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Articles de la catégorie ‘10 – Jeu d’Octobre’

Octobre positif 15 & novembre mascaret 6/ C’est fini, le mascaret des mouches !

La fenêtre grésille au soleil. Prise entre le verre et la trame ajourée du rideau blanc cassé, un grain noir bombine : une mouche tardive, réveillée par ce soleil hors de saison, par cet été qui tarde à passer la main ; et qui se prend les pattes, pataude, malhabile, dans le tissu du rideau. Ses ailes ? Pas la peine d’en parler : elle ne sait plus rien en faire (voler ? jamais plus !) sinon du bruit – un vrombissement un peu pitoyable- et visiblement plus pour longtemps.

Rêveur que tout étonne, je m’ébahis d’être surpris de voir une mouche. Une seule. Mais où sont-elles passées ? Je n’en sais rien. Faut dire, au quotidien, qui se préoccupe du sort des mouches ? A qui manquent-elles quand elles s’en vont ? Leur absence est de peu de conséquence ; d’ordinaire, on les compte pour rien. Sauf, peut-être, une fois par an, comme aujourd’hui, quand on réalise qu’on croise la dernière mouche de l’année.

Il n’y a pas si longtemps (hier ?), elles étaient des centaines, des milliers qui tourbillonnaient au dessus des groseilliers, ondulaient dans les flaques de soleil, escapadaient sur les croutes de fromage, virevoltaient autour des lampions –avec quelle maîtrise- ; se posaient au plafond – avec quel abandon – ; orgueilleuses, importunes, obsédantes, outrageuses, conquérantes, rendant zinzins les bergères, furieux les aliénistes ; et tout à leur affaire de mouche, jouant leur rôle de mouche dans leur théâtre de mouche. Peut-être qu’hier soir, au dernier baissé de rideau, elles sont venues saluer, debout au bord de la scène, au ras de la rampe d’éclairage. Les plus vrombissantes, artistiquement vêtues d’une camisole anthracite à reflet bleu, sont d’abord venues saluer seules, avant d’être rejointes, selon les codes du milieu, par la troupe alignée ailes contre ailes, unie et réjouie d’avoir bien si joué, faisant mine de disparaitre derrière le grand rideau avant d’être rappelée, une fois, deux fois, trois fois, par le clap-clap-clap du public enthousiaste. Sans doute qu’il y a eu ensuite des agapes où chacune y est allée de son « C’était génial Cocotte », de son « J’adore ce que vous faites, vraiment », sans parler des « Au-revoir on garde le contact » et des « Je pense à toi pour l’an prochain, Poulette ».

Mais ce matin, plus de doute, la saison des festivals de mouche est finie. Les théâtres ne programmeront plus de pièces avec des mouches cette année. Faut se faire à l’idée que jamais elles ne feront de reprise des Contes de Noël, des Christmas Carol ou du Père Noël est une ordure. Que leur répertoire, c’est plutôt Songe d’une nuit d’été. Et aujourd’hui, il ne reste plus que cette idiote qui toupine dans mon rideau, comme un Obéron ou un Puck qui repasserait une dernière fois son rôle, sans même un regard vers le public.

Si seulement je retirais de ce spectacle une leçon positive qui donnerait au lecteur une idée flatteuse de ma sagesse et de mon humilité, genre : qui sommes-nous pour juger des mouches ? Valons-nous mieux qu’elles au regard de l’univers ? Sur quel théâtre croyons-nous jouer ? A défaut, ne pourrais-je au moins, aussi imparfait et anxieux que je sois, apprendre d’elles à passer l’hiver sans extravagance et attendre doucement le printemps ?

Hé bien non : je me dis simplement que d’un côté elles échappent aux fêtes de famille ; que d’un autre, elles ignorent tout des bonhommes de neige. Tiens, tant que j’y suis, je ferais mieux de profiter de l’hiver qui vient pour, emmitouflé et calfeutré, écrire une pièce qui ferait un tabac à l’off Broadway ou à l’Avignon des mouches de l’an prochain.

* * *

Une histoire d’octobre, donc positive, ce qui n’exclut pas l’introspection ! Elle est un peu tardive, car inspirée de l’été indien qui n’en finissait pas de finir (mais aujourd’hui, brume, givre et tout ça, on peut dire que oui, c’est fini). Elle est aussi écrite pour les 36e plumes d’Asphodèle et leur cortège de mots proposés.

