nature
Tes berges, un instant recouvertes
S’offrent à cette vague montante.
Comme un caprice, elle s’en retourne,
Te laissant déshabillée
De ce va et vient incessant
Parfois rude, et ravageur
Bouleversant les fonds,
Colorant tes eaux,
Certains disent marron
Je préfère les dire nuancées caramel.

Positiver, vous avez dit positiver?

Positiver, vous avez dit positiver ?
Un, deux, trois, soleil. Claudine, vue ! Nicole, vue ! Françoise, vue !
C’est pas vrai, tu m’as pas vue ! Sale tricheuse !
C’est toi qui triches.
Tu dis ça parce que tu veux pas perdre.
Bon, on joue !
Un, deux, trois, soleil. Chantal, au fond, je t’ai vue.
J’avançais pas. J’ai posé mon pied par terre, parce que j’allais tomber.
Chantal, tu nous énerves. Arrête de discuter. On joue, quoi !
Un, deux, trois, soleil………………
Un, deux, trois, soleil………………
Un, deux, trois, sol…….
C’est moi la première !
Non, j’ai tapé le mur avant toi !
Menteuse !
Drinnnnnn ! Fin de la récré.
La prochaine fois, c’est moi qui tape.
– Martine, privée de récréation cette après-midi.
– Maîtresse, j’ai rien fait.
– Tu as bien dit : « C’est moi qui tape » ?
– Oui, mais…
– Et en plus, tu me copieras cent fois « Je ne tape pas mes camarades dans la cour de récréation. »
« Si elle savait sur qui j’ai envie de taper. » murmure Martine.
Ses copines rigolent.
– Qu’est-ce qui vous fait rire ?
– Non, rien, on essaie de positiver, maîtresse.
– Vous me copierez cent fois « Je respecte la maîtresse d’école. »
Un, deux, trois, soleil. Nicole, recule.
Mais…
Tu veux le copier cent fois, peut-être ?

Positivement acrostiché positif

P eut-être, n’est pas le meilleur mot
O n aurait pu le faire, pas la meilleure phrase
S i on avait su, pas la meilleure pensée
I l a eu de la chance, mouais
T u es sûre,
I l ne va pas pleuvoir
V ous allez vous régaler
E t vous m’en direz des nouvelles
M ais qu’est-ce qui ne va pas ?
E lle est en retard ?
N e vous inquiétez pas.
T out est bien qui finit bien.

P ensez tranquillement à elle
O ubliez les idées noires
S ouriez
I l ne faut pas lui en vouloir
T rès bien, voilà qui est mieux
I lluminez votre visage
F êtez son arrivée.

Positivement positif

Positivement positif

– Il faut PO-SI-TI-VER.
Richard, les coudes sur la table, devant son petit déjeuner, Stéphane avachi dans un fauteuil, ne rêvent qu’à une chose. Retrouver leur lit, s’enrouler sous la couette, ne rien faire, voir des nuages roses passer devant leurs yeux.
– Secouez vous les gars ; soyez en harmonie avec la vie merveilleuse qui vous attend dehors. Profitez, profitez tant que vous êtes jeunes, beaux et en pleine santé.
Richard saisit son bol de céréales, contemple les pétales craquantes et chocolatées qui se mélangent au lait. Le lait de sa bonne vache Marguerite, qu’il mène paître dans son joli pré bien vert, où l’herbe pousse et fleurit en abondance ; cette herbe parfumée qui lui chatouille les narines, lorsqu’il fait un petit somme, sous le pommier. Le soir, ils reviennent tranquillement à la ferme, rencontrent en chemin Antoine qui revient de l’école, Janine qui plume une volaille. Demain, elle lui donnera de son délicieux coq au vin.
Stéphane se lève, dépliant ses longues jambes. Il a rendez-vous avec la nature ; observateur de papillons. Hier soir il a noté dans son carnet une nouvelle espèce, en a fait un croquis détaillé.
– Bien, très bien, les gars, continuez, vous êtes sur le bon chemin, vous allez y arriver.
Sur la table s’amoncellent lettres et journaux. Richard ouvre une enveloppe, sourit.
– Stéphane, le résultat de mes analyses est négatif. Je ne suis pas séropositif.
– Il faut que je prévienne Delphine. On va fêter ça. Allo Delphine, Richard n’a pas le sida. Comment ? Ton test est positif ? Tu es sûre ?
– Richard, je vais être papa !

Historiettes

Historiettes

Août, te dis-je ! Qu’avais-tu entendu ? Out ? Ouste ? Aougoust ?
Alors c’est que je l’ai pensé en allemand.
Pas pensé, dit tout haut ?
Comment cela s’écrit ?
A-U-G-U-S-T.
Comme en anglais ?
Cela ne m’étonne pas. Car vois-tu, si le mois de juillet est riche de trente et un jours, août eut dû en avoir seulement trente …
Mais c’était sans compter avec ce cher empereur Auguste, qui voulut que ce huitième mois, à lui consacré, ait autant de jours que le mois de juillet, consacré à l’empereur Jules.
Jules ?
Jules César.
Et, tu as raison, tu serais née un premier septembre.
Et ton papa fêterait son anniversaire, normalement, comme tout le monde, tous les ans. Tu as encore raison.

PS : ce texte pourrait aussi être classé dans CALENDRIER.