Jeu d’Octobre – 8 / 1621 – 1945, de Leyden Street à la colline de Soye

chroniques expats leyden st  1620

Je suis la plus vieille rue de ce qu’ils appellent aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique.

Bientôt, dans même pas dix ans, j’entrerai dans mon cinquième centenaire (1) , et il y aura de grandes fêtes. En attendant, je m’ennuie un peu, je somnole : heureusement, il y a l’internet, je  navigue  de blogs en blogs, je me tiens au courant : être quatre fois centenaire n’est pas une raison raisonnable pour devenir sénile. C’est ainsi que j’ai lu avec tout l’intérêt qu’il mérite l’article de Jaleph sur la colline de Soye et j’ai été touchée en plein cœur : c’est le mot « cabanes » qui m’a émue, car c’est ainsi que tout a commencé pour moi aussi :

Quand je suis née, quand le premier coup de pioche a dessiné mon tracé, mon pays n’avait pas de nom. Les nouveaux arrivants, ceux qui avaient des mousquets, l’appelaient The Colony. Il faudra plusieurs centaines d’années pour lui donner un autre nom, pour ajouter des étoiles à son drapeau, et des états à sa fédération. Mais lorsque le premier européen a posé son pied en bas de ma colline, lorsque le groupe qui le suivait a approuvé le choix de cet emplacement et pas un autre pour édifier la première cabane de la première rue du premier village américain, personne ne pouvait prévoir jusqu’où irait ma voie. Il faut faire attention avec les rues : on trace leur parcours, on sait où elles commencent, on ne sait pas où elles peuvent vous conduire. Aujourd’hui je sillonne le continent entier et ils m’ont même propulsée vers la Lune, un jour de grande folie. Ils étaient les premiers expats, bientôt suivis par des millions d’autres : ça aussi, ils ne le savaient pas.

Ignorance : lorsqu’ils sont arrivés sur mon rivage, ils ne savaient pas non plus que la terre qu’ils foulaient appartenait à la tribu des Indiens Wampanoag (2). Le village  Wampanoag s’est installé à cinq cent mètres environ de ma rue, et les deux groupes d’humains ont appris à vivre ensemble en bonne harmonie pendant toutes les années où leurs deux chefs ont instauré la paix et l’entraide dans leurs rangs, chacun respectant la culture de l’autre. Plus tard, les jeunes chefs aux dents longues ont remplacé les anciens sages, et les conflits n’ont pas tardé.

chroniques expart leyden st 1800

 Je te parle là de la fin du 17e siècle :  les maisons avaient remplacé les cabanes, une école avait été construite, Plymouth avait perdu sa prérogative de première ville du nouveau monde, et l’histoire commençait à se tourner vers Boston et New-York

Et moi, j’ai commencé à m’endormir, oubliée de tous.

Comme la colline de Soye, ma sœur en survivance.

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(1) Le 20 décembre 2020, à Plymouth, Massachusetts.

 (2) Les Wampanoag, ou Pawkunnakuts, font partie aujourd’hui de deux tribus distinctes : les Mashpee Wampanoag, et les Wampanoag Aquinnah, reconnus par le Commonwealth du Massachusetts.

Les Chefs des Wampanoag ont commencé de réorganiser leur gouvernement à la fin du XX siècle. Depuis 1993, les tribus sont intéressées dans un projet de revitalisation du langage initial. Les descendants des Wampanoags du 17e siècle demeurent en grande majorité dans l’est du Massachusetts, où ils continuent de vivre de la culture ancestrale. La plupart d’entre eux ont fusionné par mariage avec les nouveaux groupes culturels arrivant en terre américaine et ils ont adopté les changements économiques et culturels nécessaires à une société élargie. 

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lmg, 10/10/2013

Jeu d’Octobre – 7 / Duo de Soye,

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Par Jaleph, remis au gout d’Octobre par Lise

«  Tu es entré ici par hasard, me dit-elle, Tu es venu jusqu’à moi au cours de ta promenade, par désœuvrement. Mais connais-tu mon histoire ? «

C’est une maison verte et grise, adossée à la colline de Soye, une réplique de ce qui fut appelé les baraques. Aujourd’hui petit musée témoin, elle demeure l’exemple de ce qui abrita des milliers de familles après la seconde guerre mondiale. Lire la Suite

Bienvenue aux auteurs d’Octobre

Nous accueillons en ce début du mois de demi-saison trois nouveaux auteurs dans notre publication de l’Écritoire :

– Pivoine Blanche, qui nous vient de Bruxelles, avec son texte  Je suis royale ;

– AlainX, qui nous entraîne vers le Morbihan  avec textes et photos des Halles de Questembert ;

– et Des-nœuds-dans-mon-fil,  qui vient de poster notre sixième texte en cinq jours, avec Je suis telle une gare : la maison-monument, et Des-noeuds-dans-mon-fil ( ou DNDMF  si on veut faire court )  nous viennent de Suisse.