AUGUSTEBshDhSlCMAQT_Qt.jpg largeProjet 2013 : une sculpture par jour FADIN Alexandra

Ma sculpture du 10 juillet 2013 célèbre en 2014 le bimillénaire de l’Empereur Auguste au Grand Palais

Rituel

mASCARET à ST PARDON en 08 2014.bis jpg

 

Rituel

Attendue, guettée, elle avance.
Habituelle, chaque jour,
Evènementielle, parfois.
Phénomène rare, naturel
Joyeusement célébré,
Curiosités empressées.
Elle arrive, souple,

Longue, calmement étalée,
Avec gravité et murmure.
Observateurs émerveillés
Ecoutent son approche,
Révélée par un bruissement.
Etirée dans toute la largeur
La voilà, surfeurs du monde entier,
Celle que vous adulez,
De la rivière, inversant le courant,
La vague des grandes marées,
Notre MASCARET.

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Aujourd’hui, mardi 12 août 2014, à 18h19(heure locale), une marée de fort coefficient (113) va amplifier ce phénomène bi quotidien, que l’on nomme mascaret.

Ne le manquez pas si vous êtes de passage en Gironde. C’est un spectacle magnifique!

Pour ceux qui ne pourraient pas, vous pouvez avoir un aperçu de ce moment « grandiose » sur  Surf sur la Dordogne

 

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Départ (Adrienne)

Qu’est-ce qu’il y a eu d’abord ? Qu’est-ce qui a tout déclenché ? Il ne s’en souvient plus.

Les cahots de la voiture le font constamment tressauter sur son siège. Il se cramponne au volant pour éviter d’avoir trop mal aux fesses, alors ce sont les muscles des bras qui trinquent. Fichue bagnole, fichue route aussi. Le soir tombant, il allume ses phares. Il a mal partout, le dos, la nuque, les épaules.

Ce qui lui manque encore le plus dans cette foutue bagnole, c’est une radio. Ça lui aurait tenu compagnie. C’est pour ça, peut-être, qu’il parle tout seul dans ce tas de ferraille. Juste espérer que ça tienne le coup.

Sur le siège arrière, un empilement de boites et de sacs, écroulés depuis longtemps dans un désordre qui ne peut annoncer que de la casse et des emmerdes. Il s’en fiche. Il est parti à la hâte, jetant tout son barda dans la vieille Jeep, sans faire le tri. L’important était d’avoir tout emporté. Et de s’en aller.

Il se dirige à l’instinct, suivant un parcours qu’il a plus ou moins en tête, évitant les autoroutes. Les yeux sur l’asphalte, il n’accorde aucune attention aux paysages pourtant magnifiques qu’il traverse.

Plus une seule cigarette! Il gratte dans le cendrier à la recherche d’un mégot qu’il pourrait rallumer. Peine perdue. J’aurais mieux fait de mettre l’oreiller sous mon derrière, au lieu d’empiler des boites par-dessus les affaires de couchage. Mais bon, j’avais pas le temps de faire dans le détail. Préméditation zéro. Les mains accrochées au volant, il ricane tout seul. Tempête dans un crâne, il connaît. Ce n’est pas la première fois.

La rejoindre à Vaasa n’est peut-être pas l’idée du siècle, mais il n’en a tout simplement pas trouvé d’autre. La route est longue. Il dormira quand il sera fatigué, n’importe où, au bord de la route. Juste le temps qu’il faut. J’y serai en trois jours, peut-être moins. Si je ne me perds pas en route.

Le soleil couchant au travers des bouleaux fait comme des étincelles rougeoyantes. Il est seul sur cette route depuis plusieurs kilomètres. A part le bruit du moteur, tout est parfaitement silencieux. Il redresse le dos, bascule sur ses hanches, fait rouler ses épaules… il tiendra bien encore une heure ou deux.

Je ne comprends pas que tu puisses vivre comme ça, disait-elle.

On s’habitue à tout, pourtant. D’ailleurs, c’est quoi, le confort? C’est quoi, le luxe? Qu’est-ce qui nous rend vraiment heureux? En ce moment, ce serait de pouvoir s’étendre sur un matelas et de roupiller un bon coup. Ça lui rappelle un détail de sa petite enfance. A la papeterie avec son grand-père, il avait été tout heureux de recevoir un beau paquet de buvards. Les gosses d’aujourd’hui savent-ils encore ce que c’est ?

Il repense à cet homme qu’il admirait tant. Il n’était pas beau, avec ses arcades proéminentes et son pied bot. Rien pour plaire. Jusqu’à ce qu’il vous parle. De tout, avec érudition. Et vous sourie. Toute la bonté du monde dans ce sourire.

Tout ce qui me reste de lui est là, dans un sac, sur la banquette arrière. Une photo gagnée dans un stand de foire, au tir à la carabine. Quelques lettres de sa main. Et sans doute aussi les buvards, qui étaient trop beaux pour être salis par de l’encre, et qui ont été de tous les déménagements.

Il sait que celui-ci ne sera pas le dernier.

Il sait qu’il est en route vers une femme qui ne l’aime plus.

Routines

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Routines

Août, auguste huitième mois de l’année.
Bercé par les octaves fleuries des aoûtiens en partance
Routes encombrées, parfum d’essence pétrolifère
Les sereines cigales continuent leurs concerts
Fêtes et aoûtats pour ces vacanciers
Encombrements plagistes, eaux chaudes
Bronzage obligatoire, peaux brûlées
Offrande sacrificielle au soleil
Entrechocs des boules : tu tires ou tu pointes ?
Dégustation d’huîtres, fruits de mers à gogo
Fritures et nourritures touristiquement détournées
Porte-monnaie amaigri, une glace, un tour de manège
Peut-être ira-t-on au musée, écouter un concert
Visites et balades touristiques
On n’a pas trop de temps, on est toujours pressé
Consommer en vacances, c’est déjà le retour
L’année prochaine, on reviendra,
On était bien ici, dommage de rentrer.