Le mois dernier nous avons accueilli Fabrice arrivé juste à temps pour clôturer le jeu d’août avec A la mi-août.

Bienvenue sur l’Écritoire à nos nouveaux auteurs,  et à vous tous, merci pour vos contributions. Revenez souvent. Tiens, je devrais bien mettre quelque part les liens d’ici jusqu’à vos blogs, vous ne croyez pas ?

Me reste à vous la jouer lointaine en faisant parler quelque monument américain – meuh non, pas La Dame au flambeau de la rade de NY, non, quand même ! mouhaha ! 🙂 –  pour que nous devenions mondiaux.

Car ce n’est pas fini, les messieurs-dames auteurs : on peut écrire autant de fois qu’on veut  et sur tout ce qui nous passe par la tête, dont nous faisons un monument. pourquoi pas ?  Je lance mon second pavé en debut de semaine prochaine, ou demain, if time permit.

Jeu d’Octobre – 5 / Je suis une vieille école de la République

ecole(Photographie monsieur de K)

Sur ma façade, deux portails, avec des inscriptions gravées dans la pierre : « école de filles » et « école de garçons », car il fut un temps, jusque dans les années 60, où filles et garçons étaient séparés.

Mes vieux murs ont absorbé des tas de vibrations positives d’élèves enthousiastes, attentifs, heureux ; mais aussi des vibrations négatives d’ennui, de colère, de peur. Lire la Suite

Jeu d’Octobre – 4 / Faites halte dans mes halles

Halles de Questembert, façade, par AlainX

Halles de Questembert, façade, par AlainX

Vous me direz ce que vous en pensez, mais moi, sous cet angle, je me trouve plutôt bien ! Il faut dire que l’on prend soin de moi. On m’a refait toute la toiture il n’y a pas si longtemps. Mais, mes piliers sont d’origine. Avec leurs deux bras levés, on dirait des clones du Général De Gaulle quand il s’adressait aux foules : — « je vous ai compris ! » C’est que j’en ai vu passer des personnalités, des rois, des seigneurs, des présidents, des riches marchands, des ducs et des duchesses, j’en passe et son frère aussi… Lire la Suite

Jeu d’octobre – 3 / Je suis royale

par Pivoine Blanche

ecritoire place royale bruxelles

Place Royale, Bruxelles 1920

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Oserais-je dire de moi que je suis parfaite? Cela pourrait paraître prétentieux! Et puis, la perfection n’existe pas, tout le monde sait ça!

Pourtant, ceux qui, au coeur du dix-huitième siècle, m’ont conçue, ornée et embellie, avaient une haute idée de l’architecture.

Classicisme, façades blanches, nombre d’Or. Rêve de la perfection antique. Lire la Suite

Jeu d’Octobre – 2 / Charmante cité

ecritoire cite carcas

Je suis charmante, c’est le poète qui l’a dit.  J’ai plus de mille ans et je suis toujours charmante.

Il a depuis longtemps disparu, le poète, mais ses mots sont encore là. Tu peux les chanter, tu peux les danser ; mais danse-t-on encore le beeb-hop ? C’était dans l’autre siècle : je l’entendais fredonner tout seul, mon poète : il sautillait d’un pied sur l’autre tandis qu’il parcourait les lices désertes. Lire la Suite

Jeu d’Octobre 1 – Chapelle Saint Baudile

Chapelle Saint Baudile, Ma' 2013

Chapelle Saint Baudile, Ma’ 2013

Je suis la chapelle Saint Baudile. Vous qui me voyez maintenant me trouvez sans doute bien modeste au bout de ce petit cimetière de campagne. Oh, je vois bien que je vous intéresse, que vous vous demandez depuis quand je suis là à veiller et pourquoi donc je suis si petite. Alors laissez-moi vous donner quelques éléments de mon histoire. Lire la Suite